À la tête de l’Association française des trésoriers d’entreprise (AFTE) depuis avril 2018, Florence Saliba revient, six mois après sa prise de fonction, sur ses missions mais aussi sur les challenges que doivent relever les trésoriers dans un monde toujours plus complexe.

Décideurs. Quelles sont vos missions en tant que présidente de l’AFTE ?

Florence Saliba. L’association est d’abord un lieu d’échanges permettant aux trésoriers adhérents d’être en phase avec un monde qui bouge. Notre objectif est de faciliter la transformation du métier avec des forums comme « Les Journées de l’AFTE » et de créer du lien au plus près des adhérents avec nos neuf délégations régionales. Nos métiers sont techniques : l’AFTE diffuse donc ses expertises avec AFTE Formation comme avec ses cahiers techniques et webinars. Tous les contenus sont produits par nos membres, des trésoriers en responsabilité. Enfin, l’association défend et promeut les intérêts de la profession auprès des instances de représentation, de régulation et de contrôle nationales et européennes.

Le métier de trésorier a-t-il beaucoup évolué au cours des dernières années ?

La réglementation a eu un impact important sur l’évolution de notre métier. Il y a dix ans, la conformité existait, pas la compliance au sens actuel. Les normes comptables sont également devenues beaucoup plus strictes. Nous sommes aujourd’hui dans un environnement extrêmement réglementé et dans un monde fait de « bruit ». Il y a tellement de sources d’informations que le rôle d’associations comme la nôtre devient aussi celui du tri et de l’information de nos adhérents des changements qui vont avoir un réel impact sur leur quotidien. Nous jouons le rôle de tiers de confiance en nous appuyant sur les compétences de nos membres, qui sont, en fonction des industries dans lesquelles ils évoluent ou de la taille de leurs entreprises, très en pointe sur les nouvelles réglementations.

" Nous évoluons aujourd'hui dans un environnement extrêmement réglementé et dans un monde fait de bruits"

À l’image des contrôleurs de gestion, des experts-comptables ou des fiscalistes, les trésoriers sont-ils touchés par la digitalisation ?

Oui. Historiquement, le trésorier a toujours été très proche des systèmes d’information. Pour nous, la digitalisation est plus une étape qu’une invasion. L’AFTE a créé une commission très originale, dédiée aux fintechs, en janvier 2017. Celle-ci les fait pitcher devant un panel de trésoriers adhérents susceptibles d’être intéressés par leur technologie. Si ce panel est convaincu, la commission met en place un suivi de la fintech, à l’image d’un programme de mentoring. Nous cherchons par ailleurs à développer des solutions pour faciliter les process auxquels nous ne pouvons pas déroger mais qui sont très lourds à traiter. C’est le cas, par exemple, du KYC (know your customer), le processus permettant de vérifier l’identité des clients des banques. L’AFTE travaille à une solution avec Capgemini pour pouvoir répondre avec facilité et fiabilité aux exigences de nos partenaires bancaires dont les systèmes de KYC sont complexes. Il est certain que le niveau de sécurité dont nous avons besoin pour ce type de système est très élevé.

Les trésoriers d’entreprise sont-ils menacés par le risque de fraude ?

Véritable danger pour la trésorerie des entreprises, la fraude est un enjeu à la fois technique et de comportement humain. Ce ne sont pas quelques fraudes par jour qui sont empêchées par les grandes banques, mais plusieurs par minute. La technologie doit permettre la mise en place de garde-fous, afin par exemple, d’alerter nos services de la réalisation d’un virement sur un nouveau compte. Ici la paranoïa est vertueuse : nos collaborateurs doivent comprendre, qu’en général, s’ils trouvent une demande ou un process étrange, c’est le signe d’une fraude potentielle.

Le Brexit est un sujet regardé de près par les trésoriers. Quelles sont vos craintes aujourd’hui ?

Notre principale crainte à long terme concerne la compensation, aujourd’hui presque exclusivement réalisée à Londres. Nous avons répété au régulateur que cela représentait un danger important pour nos activités mais pour le moment, aucune action n’a été entreprise. À court terme, c’est la relocalisation des banques en territoire européen et l’abandon du droit anglais dans nos contrats qui nous préoccupent.

Propos recueillis par Camille Prigent

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