À 40 ans, Amir Reza-Tofighi est le plus jeune président de la CPME, la Confédération des petites et moyennes entreprises. Fondateur de plusieurs sociétés comme Heetch ou Click and Boat, il a été élu en janvier 2025. L'entrepreneur partage la feuille de route qu’il compte mettre en œuvre.
Amir Reza-Tofighi (CPME) : "La crise avec les États-Unis est une opportunité pour replacer la réindustrialisation sur le devant de la scène"
Décideurs. Quelles sont vos priorités pour accompagner les TPE et PME durant votre premier mandat ?
Amir Reza-Tofighi. Aujourd’hui, les entreprises sont avant tout vues comme un actif à taxer destiné à remplir les caisses de l’État. Il suffit de voir certains débats politiques pour le constater. Le principal enjeu de mon mandat est de faire comprendre à la classe politique que les TPE et les PME sont des leviers pour réaliser les transformations numériques ou environnementales dont la société a besoin. Il faut remettre l’entreprise au centre du projet national.
Nous devons restaurer la confiance du secteur public vers le secteur privé en lui rendant sa liberté à travers un allégement des normes. Les politiques doivent faciliter la vie des entrepreneurs et ne pas chercher à la complexifier. Les besoins des entreprises ne sont pas écoutés. Mon ambition est de remporter le débat d’idées, remettre l’entreprise au cœur des priorités nationales. Ce sont les entreprises qui créent de la valeur, créent de l’emploi sur tous les territoires. Notre parole doit être entendue.
Quels leviers s’offrent à vous pour conseiller ces structures face aux défis digitaux et climatiques ?
Avec les perturbations économiques et politiques actuelles, les entreprises ont besoin de retrouver de la stabilité pour pouvoir engager les transformations numériques et écologiques nécessaires pour assurer leur avenir. Pour cela, nous menons de nombreuses actions de sensibilisation auprès de nos adhérents. Il est essentiel de leur faire comprendre qu’il est de leur responsabilité de prendre à bras le corps ces enjeux et qu’il faut sans cesse se réinventer. Un entrepreneur ne doit jamais se satisfaire de ce qu’il a : cette faim d’innovation doit l’animer au quotidien.
La réindustrialisation de l’économie française est une préoccupation majeure dans l’Hexagone depuis plusieurs années. Quelle vision avez-vous de l’évolution de ce projet complexe ?
La crise avec les États-Unis depuis le retour de Donald Trump est une opportunité pour replacer la réindustrialisation de l’économie sur le devant de la scène. Dans la lignée de ce qu’Emmanuel Macron a appelé de ses vœux, nous devons mettre en place un patriotisme économique européen.
Pour permettre au pays d’atteindre cet objectif, il faut que les cadres légaux et juridiques aillent dans la même direction. Les formalités administratives doivent être simplifiées pour ne pas constituer un frein à la réindustrialisation. C’est un point clé.
L’excès de normes a contribué au déclin de l’industrie française car il devenait impossible d’être rentable face à autant de contraintes qui n’ont ni cohérence économique, ni efficacité environnementale réelle. Nous avons tué notre industrie à coups de normes, pendant que la production asiatique proliférait sans contrainte. In fine, nous n’avons créé ni emploi ni conditions viables pour favoriser la transition énergétique.
Mes priorités sont donc de remettre les PME et les TPE à leur juste place dans le débat national, de replacer la valeur travail au cœur de notre modèle, de simplifier enfin la vie des entrepreneurs, et de redonner à nos entreprises les conditions d’une vraie compétitivité.
Propos recueillis par Tom Laufenburger

