Si la France est reconnue comme un terreau fertile d’innovation, les stratégies de financement nationales doivent relever des défis majeurs, tels que la concurrence internationale, les enjeux écologiques et les récentes évolutions de l’échiquier politique. Guillaume Carlier, directeur général d’ABGi, spécialiste du financement de l’innovation, revient sur les occasions de soutenir les entreprises innovantes et renforcer la compétitivité du pays sur la scène mondiale.

Décideurs. Depuis quelques années, le gouvernement entend "verdir" le CIR afin d’inscrire la transition écologique au cœur des politiques fiscales. Comment accompagnez-vous ce mouvement ?

Guillaume Carlier. Malgré les nombreuses discussions autour du crédit d’impôt recherche (CIR), la Loi de Finances  2025 ne prévoit pas de modalités d’obtention soumises à des principes de durabilité. Sans attendre de contraintes, les entreprises s’engagent déjà activement dans des démarches en faveur de la durabilité des innovations. Depuis plusieurs années, nous intégrons ces défis dans nos accompagnements, en commençant par l’identification des opportunités vertueuses sur le plan environnemental, social ou sociétal. L’utilisation de matériaux biosourcés, l’amélioration de l’efficacité énergétique et le recyclage constituent des étapes significatives dans la stratégie d’innovation de nos clients. 

"Les transformations incrémentales impliquent d’embarquer les collaborateurs à travers un processus clair de gouvernance et de management"

Qu’elles soient au service de la neutralité carbone ou d’une diminution de la consommation d’énergie, les aides et subventions en faveur d’une innovation durable sont nombreuses. À titre d’exemple, l’Ademe, certains fonds verts et autres labels financent les projets à impact. Cependant, les transformations incrémentales impliquent d’embarquer les collaborateurs à travers un processus clair de gouvernance et de management. Pour accompagner ces grands projets, nous avons créé le département "ESG" qui structure et accompagne la performance extrafinancière des entreprises.

Obtenir des aides auprès de guichets européens s’avère être un travail sans relâche pour les entreprises. Quels outils pour optimiser leurs chances ?

Si les programmes de financement européens s’adressent à tout type d’entreprise, réussir à les décrocher s’apparente à l’image d’une ascension d’un sommet où l’aide d’un bon sherpa est essentielle. Au-delà du soutien d’un expert en financement de l’innovation, jouer collectif est indispensable, qu’il s’agisse de PME innovantes, de grands groupes ou de laboratoires de recherche. Les consortiums entre acteurs académiques, industriels et institutionnels servent à parfaire une excellence scientifique et technologique afin de définir une répartition précise des rôles de chacun en vue de répondre aux priorités stratégiques européennes.

Plus concrètement, l’approche idéale doit combler les freins technologiques et techniques de l’Europe et lever des goulots d’étranglement en matière de défense stratégique, de souveraineté, d’impact environnemental ou de développement économique et social. Par exemple, la filière microélectronique revêt des enjeux environnementaux, de souveraineté, d’approvisionnement, mais aussi d’emploi au profit de différents pays européens. Ensuite, il est nécessaire de démontrer la capacité à protéger l’innovation, en incluant les risques identifiés et le budget à allouer. Enfin, des entreprises spécialisées telles qu’ABGi garantissent l’exhaustivité et la solidité d’un dossier ainsi que la communication associée afin d’optimiser les taux de succès et de rejoindre les 20 % de projets déposés aboutis.

Les déboires politiques à l’échelle nationale et le contexte économique ont semblé déteindre sur la capacité d’innovation des entreprises – notamment les plus petites. Qu’en est-il vraiment ?

L’instabilité politique fait partie des principaux critères qui freinent l’innovation. Il y a quelques mois, l’absence de projet de loi de finances a conduit à une baisse du taux du CIR de 30 % à 20 %, malgré sa reconduction. En France, nous avons la chance d’avoir l’ambitieux plan France 2030, mais, le temps passant, différentes enveloppes diminuent, voire sont supprimées, ralentissant l’élan d’innovation, notamment pour les plus petites entreprises qui n’ont pas la force de frappe pour se tourner vers les programmes internationaux. Malgré ses difficultés, l’innovation continue de battre son plein dans une multitude de domaines, tels que l’IA, l’informatique quantique, les biotech, la mobilité intelligente, la cybersécurité, les matériaux innovants ou encore la production et le stockage des énergies renouvelables.

"Le CIR français entretient un coût de la recherche compétitif par rapport à beaucoup d’autres pays"

À titre personnel, je me suis retrouvé de l’autre côté de la barrière, persuadé d’être en mesure de mener l’ensemble de ces démarches seul. Désormais, je suis conscient de la puissance d’action des spécialistes, en particulier dans leur capacité à mobiliser plusieurs dispositifs pour un même projet, à multiplier le taux de succès et à tirer profit d’un solide réseau – tant en matière d’organismes de financement qu’au sein de la clientèle elle-même.

Constatez-vous un accroissement de la concurrence internationale dans le financement de la recherche ?

Chaque année, ABGi dresse un état des lieux de la maturité des dispositifs de financement dans les pays de l’OCDE. À l’échelle internationale, l’Allemagne propose depuis peu un dispositif avec un taux d’adhésion formidable, sans pour autant détrôner le coup d’avance de l’Hexagone. À mon sens, le CIR français entretient un coût de la recherche compétitif par rapport à beaucoup d’autres pays. Un facteur qui pousse bon nombre d’industriels à localiser leur centre de R&D en France. L’an dernier, une vingtaine de centres ont ainsi été créés. Nous pouvons en être fiers et continuer à cultiver cette approche. Pourtant, la France ne consacre qu’un peu moins de 2 % de son PIB à son budget de R&D. La situation est en mesure de s’améliorer, d’autant plus au vu de l’accélération incroyable de la Chine. De même, aux États-Unis, Donald Trump mène une politique de l’offre qui devrait relancer une vraie compétition internationale. Il y a un an et demi, nous avons lancé l’International Funding Map, un outil didactique pour aider les entreprises à mieux naviguer parmi les aides et subventions disponibles, en France comme à l’international, en fonction de leur taille, leur secteur d’activité ou leur localisation, entre autres.

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Guillaume Carlier

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