Les rapprochements entre les banques d’affaires se multiplient au rythme d’un marché des fusions & acquisitions qui laisse percevoir des frémissements même si il reste bien loin de ses hauteurs post-Covid. Ces mouvements de consolidations sont-ils les derniers râles avant une potentielle disparition de certaines structures, une stratégie d’intégration ou bien de plateformisation ?
La consolidation ou l’extinction ? Les banques d’affaires à la croisée des chemins
Lors d’une catastrophe naturelle, les espèces qui survivent sont souvent celles qui s’adaptent le mieux à leurs nouvelles conditions. Les banques d’affaires sont peut-être en train d’expérimenter ce paradigme. Pour la seule année 2025 on peut d’ores et déjà dénombrer : Goetzpartners qui intègre Translink, eCap Partner qui rejoint les effectifs d’Amala Partners, Natixis Partner qui prends une participation dans Financière de Courcelles ou Adviso Partners qui intègre le cabinet Rydge Conseil pour constituer une plateforme de conseil global. Une flopée de rapprochement aux motivations diverses.
Moins de cibles, moins de banques ?
C’est un secret de polichinelle, les marchés du M&A ou du capital investissement, ne se sont jamais remis du pic de rattrapage qu’ils ont connu en 2021. L’activité est repartie si haut après la pandémie, qu’elle ne pouvait que repartir sur un segment plus "classique" par la suite. Pourtant c’est tout l’éco système financier qui tire la langue.
Selon Bain Capital, le marché mondial des fusions & acquisitions a connu un pic de 5,8 billions de dollars en 2021 pour environ 62 000 opérations selon PwC. Un an plus tard le valeur des deals avait perdu 37% pour environ 51 000 acquisitions ou cessions conclues. Depuis 2023, les chiffres remontent légèrement. Pour les trois premiers trimestres de 2025, PWC annonce environ 53 000 opérations pour une valeur de près de 2 billions de dollars. Ce dernier cru pourrait donc marquer un retournement de cycle avec moins de deals mais une activité portée par des transactions importantes qui tirent le marché. Le mercato des banques d’affaires se bâtit potentiellement à l’image de son marché à l’échelle du monde, moins de structures mais des survivantes qui acquiert une taille supérieure.
Afin de résister au rétrécissement du marché, gagner en taille pour réaliser des économies d’échelles et surtout intégrer de nouvelles expertises sectorielles fortes est l’objectif poursuivi par de nombreuses structures
Full service pour une plus grande résilience ?
Afin de résister au rétrécissement du marché, gagner en taille pour réaliser des économies d’échelles et surtout intégrer de nouvelles expertises sectorielles fortes est l’objectif poursuivi par de nombreuses structures. En 2021, Houlihan Lokey a ouvert le bal en rachetant GCA en 2021. Une opération qui a instantanément fait basculer l’acteur californien parmi les acteurs les plus solides sur les dossiers mid cap dans les TMT. Sur le marché français, Amala Partners réalisa le même type de transactions en accueillant les équipes de de eCap Partner, une banque spécialisée dans la tech.
D’autres structures ont préféré opter pour le modèle du "réseau de boutiques", se fut le cas de Investec et Capitalmind qui ont acté leur rapprochement en 2023 ou bien de Vulcain qui est devenu le bras armé de Clearwater sur les marchés belges et français en 2025 après sa disparition l’année précédente. Ces transactions ont pour but d’acquérir une taille supérieure pour se rapprocher des mastodontes du secteur mais aussi d’accélérer son développement en bénéficiant de l’image de marque et des expertises de structures qui fonctionnent déjà bien. Sur le marché français, elles permettent aussi de jouer des coudes avec les géants américains dont les souffles se font de plus en plus ressentir sur les nuques des banques françaises. Goldman Sachs a par exemple annoncé en novembre 2025 la nomination de 13 nouveaux managing directors pour son bureau parisien.
Sur le marché français, le modèle de "réseau de boutiques" permet de jouer des coudes avec les géants américains dont les souffles se font de plus en plus ressentir sur les nuques des banques hexagonales
Plateformisation et requiem pour les boutiques M&A ?
Afin de capter plus de demandes et être présents sur toutes les chaines de valeurs du conseil, certaines structures se dirigent plutôt vers des modèles de plateforme qui vont cumuler les différentes typologies d’accompagnement. C’est le cas de Rydge Conseil, issu de la cession par KPMG de ses activités de conseil aux PME locales, qui a fait l’acquisition d’Adviso Partners pour fonder un acteur de premier plan du mid-cap français. L’objectif est de reproduire le modèle des cabinets de conseil du Big 4 (EY, Deloitte, KPMG et PwC) afin d’internaliser tous les besoins des clients pour gagner en taille et en compétence.
Serait-ce pour autant les premières notes du chant du cygne pour les boutiques M&A de taille plus restreinte ? Pas forcément, des structures comme NewCo Corporate Finance fondée par Jean-Louis Duverney-Guichard, ancien de EY et de Oddo BHF fait d’ores et déjà figure d’incontournable comme conseil sur les rapprochements entre FIG. D’autres comme l’ancien ministre au numérique, Mounir Mahjoubi font le choix avec Matin Partners de créer leur propre structure plutôt que de rejoindre des mastodontes. Preuve qu’il n’y a pas qu’un seul chemin possible dans la consolidation du marché.
Tom Laufenburger

