Pour Vitalie Taittinger, tout est question de réinvention. Pas à pas, avec délicatesse et travail, la présidente du groupe familial redessine les contours d’une maison vieille de près de trois siècles. Portrait d’une dirigeante qui n’avait pas prévu cette trajectoire.
Vitalie Taittinger, la vie en bulles
Des bulles de bandes dessinées à celles du champagne, le parcours de Vitalie Taittinger est l’incarnation de la résilience. "Je n’avais pas besoin de travailler pour avoir de bons résultats et j’ai profité de ces facilités." Férue d’art, la bachelière rejoint les bancs de l’école Émile Cohl, où elle perfectionne ses talents d’illustratrice tout en découvrant la rigueur, l’exigence technique et la valeur du travail. Loin du monde du champagne, elle poursuit sa voie en solitaire, traçant des histoires sur papier.
La révélation
En 2005, le groupe familial est vendu, son père Pierre-Emmanuel Taittinger se bat pour le racheter. Un moment éprouvant mais révélateur aux yeux de sa fille. "On ne se rend compte de la valeur des choses que lorsqu’on les perd", confie-t-elle. Attachée à la marque qui porte son nom, elle change alors d’univers professionnel, passant de l’illustration aux tableaux Excel, de la solitude au travail d’équipe. Un tournant qui illumine quelque chose en elle qu’elle ignorait jusque-là : son amour pour les autres. Vitalie Taittinger entre d’abord en tant que consultante, une sorte d’examen de passage, puis gravit les échelons au gré de rencontres, d’apprentissages et de découvertes.
Directrice artistique en 2009, elle devient directrice du marketing en 2015 avant d’être nommée présidente en 2020. Au cœur d’un milieu où les codes et traditions règnent, son profil détonne. Si son parcours atypique a fait naître quelques doutes chez son père, son regard singulier tourné vers l’émotionnel et ses résultats parlent pour elle.
"Je n’étais pas formée comme les autres, donc j’ai dû m’appuyer sur les équipes, travailler autrement". Elle transforme ce frein en moteur, à force de travail et d’investissement personnel, une gymnastique proche de la persévérance qui lui avait tant plu en école d’art. Elle s’implique, avec passion et émotion, recherchant le plaisir dans chacune de ses missions.
La liberté d’être soi
Mère de quatre enfants, elle porte subtilement en elle la question de la transmission, en ligne avec les valeurs qu’elle prône : donner sans imposer. "La difficulté est de laisser la liberté à mes enfants de reprendre le flambeau sans que la transmission leur pèse, afin qu’ils puissent s’approprier les choses à leur façon." Là encore, une réflexion profonde ancrée sur l’humain et les choix personnels. Des thématiques qui la touchent et qu’elle nous partage tout en se référant au livre de François Cheng, Une nuit au cap de la Chèvre. S’il n’y avait qu’une personne à retenir parmi ses modèles, ce serait son père, qui lui a transmis l’envie de rejoindre l’aventure et l’amour du champagne. Elle cite également Patti Smith, figure de liberté.
Raconter l’histoire de Vitalie Taittinger n’aurait pas la même saveur si la nature n’y avait pas sa place. Un élément qu’elle admire profondément, source de reconnexion avec l’essentiel, d’inspiration et en réinvention perpétuelle.
À la tête d’une maison emblématique, Vitalie Taittinger continue d’apprendre avec humilité. Elle considère la famille au sein du groupe comme le gardien du temps, un temps qu’il faut apprendre à savourer. "Boire un vin qui a passé dix ans en cave est une vraie leçon de vie." Si elle devait n’en choisir qu’un ? Le grand cru Comtes de Champagne, entre finesse et exception.
Marine Fleury

