Les éclairages de François Paillier, président du directoire, Edmond de Rothschild Corporate Finance (ERCF).
Décideurs. En 2013, vous avez finalisé vingt-six opérations contre treize en 2012. À quoi attribuez-vous ce bond important ?
François Paillier. Probablement à la vision stratégique que nous avons eue l’année dernière sur nos mandats actuels. Notre équipe s’est en effet acharnée au travail pour démontrer que le corporate finance est un métier à part entière au sein du groupe Edmond Rothschild. Au-delà des vingt-six opérations closées, une dizaine de négociations sont encore en cours. Certaines se passeront sans heurts, d’autres se feront dans la douleur quand quelques-unes n’iront pas jusqu’au bout. Ce sont les règles du jeu. Notre métier n’en est pas moins résilient comme le prouve notre typologie de clients. Nous possédons aujourd’hui toute la palette de compé­tences pour accompagner les grands groupes. Cette année nous avons travaillé plus particulièrement sur des opérations de restructuration mais nous avons également accompagné des cessions, fusions, LBO, retraits de cote et sortie d’actionnaires minoritaires.

Décideurs. Suite à la réorganisation du groupe, votre activité a subi de grands changements. Quels sont les objectifs de la fusion entre les entités Edrep et ERCF ?
F. P. Le rapprochement entre l’ex-Edmond de Rothschild Entreprise patrimoniale (Edrep) et Edmond de Rothschild Corporate Finance correspond à la mutation nécessaire des métiers des entités géographiques indépendantes d’Edmond de Rothschild dans le but de devenir un groupe international. Notre actionnaire a fait le choix de métiers stratégiques : la banque privée et l’asset management et de certaines expertises à forte valeur ajoutée pour ces deux métiers dont le corporate finance. Celui-ci est désormais regroupé dans une seule et même entité dans le but de créer un fonds de commerce unique sous la marque ERCF. Dans les années à venir, notre ambition est de devenir la banque d’affaires des entreprises indépendantes. En toute logique, cela passe par l’expansion de notre activité de banque privée à l’international. Aujourd’hui, notre filiale se déploie sur plusieurs territoires que sont Paris et Lyon, Londres, Madrid, Genève et demain Milan.

Décideurs. En France, les banques privées d’affaires se battent-elles pour s’attirer les faveurs de ceux qui incarnent le family business ?
F. P. Sur ce segment, le conseil s’est considérablement banalisé. Il y a une quinzaine d’années, une entreprise familiale ne faisait pas intervenir une banque privée d’affaires. Les années 2000 ont vu les offres de prestations de conseil se multiplier pour finir par se démocratiser. L’émergence de la presse financière spécialisée a également contribué à légitimer le rôle des conseils. Aujourd’hui, la concurrence est vive et les banques d’affaires doivent afficher leurs différences et démonter qu’elles ont une valeur ajoutée qui leur est propre.

Décideurs. Les opportunités à l’international existent-elles ?
F. P. Beaucoup d’entreprises familiales sont allées chercher de nouveaux marchés à l’étranger. Je pense notamment à l’Asie. Les groupes familiaux français sont appelés à devenir de plus en plus multiculturels dans les années à venir. Les opportunités existent même si certains marchés émergents restent difficiles à pénétrer pour des PME et d’autres zones voient déjà la crise arriver d’où le redéploiement probable d’investissements dans des zones stables comme l’Europe.

Décideurs. Quels sont les grands défis du corporate finance en France pour 2014 ?
F. P. L’année 2013 s’est révélée un peu meilleure que la précédente. Il y a eu beaucoup d’opérations mais ces dernières ont généré moins de bénéfices du fait de la démultiplication du nombre d’acteurs lors des deals. C’est une des tendances structurelles qui s’est affirmée courant 2013 : il faut davantage de personnes pour conclure une opération. C’est un vrai risque, car plus il y a d’acteurs plus le deal a des chances de ne pas être closé. En 2014, il faudra composer également avec les nouvelles règles du jeu fiscal auxquelles s’ajoutera un contexte économique encore incertain en France.
Le principal défi du corporate finance en 2014 sera d’admettre enfin qu’il ne traverse pas une crise mais un profond changement de paradigme économique.

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