À la tête d'un empire industriel et agricole, le chef d'entreprise a récemment publié un nouveau livre consacré à la quête africaine d'autosuffisance alimentaire. En centrant son propos sur les atouts et les défis concrets auxquels fait face le continent, l'homme d'affaires, aujourd'hui âgé de 85 ans, livre un véritable manuel de bonnes pratiques à destination des décideurs africains comme étrangers.

Si l'Ukraine fut au XXe siècle considérée comme le "grenier de l'Europe", l'Afrique pourrait-elle s'imposer, au XXIe siècle, comme celui de la planète entière ? Oui, répond l'entrepreneur George Arthur Forrest : né en 1940 à Lubumbashi, l'homme d'affaires belgo-congolais, héritier d'une dynastie d'industriels et fondateur du Groupe Forrest International (GFI) et de la holding GoCongo. Il a publié, début 2025, un ouvrage optimiste sur les moyens concrets, pour l'Afrique, d'atteindre l'autosuffisance alimentaire.

Précisément intitulé L'Afrique peut nourrir le monde (Éditions Le Cherche Midi, 18,50 euros), le livre se veut à la fois un manifeste, un manuel et un coup de pied dans la fourmilière. Un coup de pied, tout d'abord, dans les préjugés selon lesquels le continent africain serait condamné à la faim et à l'inefficacité agricole et économique. Un manifeste, ensuite, en faveur d'une Afrique qui retrouverait à la fois le chemin de sa souveraineté alimentaire et sa juste place sur l'échiquier mondial. Un manuel, surtout et enfin, à destination des décideurs africains comme étrangers, appelés à faire confiance au secteur privé pour développer le secteur agro-industriel.

Autant de défis que d'opportunités : l'Afrique à la croisée des chemins

George Forrest dresse tout d'abord le constat d'une Afrique paradoxale. D'un côté, le continent dispose de terres fertiles, souvent inexploitées, et d'un climat généralement propice, tout en pouvant compter sur une main d'œuvre jeune et abondante : tous les ingrédients, donc, pour assurer sa souveraineté alimentaire. De l'autre pourtant, l'Afrique importe encore 35 milliards de dollars de denrées alimentaires par an, et un Africain sur cinq (soit 278 millions de personnes) souffre de sous-alimentation.

Si, comme le rappelle George Forrest dans un entretien accordé à la revue française Conflits, "l'Afrique n'est pas un continent monolithique", elle fait face à un certain nombre de défis conjoncturels et de blocages structurels qui obèrent son développement agricole : changement climatique bien sûr, mais aussi infrastructures absentes ou vieillissantes, manque de main d'œuvre qualifiée, instabilité politique, manque de financements adaptés, etc. La démographie galopante du continent fait partie de ces défis, alors que la population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d'individus à l'horizon 2050. Un boom démographique que George Forrest voit non comme une malédiction mais une opportunité, celle de transformer radicalement le modèle agricole africain.

Avec GoCongo, George Forrest prêche par l'exemple

Pour y parvenir, "il est nécessaire de partir des besoins de financement", explique George Forrest à Conflits. Partant du constat selon lequel les États africains, déjà lourdement endettés, ne pourront pas, seuls, mobiliser les dizaines de milliards de dollars nécessaires au développement du secteur agricole, le chef d'entreprise estime que "le rôle du secteur privé est (…) celui d'un fer-de-lance de la transition de l'agriculture africaine". Appelant de ses vœux au développement d'un "complexe agro-industriel massif ", George Forrest rappelle que "la valeur ajoutée d'un produit transformé est bien supérieure à celle d'une denrée brute".

Raison pour laquelle les responsables politiques comme les acteurs économiques africains doivent, selon l'entrepreneur, miser sur la transformation locale des richesses africaines. "C’est d’ailleurs l’une des priorités de ma holding d’investissement, GoCongo, qui porte une vision globale des chaînes de valeur agricole : nous avons à la fois des cheptels bovins, mais aussi des installations industrielles d’abattage et de découpe pour fournir les boucheries et restaurants locaux. Nous avons des hectares de blé, des meuleries et une biscuiterie qui fournissent les magasins congolais", détaille l'homme d'affaires dans les pages de Conflits.

Relocaliser la chaîne de valeur, un impératif

En d'autres termes, "l’Afrique peut et doit contrôler toute la chaîne de valeur agroalimentaire", croit fermement George Forrest. Mais elle n'y parviendra, prévient-il encore, cette fois dans les colonnes du Figaro, qu'à condition de "tourner le dos aux vieilles pratiques". A condition "de mettre son grenier à l'intérieur de ses frontières". De "se moderniser, se mécaniser, se rationaliser". "D'opérer des ruptures audacieuses pour s'orienter vers des partenariats public-privé", comme il en existe au Maroc ou en Côte d'Ivoire, où le modèle a fait preuve de son efficacité, selon l’homme d’affaires.

En résumé, le livre de George Forrest est un appel à dépasser les préjugés et à aller de l'avant. L'Afrique, en est convaincu son auteur, peut "passer à l'offensive, elle en a les moyens". Car "sans une agriculture performante, il n'y aura pas de développement durable" sur le continent. Reste la question du temps : "ma génération", concède l'homme de 85 ans, "ne verra peut-être pas cette transformation, mais je suis persuadé que mes enfants, Congolais et Africains, changeront le visage de ce continent essentiel à l'avenir du monde".

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