Attentats, Gilets jaunes, Covid… Pendant des années, Kevin Machefert a subi de multiples coups du sort qui ont mis en difficulté le secteur de l’hôtellerie. Depuis peu, il a renoué avec la croissance et multiplie les projets audacieux.

Rencontrer Kevin Machefert pour un portrait, c’est ressortir de l’entretien avec le sourire. Pour le jeune patron, tout devient possible à condition d’oser et d’être audacieux. Un discours qui tranche avec la morosité ambiante.

"Contaminé" dès l’enfance ?

Le trentenaire a passé sa jeunesse dans un foyer où l’audace était la règle : "Mon père était un autodidacte parti de rien qui, par son seul travail, est parvenu à bâtir un groupe hôtelier." Se voyait-il comme le fondateur d’une dynastie ? " Je pense qu’il en rêvait. J’ai longtemps envisagé de travailler avec lui, mais je n’ai jamais été conditionné", se souvient le fils unique.

Son bac en poche, Kevin Machefert étudie la finance, puis débute chez JP Morgan. "La banque est la meilleure des écoles à condition d’en sortir", lui glisse-t-on à l’époque. L’occasion ne tarde pas à se présenter. Mais franchir le seuil demandait un certain courage.

Écoper

"Mon père avait racheté un groupe en redressement qui possédait notamment l’hôtel Murano, boulevard du Temple." L’établissement est si vétuste et déficitaire que personne ne souhaite en prendre la direction. Sollicité par son père, Kevin Machefert relève le défi, après en avoir discuté avec son mentor chez JP Morgan.

À 23 ans, le voilà propulsé directeur. Pas vraiment du népotisme, puisque lui seul a osé plonger dans le bourbier. "Les KPI étaient mauvais, tout le monde s’accordait à dire que le Murano ne pouvait pas être redressé." Après un audit de quatre mois, un plan RH et un plan social, le concept est entièrement repensé. L’hôtel se rebaptise 1K, s’organise autour du thème "Pérou" avec, notamment, un speakeasy spécialisé dans le Mescal, une eau-de-vie à base de cactus. Le fils a fait ses preuves.

En 2023, le groupe Les Hôtels de Paris est rebaptisé Groupe Machefert et la famille en détient désormais 76 % du capital

Il rejoint ensuite la maison mère, Les Hôtels de Paris, dirigée par son père, et occupe successivement des fonctions au commercial, au marketing, à l’IT avant d’être nommé CEO en 2022. En 2023, le groupe est rebaptisé Groupe Machefert et la famille en détient désormais 76 % du capital.

Attentats, Covid, Gilets jaunes : le secteur de l’hôtellerie-restauration est en pleine tourmente à mesure que Kevin Machefert gravit les échelons. "Je suis allé 62 fois au tribunal, personne ne pariait sur notre survie. J’ai dû écoper, restructurer." Depuis peu, il peut enfin s’adonner à ce qui lui tient à cœur : la croissance.

Développer

Fort de 17 établissements hôteliers, 8 restaurants, une plage privée, un spa et entre 300 et 400 collaborateurs, le dirigeant est dans une logique de repositionnement axé sur la montée en gamme. Coincé entre Airbnb et les multinationales, il fait le pari de "l’expérimental". D’un côté, il souhaite "automatiser au maximum le check in et le check out", de l’autre, il a le projet d’"humaniser l’accueil en embauchant des profils hauts en couleur, comme des comédiens, des passionnés d’urbanisme, d’art". L’objectif ? Guider hors des sentiers battus une clientèle majoritairement internationale et incarner un certain « savoir-recevoir » à la française. La prochaine étape est l’ouverture d’un hôtel consacré au thème des Années folles dans le quartier de Montparnasse.

Lucas Jakubowicz

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