Le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) accompagne les entreprises de plus de 400 salariés, durement touchées par la crise du Covid-19. Son secrétaire général, Louis Margueritte, dresse un premier bilan de la situation.

Décideurs. Quels effets du Covid-19 observez-vous au Ciri ?

Louis Margueritte. Nous faisons face à une première vague de dossiers, mais il faut distinguer les entreprises en souffrance avant la pandémie de celles qui n’auraient pas nécessité notre intervention mais qui se retrouvent en situation de stress. Au mois de mars, nous avons ouvert une quinzaine de nouveaux dossiers, dont certains n’étaient pas destinés à la restructuration. Nous devons traiter cette première vague, mais il y en aura d’autres.

Quelle est la situation des entreprises qui viennent frapper à la porte du Ciri aujourd’hui ?

La crise de trésorerie massive constitue le point commun à tous les dossiers. Le premier réflexe des chefs d’entreprise est d’assurer la sécurité du personnel, sur laquelle nous sommes intransigeants. Le deuxième est de poursuivre l’activité dans la mesure du possible. Le troisième consiste à gérer la crise de liquidité, en maintenant le paiement des salaires et des fournisseurs, car il faut absolument préserver l’écosystème. Une fois ces étapes franchies, la préparation de la sortie de confinement et de la reprise de l’activité commence.

Quelles sont les priorités dans le traitement des dossiers dans le contexte actuel ?

Il n’y a plus d’activité et nous devons réévaluer complètement les business plans, fondés sur des hypothèses de reprise de l’activité par définition incertaines. Il faudra attendre que la poussière retombe pour amorcer les plans de retournement. Nous les préparons au mieux avec des estimations crédibles des besoins de chacun, mais ils ne pourront être mis en place qu’une fois que les entreprises auront récupéré une activité économique et retrouvé l’entièreté de leurs fonctions vitales. Aujourd’hui, nous traitons la crise de liquidité, mais un certain nombre d’entreprises auront affaire à des restructurations de bilan et de dette.

"Il faudra attendre que la poussière retombe pour amorcer les plans de retournement"

Comment réagissent les créanciers ?

Les créanciers sont dans l’attente. À très court terme, ils s’interrogent sur la capacité à préserver les outils industriels et, le cas échéant, à faire tourner l’activité dans le respect des règles sanitaires. À moyen terme, ils guettent les effets sur les business plans des entreprises. Nous devons tous attendre que la situation se stabilise et j’appelle à ce qu’il n’y ait pas de mouvement brusque. Dans certains dossiers, nous pouvons entamer des discussions avec les banques, sur l’utilisation de la garantie de l’État, que nous sommes en mesure d’instruire très vite. Contrairement à 2008, nous ne vivons pas une situation de rupture d’accès au crédit. Les établissements financiers se sont engagés à participer à l’effort collectif et toute la communauté du restructuring aura intérêt à être plus efficace dans les négociations.

Comment le Ciri gère-t-il cet afflux de dossiers ?

Le principe d’intervention ne change pas. Nous représentons la puissance publique et défendons la sauvegarde de l’emploi pérenne et de l’activité économique, mais nous nous adaptons bien évidemment à la crise, tout d’abord dans notre mode de fonctionnement, décentralisé du fait du confinement, et nous allons intervenir encore plus rapidement. Le changement de paradigme est que nous disposons de nouveaux outils mis en place par le gouvernement, dont le prêt garanti par l’État, qui a vocation à aider tout le monde, y compris les entreprises en procédure préventive.

Propos recueillis par Anne-Gabrielle Mangeret

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