Tupperware France, Jay&Joy, Les Nouveaux Affineurs, Bluedigo, Sol Semilla…Cédric Meston multiplie les reprises à succès et se fait un nom sur la scène entrepreneuriale française. Au-delà de son travail de bâtisseur, il s’attelle à rendre la reprise d’entreprise "sexy".

Décideurs. Avez-vous toujours rêvé d’être entrepreneur ?

Cédric Meston. Oui, dès le lycée, en classe préparatoire scientifique, puis lors de mes études à Telecom Paris, j’y pensais. Une fois diplômé, j’ai commencé mon parcours professionnel chez McKinsey avec l’objectif de devenir créateur d’entreprise. C’est à ce moment-là que j’ai découvert la notion de reprise d’entreprise, sa capacité à sauvegarder des emplois, son impact économique et sociétal très fort. Alors que j’étais consultant, je suis allé au tribunal pour essayer de reprendre une société mais ma légitimité n’était pas suffisante. J’ai quitté McKinsey, cofondé HappyVore avec Guillaume Dubois. Puis, en 2024, je me suis pleinement consacré à la reprise d’entreprises.

Il existe selon vous deux jambes dans l’entrepreneuriat : la création et la reprise. Pourquoi la seconde est-elle moins évoquée, moins aimée ?

La "start-up nation", les licornes, les levées de fonds font la une de l’actualité. Pour la jeune génération, cela paraît attractif, inspirant. La reprise, sur le papier, c’est moins sexy. En outre, les repreneurs souffrent de nombreux clichés. Ils sont souvent associés aux fonds vautours, aux cost killers. Or, si l’on fait bien les choses. La reprise est une véritable démarche entrepreneuriale, créatrice de valeurs.

"Les repreneurs sont souvent associés aux fonds vautours, aux cost killers. Or, si l’on fait bien les choses, c'est une véritable démarche entrepreneuriale, créatrice de valeurs"

Vous venez de publier l’ouvrage "Reprise, dans la tête d’un serial repreneur". Pourquoi ?

La reprise est un levier formidable pour améliorer le dynamisme de l’économie française. Mais elle reste trop méconnue, mystérieuse, mal-aimée. Il faut donner envie en expliquant qu’il s’agit aussi de création. Le livre a également vocation à devenir un guide pratique. J’y dévoile les coulisses de mes expériences avec Tupperware France, Jay&Joy, Les Nouveaux Affineurs, Bluedigo ou Sol Semilla.

Au livre s’ajoute l’initiative France Reprises dont vous êtes l’un des créateurs. En quoi consiste-t-elle ?

Il s’agit d’une initiative collective visant à créer une communauté de repreneurs. Elle repose avant tout sur les échanges d’informations, notamment avec une newsletter, un groupe Whatsapp, le partage hebdomadaire du deal flow, une réunion en visio chaque jeudi avec des avocats, des experts-comptables…

Quelle est la principale différence entre un repreneur et un entrepreneur ?

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Un entrepreneur a la chance de pouvoir bâtir une entreprise à son image, en définissant sa culture. Inversement, un repreneur arrive dans une structure déjà existante, avec ses propres valeurs, ses propres process, des salariés présents parfois depuis longtemps. Il ne peut pas renverser la table immédiatement, il lui faut d’abord s’imprégner de sa culture, comprendre comment un collectif fonctionne pour mieux s’y intégrer. Ce n’est qu’ensuite qu’il est possible de changer petit à petit les choses.

Vous êtes né en 1993. Votre jeune âge a-t-il été un handicap ?

Le principal handicap est de ne pas avoir d’expérience entrepreneuriale. Je l’ai bien vu lorsque j’ai tenté de reprendre ma première entreprise alors que j’étais consultant chez McKinsey. Cette première opération a eu lieu alors que j’avais 25 ans. En revanche, je disposais déjà, grâce à HappyVore, d’une expérience concrète de gestion d’entreprise. C’est cet acquis qui fait la différence, plus que l’année de naissance.

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

Reprise, dans la tête d'un serial entrepreneur, de Cédric Meston, préface de Mike Horn, 192 pages, 22 euros

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