Rares sont les responsables politiques à s’assumer libéraux en France. Guillaume Kasbarian, député macroniste de l’Eure-et-Loir, ancien ministre du Logement et de la Fonction publique, fait partie de cette espèce rare. Selon lui, beaucoup de collègues et de citoyens sont libéraux, "à l’insu de leur plein gré", ce qui le rend optimiste.
Guillaume Kasbarian : "Contrairement aux clichés, les Français sont libéraux"
Décideurs Magazine. Le terme libéral est souvent utilisé comme une insulte dans le débat public. Pourquoi ? Est-ce une spécificité française ?
Guillaume Kasbarian. On trouve des libéraux sur tout le spectre politique, mais ils n’ont jamais eu entièrement le contrôle de leur parti. La gauche joue traditionnellement la carte du socialisme et cherche à miser sur un discours "plus à gauche que moi tu meurs", notamment dans les campagnes électorales.
La droite se démarque par un culte du chef ainsi qu’un attachement très fort à l’État interventionniste et stratège. Je pense notamment à la phrase de Charles de Gaulle : "La politique de la France ne se fait pas à la corbeille."
Malgré tout, notre pays a une tradition libérale, notamment avec des intellectuels comme Frédéric Bastiat, Alexis de Tocqueville ou des élus comme Alain Madelin. Mais dans le discours politique ou les travaux universitaires, il est toujours de bon ton de taper sur le libéralisme.
Les critiques les plus fréquentes sont les suivantes : "Il rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres", "Il revient à tout privatiser". Comment tordre le cou à ces idées reçues ?
Tout simplement en examinant les faits et l’Histoire. Il n’y a pas un seul système ultra étatiste ou anti libéral qui fonctionne sur le long terme, permette aux plus pauvres de s’en sortir, aux classes moyennes de se développer. Qu’il s’agisse de dictatures d’extrême droite ou de régimes communistes, ça ne marche pas ! En revanche, les pays qui pratiquent le libre-échange, la libre entreprise, font confiance à l’initiative individuelle, à la démocratie parlementaire, misent sur la liberté d’expression, bref sur le libéralisme, s’enrichissent. C’est cette idéologie qui a permis de vivre dans un monde qui n’a jamais été aussi prospère pour tous. Elle n’est pas parfaite, mais je ne vois pas de meilleur modèle.
"Il n'y a pas un seul système ultra étatiste ou anti libéral qui fonctionne sur le long terme, permette aux plus pauvres de s'en sortir, aux classes moyennes de se développer"
Dans votre famille politique, vous sentez-vous isolé ?
Je me définis comme un libéral intégral, c’est-à-dire libéral sur les questions économiques, mais aussi sociétales. Dans mon groupe politique, je suis très bien puisque de nombreux collègues sont sur la même longueur d’onde que moi : ils défendent une politique de l’offre, veulent s’attaquer à la bureaucratie, aux normes tout en étant progressistes sur des questions comme l’homosexualité, la fin de vie… Mais beaucoup n’utilisent pas le terme libéral, ils le sont de manière instinctive.
Dans l’hémicycle, avez-vous des alliés ?
Les libéraux sont traditionnellement éclatés. Sur certaines questions, on peut trouver des alliés sur des textes. Par exemple à droite sur l’économie ou à gauche sur les questions sociétales. Une des caractéristiques du libéralisme est le respect de la propriété privée. Lors de la proposition de loi contre les squatteurs, j’ai pu travailler avec LR, notamment Annie Genevard. Sur la législation concernant la fin de vie, les partenaires seront plutôt à gauche.
Que pensent les citoyens que vous rencontrez sur le terrain ? Sont-ils libéraux ?
Mais oui ! Contrairement aux clichés, les Français sont libéraux. Parmi les éléments qui me sont le plus remontés, on retrouve des choses comme : "On en a marre des normes pour tout", "Laissez-nous créer et vivre du fruit de notre travail", "Cessez de nous considérer comme des enfants ou de nous essentialiser", "Simplifiez le quotidien", "faites-nous confiance". Ce sont des revendications profondément libérales qui sont de plus en plus nombreuses. De quoi être optimiste pour la suite !
Quelles sont les principales avancées dont vous pouvez vous targuer ?
Outre la loi anti-squat, la loi d’accélération et de simplification de l’action publique de 2020 dite loi ASAP, j’ai supprimé des comités inutiles, favorisé l’installation de sites au service de l’industrie verte. Outre les mesures concrètes, le fait de porter haut et fort ses convictions peut inciter des responsables politiques à faire de même. Récemment ce fut le cas de Christelle Morançais, présidente de la région Pays de la Loire. Plus nous serons nombreux à nous assumer, mieux ce sera.
Propos recueillis par Lucas Jakubowicz
