Google, Meta, Open AI, ASML… Depuis quelques mois, les grands groupes de tech sont prêts à tout pour conforter leur statut de géants. Ils dépensent notamment des milliards de dollars pour acquérir les groupes d’IA les plus prometteurs.
IA, les Big Tech consolident leurs positions
Certaines voix commencent à s’inquiéter : l’IA ne serait qu’une bulle spéculative susceptible d’éclater à tout moment. Les stratèges des grands groupes de tech américains ne sont pas sur cette longueur d’onde. Selon eux, elle constitue le cœur d’une nouvelle révolution industrielle. Et, il est nécessaire d’investir des milliards pour jouer un rôle clé dans l’économie de demain.
Google débourse 32 milliards de dollars pour Wiz
C’est notamment le cas de Google. Le groupe, via sa maison mère Alphabet, a mis 32 milliards d’euros en cash sur la table pour acquérir Wiz. Cette société, peu connue du grand public, a été fondée par d’anciens officiers de l’armée israélienne spécialisés dans la cybersécurité des environnements cloud. Le géant de la Silicon Valley, qui avait formulé vainement une offre de 23 milliards de dollars en 2024, signe la plus grosse opération d’acquisition de son histoire. Il pulvérise le record de 11 milliards d’euros réalisé en 2011 pour acquérir Motorola Mobility.
Avec Wiz, Google veut préparer le futur. Selon le géant de Mountain View, de plus en plus d’entreprises et d’administrations auront besoin d’externaliser leurs données. Il faudra les stocker, mais aussi les protéger, notamment des attaques menées par de l’intelligence artificielle. Grâce à Wiz, l’objectif est d’utiliser l’IA non seulement pour contrer les offensives, mais également pour améliorer la gestion des données. Objectif : prendre le dessus sur les grands concurrents que sont Microsoft ou Amazon Web Services.
La hantise de Mark Zuckerberg ? Être distancé dans la course à l’IA
Meta : opération scale up
Si Google est proactif, Meta n’a pas l’intention de rester les bras croisés. Le groupe de Mark Zuckerberg a dépensé 14,8 milliards de dollars pour acquérir 49 % du capital de Scale AI. La participation, bien que minoritaire, permet d’éviter un potentiel veto des autorités antitrust.
Meta a souhaité intégrer au plus vite les activités de Scale AI. Deux raisons expliquent cet empressement : Mark Zuckerberg craint d’être distancé dans l’IA, il compte garder "pour lui" les atouts d’une jeune pousse spécialisée dans l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle. Le fondateur de Scale AI, Alexandr Wang - 28 ans et ancien colocataire de Sam Altman -, a pris la tête de l’équipe de recherche dédiée à l’IA de Meta.
Open AI veut jouer dans la cour des grands
Open AI compte jouer un rôle de premier plan afin d’acquérir une taille et une puissance similaires à celles de Google, Meta, Microsoft ou Amazon. Pour le groupe de Sam Altman, cela passe par des opérations de croissance externe. Cet été, Open AI a tenté de débourser 3 milliards de dollars pour contrôler Windsurf, plateforme d’assistance au code basée sur de l’IA, mais l’opération a échoué. En revanche, l’acquisition de la plateforme Statsig au prix de 1,1 milliard de dollars a été menée à bien. Son fondateur, Vijaye Raji, a été propulsé CTO Applications d’Open AI où il travaille sous la direction de la Française Fidji Simo, CEO of Applications.
Mais c’est quelques semaines plus tard que le groupe a véritablement marqué les esprits avec la prise de contrôle d’io Products pour 6,5 milliards de dollars. Au delà de la somme, le symbole est fort puisque la start-up a été fondée par Jony Ive, mythique designer d’Apple qui passe donc au service d’Open AI. Unis, Altman et Ive souhaitent créer un écosystème d’outils ou d’applications d’IA destinés au grand public. Et, selon les deux ambitieux, cela passe par le fait de repenser l’usage de l’informatique. Selon les rumeurs, l’invention d’un nouvel appareil totalement disruptif serait à l’étude. Communication ? Optimisme forcené ? Révolution ? Le futur le dira.
Jony Ive, ancien designer star d’Apple, s’est lancé dans l’IA et travaille désormais pour Sam Altman
Elon Musk joue solo
De son côté, Elon Musk ne compte pas se laisser "ringardiser" par la nouvelle génération. Pour garder la main, il a opté pour une solution autre que les acquisitions externes. xAI, la branche dédiée à l’IA du conglomérat de l’ancien Doge, a levé cette année 10 milliards de dollars - la moitié en dette, l’autre sur les marchés - pour poursuivre ses recherches.
CoreWeave - Core Scientific : mariage d’été, mariage raté ?
Un autre deal aurait pu marquer l’année 2025 : cet été, Core Scientific avait communiqué sur son offre de rachat de CoreWeave pour la bagatelle de 9 milliards de dollars. Peu connus, les acteurs ont pourtant un rôle de premier plan dans la révolution de l’intelligence artificielle. À l’origine spécialisé dans le minage de cryptomonnaies, CoreWeave possède des data centers et des supercalculateurs utilisés par les développeurs d’IA. C’est lui qui contrôle le supercalculateur de Plano au Texas utilisé exclusivement par le fabricant de puces Nvidia. Pour augmenter sa puissance de calcul, il a souhaité cet été racheter son concurrent. Mais, fin octobre, les actionnaires de Core Scientific ont finalement refusé l’offre. Core Scientific va-t-il enchérir ou renoncer à l’opération ? Même si rien n’est acté, la seconde solution semble tenir la corde.
Mistral AI peut se diversifier dans l’industrie et ne pas se contenter de la simple activité d’agent conversationnel. De son côté, ASML intègre les modèles d’IA de la société dirigée par Arthur Mensch dans son activité de R&D
ASML, Mistral AI, l’Europe montre – un peu – ses muscles
Du côté de l’Europe, les choses bougent également. Le néerlandais ASML, fabricant de machines de production de semi-conducteurs, a annoncé prendre une participation de 11 % du capital du français Mistral AI pour la somme de 1,3 milliard de dollars.
Cet accord est win-win. Mistral AI peut se diversifier dans l’industrie et ne pas se contenter de la simple activité d’agent conversationnel. De son côté, ASML intègre les modèles d’IA de la société dirigée par Arthur Mensch dans son activité de R&D. Autre synergie, ASML a l’intention de mobiliser les ressources de Mistral AI pour optimiser ses processus internes : maintenance prédictive, automatisation des services support ou clients.
Si elle est un bon pas pour améliorer la souveraineté numérique de l’UE, force est de constater que cette opération est isolée et d’un montant bien plus faible que les deals conclus au pays de l’Oncle Sam. Preuve, s’il en est, du décrochage du Vieux Continent.
Lucas Jakubowicz
