Anciennement Forma-Dis, le groupe de formation en ligne Skill and You a mené une large transformation à la suite de difficultés financières. Restructuration, repositionnement, changement d’image, Éric Petco, son PDG, nous raconte comment il a remonté la barre.

Décideurs. À partir de 2011, le groupe a connu des difficultés. Vous êtes depuis 2013 à la tête de cette société, et avez grandement participé à la transformation de l’entreprise et des process. Comment avez-vous pu la mettre en place tout en réussissant à préserver un climat social plutôt stable ?

Éric Petco. Quand je suis arrivé dans la société, elle était déjà sous mandat ad hoc. Nous avons repris les fondamentaux en nous concentrant sur ce qu’était réellement notre métier : la formation et nos clients : les élèves. Il fallait créer de bons produits pour qu’ils puissent réussir. C’est pourquoi, en novembre 2013, nous avons décidé de rembourser les élèves s’ils n’étaient pas diplômés. Le but était que chacun puisse comprendre notre repositionnement sur notre cœur de métier et notre changement d’approche. Ensuite, nous avons restructuré l’entreprise, en supprimant toutes les filiales au nombre de dix-huit, qui constituaient un frein terrible à l’organisation et représentaient des coûts pharaoniques. Une structure unique a été créée avec seulement six départements. Ainsi, notre vision a été clarifiée : nous contribuons à aider les gens à se former, à se reconvertir et à trouver un emploi.

Pendant tout ce temps, le climat social est resté plutôt stable car en nous entretenant avec le CSE, nous avons compris les disfonctionnements internes pour reconstruire l’ensemble de la structure telle qu’elle est aujourd’hui. Nous avons réussi à redonner confiance aux collaborateurs.

En 2015, Forma-Dis devient Skill and You et repense sa stratégie en se concentrant sur l’apprentissage en ligne. Pour quelles raisons ?

Le marché de la formation en ligne n’était pas du tout remis en cause car il se révèle extrêmement porteur. En revanche, l’entreprise dans son organisation avait dérapé du fait d’une gestion très paternaliste de son fondateur et un positionnement assez éloigné de celui d’un organisme de formation. Quant à Forma-Dis, nous n’avions pas le droit d’utiliser la marque. Aussi, selon moi, elle n’avait plus de sens et elle était entachée d’une restructuration financière très lourde et difficile pour les créanciers. Celle-ci, réalisée au moyen d’opérations sur le capital, a restructuré la dette, mais ne laissait pas une bonne impression. Dès que nous avons commencé à sortir la tête de l’eau et recréer des écoles, nous avons changé le nom. Aujourd’hui, Skill and you accompagne 100 000 élèves et connaît une croissance de 20 % cette année.

Désormais, la formation à distance est reconnue dans le cadre de la réforme professionnelle de 2015. Que vous apporte-t-elle ?

"Paradoxalement, la Covid-19, nous a fait gagner cinq ans d’avance sur l’évolution normale de ce secteur d’activité"

La formation professionnelle est un secteur qui vit de révolutions, notamment grâce aux pouvoirs publics. Avec la loi de 2015, la formation à distance a été légalisée. Elle coûte cinq fois moins que le présentiel. Alors pour les entreprises qui souhaitent former leurs salariés, elles peuvent en former cinq fois plus avec le même budget. Désormais, elle est reconnue par l’État et tous les organismes financeurs, aussi bien par les régions que par Pôle Emploi. Paradoxalement, la Covid-19, nous a fait gagner cinq ans d’avance sur l’évolution normale de ce secteur d’activité. Celle-ci est très en retard par rapport aux autres. La Covid-19 est un élément extrêmement puissant, accélérateur de tendances qui démontre que le présentiel avec quelques outils numériques ne suffit pas. Même si nous avons pu offrir en mars, 1 000 apprentissages à des organismes de présentiel, maintenant beaucoup sont retournés à leur système d’origine.

Les plateformes de formation se multiplient. Ne craignez-vous pas une forte hausse de la concurrence ? Comment vous y préparez-vous ?

Certes le distanciel croît, mais nous n’obtenons pas notre croissance sur des concurrents directs mais sur ceux en présentiel. En effet, pour que le présentiel devienne du distanciel, il se trouve confronté à deux handicaps majeurs : la gestion foncière et les professeurs permanents. Pour notre activité, nul besoin de foncier en utilisant le corps professoral que lorsque nous en avons besoin. Il travaille à la tâche. De sorte qu’il est assez difficile pour les organismes de formation en présentiel de migrer dans notre industrie, cela impliquerait qu’ils détruisent l’intégralité de leur business plan actuel.

Nous évoluons dans ce périmètre avec 200 formations. Et nous nous interdisons d’en créer qui ne délivrent pas de job à l’arrivée. Notre ADN est le distanciel et l’employabilité. Pour ce faire nous créons des formations dans des domaines où elles font défaut, et là où les entreprises rencontrent des difficultés à trouver des candidats. C’est notre capacité à créer ce contenu qui fait qu’aujourd’hui nous nous développons si bien.

Propos recueillis par Agathe Giraud.

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