Forum économique de Davos, REF du Medef, Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, Qatar Economic Forum… Les grands événements ne manquent pas et sont l’occasion pour les chefs d’entreprise non seulement de s’exprimer publiquement sur les sujets qui les préoccupent, mais surtout de faire de la diplomatie d’entreprise afin d’étendre leurs marchés.
Grands événements, ils ont toujours la cote
Le 3 juillet était donné le coup d’envoi des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Pendant trois jours, le plus grand forum économique et social d’Europe, créé en 2001 par le Cercle des économistes, était ouvert à tous. Parmi les 400 intervenants de l’édition 2025 : des politiques comme Michel Barnier, Élisabeth Borne ou Mario Draghi, mais aussi des dirigeants d’entreprise comme Thomas Buberl (Axa), Ilham Kadri (Syensqo), Patrick Pouyanné (TotalEnergie), ainsi que des personnalités telles que la prix Nobel d’économie Esther Duflo et l’essayiste Jacques Attali. Ces derniers ont échangé autour du thème "Affronter le choc des réalités".
"Mon assiduité aux Rencontres économiques tient à l’évidence qu’il s’agit d’un événement devenu incontournable, permettant de s’enrichir au contact des autres intervenants, d’échanger avec le public, et d’exposer analyses et propositions dans un cadre privilégié et dans une relation toujours empreinte de respect de l’autre", dit de ce grand raout Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne.
Événements estivaux
Ces rencontres sont le rendez-vous économique du début d’été. La fin de la période estivale sera clôturée par une autre réunion d’ampleur, celle organisée par le Medef avant la grande reprise de septembre. Pour la première fois cette année, la REF, dont les dernières éditions se sont tenues à l’hippodrome de Paris-Longchamp, aura lieu à Roland-Garros, où sont attendues 10 000 personnes et plus de 120 intervenants entre le 27 et le 28 août. Objectif affiché par les organisateurs : "Faire de La Rencontre des Entrepreneurs de France l’événement le plus influent et vivant de la rentrée."
Créées en 1998 par Ernest-Antoine Seillière, ancien patron du Medef, et son ex-bras droit Denis Kessler, ces rencontres sur deux jours autrefois appelées Université d’été du Medef avaient pour mission d’aider les dirigeants d’entreprise à prendre un peu de hauteur avant la rentrée. D’où des thèmes de conférence transversaux à tendance philosophique afin de creuser des sujets contemporains. Ces rendez-vous décontractés, ponctués de repas partagés, accueillent entre 400 et 500 journalistes. Le président du Medef ouvre le bal par un traditionnel discours. L’occasion pour lui de faire passer des messages aux patrons mais aussi, et surtout, aux politiques quant aux besoins des dirigeants d’entreprise, notamment sur le plan réglementaire. Les conférences s’enchaînent sur de grands sujets économiques et de société.
Dans les couloirs
Mais est-ce réellement pour cela que les dirigeants se rendent dans les grands rendez-vous ? "Ces événements sont des moments de rencontres clés de réassurance, explique Camille Fumard, directrice conseil, conseillère spéciale auprès d’Édouard Fillias, président fondateur de l’agence JIN. Ils jalonnent des temps forts dans l’exercice annuel de la vie de l’entreprise, comme la fin de la saison 2025 des assemblées générales des groupes du CAC 40 avec les Rencontres économiques d’Aix ou encore le ’back-to-school’ avec la REF pour le Medef. Alors qu’on se demandait s’ils allaient perdurer après le Covid, on s’est rendu compte de leur nécessité." Elle ajoute : "Dans un contexte d’incertitudes, d’inquiétudes, les conversations dans les couloirs permettent aux dirigeants de confirmer ou non un sentiment général. On peut parler de ‘catharsis’ collective !'
"Dans un contexte d’incertitudes, d’inquiétude, les conversations dans les couloirs permettent aux dirigeants de confirmer ou non un sentiment général"
Se rendre à ces rencontres ou les sponsoriser, que ce soit en France ou à l’étranger, coûte de l’argent aux entreprises. Parfois la note peut être très salée. C’est le cas pour le Forum économique mondial de Davos, qui accueille environ 3 000 "invités" chaque année. En 2014, Challenges consacrait un article au sujet. À l’époque, le Forum comptait 1 000 entreprises partenaires de plus de 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Celles-ci peuvent avoir trois statuts : membre, pour une cotisation annuelle de 40 000 euros, partenaire industriel pour 200 000 euros ou partenaire stratégique pour 400 000 euros par an, ce qui leur permettait de bénéficier de quatre invitations, voire cinq si une femme était présente. Ces invitations ne dispensent pas de s’acquitter d’une participation de 27 000 francs suisses par personne, précise le journal. Sans compter le voyage et l’hébergement. Le Forum de Davos fait l’objet de certaines polémiques, telles que le nombre de jets privés qui atterrissent en Suisse à cette période. Les chefs d’entreprise doivent peser dans la balance les risques et les avantages à se rendre sur place.
Nouvelles formes de coopération
"C’est intéressant d’y aller pour faire un exercice de communication ou encore pour rencontrer des journalistes, mais les dirigeants vont surtout y faire de la diplomatie d’entreprise, souligne Camille Fumard. L’enjeu étant de renforcer la capacité stratégique de l’entreprise à opérer sur le plan mondial."
"Ces rencontres sont l’occasion pour les dirigeants de se sentir soutenus, entre pairs"
Tout comme en France, les rencontres suisses sont un moment privilégié pour s’adresser aux politiques. "Davos reste une plateforme de choix pour faire passer des messages aux régulateurs. En revanche, il y a quelques années encore, Davos c’était le forum qui parlait progrès, précise Camille Fumard. On s’intéressait à l’environnement, aux questions éthiques de l’IA. Je ne suis pas sûre aujourd’hui que Davos fasse avancer le débat sur le climat ni sur les écarts sociaux en matière d’usages technologiques."
Nouveau Davos
Depuis cinq ans se développe le Qatar Economic Forum dont le dernier, qui a eu lieu à Doha en mai, avait pour thème "The Road to 2030 : Transforming the Global Economy". Il a réuni environ 2 500 "leaders" et experts. Alors que son rôle dans l’administration Trump commençait à impacter les affaires de Tesla, Elon Musk est intervenu, virtuellement, pour confirmer qu’il resterait bien à la tête du constructeur automobile. Côté français, étaient présents Mathieu Chabran, cofondateur de Tikehau Capital, Sébastien Bazin, PDG d’Accor ou, côté international, Ryan M. Lance, patron de Conoco- Phillips, Le Thi Thu Thuy, vice-présidente du conglomérat vietnamien Vingroup. "C’est le nouveau Davos. La cartographie évolue. Les événements vers lesquels allaient les dirigeants il y a cinq ans ne sont plus forcément les mêmes aujourd’hui. Ils vont là où il y a du business à faire", note Camille Fumard. Si des deals ne se signent pas forcément sur place, les forums sont l’occasion de les faire avancer.
La parole est d'or
Les conférences ne seraient alors qu’un prétexte ? "Beaucoup de ce qui y est dit est très policé, surtout chez les Européens (…), remarque Camille Fumard. Les thèmes des conférences, comme les tarifs douaniers, la volatilité, la jeunesse, sont assez exogènes alors que les questions qui sont vraiment au cœur des entreprises, comme la baisse de motivation des collaborateurs, ne sont, elles, pas traitées" ou du moins pas en public. Pour autant, les discussions en coulisses peuvent être moins neutres. Les rencontres sont l’occasion pour les dirigeants de se sentir soutenus, entre pairs, et de pouvoir échanger sur les sujets qui les préoccupent vraiment.
Bien que la neutralité en public soit de mise, certains patrons du Vieux Continent n’hésitent pas à sortir du bois. On se souvient cette année de Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, déclarant à Davos : "Je ne suis pas protégé" et demandant à l’Union européenne, qui vise la neutralité carbone en 2050, à mieux défendre son industrie verte face à la concurrence, notamment chinoise. Une parole rare, exprimée au bon endroit, a de grandes chances d’être reprise et entendue. D’où l’intérêt de se déplacer ou de suivre les grands événements.
Olivia Vignaud

