Lancée en 2006, la Fondation Free se fixe pour objectif d’apporter le meilleur de la technologie au plus grand nombre. Une ambition qui s’inscrit dans le prolongement de celle de l’entreprise Free. Au programme, deux priorités : promouvoir le logiciel libre et lutter contre la fracture numérique. Entretien avec Ombeline Bartin, présidente de la fondation.

Décideurs. Ces dernières années, la Fondation Free a repensé son approche de la lutte contre la fracture numérique. Quel est votre nouveau positionnement ?

Ombeline Bartin. En France, le profil des personnes qui ne savent pas utiliser les outils numériques, et qui ne peuvent donc pas en faire un levier d’insertion sociale ou professionnelle, est très diversifié. Ces dernières années, nous avons recentré notre action auprès des jeunes de 16 à 25 ans. Ils représentent la société de demain. Dans l’imaginaire collectif, ces jeunes maîtrisent naturellement les outils numériques car ils sont nés et ont grandi avec les réseaux sociaux, tels que TikTok ou Instagram. Pourtant, beaucoup se retrouvent souvent complètement perdus face à un traitement de texte, à un tableau Excel ou à des recherches en ligne. La maîtrise des outils numériques constitue un indéniable levier d’insertion professionnelle, notamment dans le secteur du digital. Les besoins en recrutement y sont importants et la diversité des métiers les rend accessibles, même aux profils au parcours scolaire atypique.

Quels modes d’action privilégiez-vous ?
Le principal mode d’action de la fondation consiste à soutenir des projets associatifs en cours de réalisation. En fonction des projets, nous participons à leur financement et mettons à disposition les compétences de nos collaborateurs volontaires. Nous menons également des actions de collecte de mobiles en partenariat avec Ecosystem, qui en assure le recyclage ou le reconditionnement. En parallèle, les ordinateurs sont reconditionnés par notre équipe IT interne avant d’être mis à disposition des associations.

Pourriez-vous nous en dire davantage sur ces projets ?

Depuis notre création, la lutte contre la fracture numérique ne reflète plus la même réalité, en particulier avec la démocratisation de l’intelligence artificielle. Parmi les projets que nous menons, nous co-portons le programme DigiFree avec l’association Konexio, spécialiste de l’insertion professionnelle des personnes en situation d’exclusion. Une dizaine de nos collaborateurs ont contribué à former des habitants de Seine-Saint-Denis issus de QPV [quartiers prioritaires de la politique de la ville, ndlr] ou porteurs d’un handicap. En 2025, 80 jeunes ont ainsi bénéficié d’une formation sur les compétences numériques dans le monde professionnel, incluant un volet consacré à l’IA. Nous avons également formé près de 60 jeunes, bénévoles et salariés d’associations, telles que Rose Up ou Emmaüs Défi, aux enjeux et applications de l’IA à travers des Piscine Discovery en partenariat avec l’École 42.

"Depuis notre création, la lutte contre la fracture numérique ne reflète plus la même réalité, en particulier avec la démocratisation de l’intelligence artificielle"

Autre exemple au service de l’insertion professionnelle des jeunes, celui de la Fondation Mozaïk, émanation du cabinet de recrutement Mozaïk RH. Au quotidien, l’entreprise mise sur la diversité socioculturelle et la pluralité des parcours. Une approche qui résonne tout particulièrement au sein de la société Free, où 70 nationalités différentes collaborent, sans oublier les talents issus de QPV ou avec des parcours académiques atypiques, qu’il s’agisse de reconversions ou d’anciens élèves de l’École 42. Depuis 2023, une trentaine de jeunes ont profité du programme Propulsion afin d’être mentorés, par un collaborateur du groupe, dans la recherche de leur premier emploi. En vingt ans d’existence, la fondation a soutenu pas moins de 400 projets.

La fondation agit également en faveur des logiciels libres. De quelle façon cela se matérialise-t-il ?

Les logiciels libres offrent un accès gratuit à des interfaces ou des données ouvertes pour que le plus grand nombre de personnes puisse les exploiter et les optimiser. Depuis la création de la Fondation Free, Xavier Niel, fondateur du groupe Iliad, a souhaité accompagner l’essor du logiciel libre. De fait, nous avons toujours conçu nos produits sur ce principe et, aujourd’hui encore, toutes nos API sont ouvertes. Depuis une quinzaine d’années, nous hébergeons gratuitement les serveurs d’associations du logiciel libre dans nos data centers comme le logiciel vidéo VLC, le guide cartographique Openstreetmap ou la base de données de produits alimentaires Open food facts. Pour certains, nous avons également modernisé leurs outils afin de bénéficier des solutions cloud de Scaleway, notre filiale cloud. Sans ces ressources informatiques, ces projets collaboratifs n’auraient pas pu voir le jour.

En 2025, nous nous sommes associés avec l’association Share it qui met la tech au service de l’impact social. Ensemble, nous avons lancé un projet autour du logiciel libre afin d’accompagner des associations dans la modernisation de leurs outils. Les associations retenues se distinguent par leur maturité technologique, l’impact social de leur projet et le sérieux de leur démarche, garantissant qu’il sera mené à son terme. La première association bénéficiaire a été Wikimédia France pour l’optimisation de sa routine de modération, notamment face aux fake news. Le modèle perdure grâce au mécénat de plusieurs entreprises, dont SAP. Au fil du temps, l’enjeu reste le même : fédérer une communauté pour échanger les bonnes pratiques et générer des transformations durables et vertueuses.

Propos recueillis Léa Pierre-Joseph 

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