Plus jeune présidente d’une entreprise cotée en Bourse aux États-Unis, cette Franco-Américaine dispose de quinze ans d’expérience dans le capital-risque, le capital développement, les SPACs ou encore les introductions en Bourse. Depuis 2020, elle développe Athena Capital, une plateforme d’investissement spécialisée dans la tech.

Décideurs. Quelle est la thèse d’investissement d’Athena Capital ?

Isabelle Freidheim. Nous investissons dans des entreprises qui souhaitent se faire racheter ou entrer en Bourse dans les un à trois ans à venir. Dans le premier cas, il s’agit de sociétés valorisées entre 100 et 500 millions de dollars. Dans le cas d’une IPO, la valorisation dépasse en temps normal les 500 millions de dollars. Athena Capital se concentre sur la tech avec des entreprises de cybersécurité, des fintech, deep tech, insurance tech ou health tech. Il ne s’agit pas forcément de secteurs où les transformations technologiques sont très innovantes, mais là où se trouvent des entreprises rentables ou en passe de l’être. Cela peut également être le cas pour certaines entreprises dans l’intelligence artificielle ou l’informatique quantique, par exemple. 

Vous revendiquez une équipe féminine. Pourquoi ?

Après des expériences en finance à Londres et à New York, j’ai cofondé Magnifi, une plateforme utilisant l’IA pour faciliter les investissements, qui a été vendue en 2020. À cette période, les SPACs se développaient. J’ai eu envie d’en lancer un pour investir dans des entreprises qui seraient de bonnes candidates à la Bourse. Je me suis rendu compte qu’on a tendance à voir plus d’hommes au début du lancement d’un nouveau produit financier. J’ai créé une mission en interne pour attirer des administratrices de conseils d’administration éminents, tels que Citigroup, Comcast, BlackRock, Mastercard ou encore la SEC. Mon associée a été la PDG de Facebook en Inde, où elle a lancé le réseau social et l’a fait croître jusqu’à 800 millions d’utilisateurs, puis elle a été la première associée de Softbank,
d’où vient également le reste de notre équipe. Celle-ci nous permet de trouver de bons investissements et de convaincre les entreprises de faire affaire avec nous pour
leurs projets à venir.

"On a tendance à voir plus d’hommes au début du lancement d’un nouveau produit financier"

Les entreprises tech européennes sont frileuses à l’idée d’entrer en Bourse. Dès lors, pourquoi viser l’Europe en plus des États-Unis où vous êtes déjà présentes ?

Il y a des entreprises intéressantes, bien valorisées et rentables en Europe, et qui ont bien géré le manque d’investissements de ces dernières années. Le continent manque effectivement de belles sorties, notamment des introductions en Bourse, par rapport aux États-Unis, où le marché est plus liquide et les sociétés plus visibles. D’ailleurs, il représente les deux tiers des entreprises cotées. Néanmoins, il connaît une réduction drastique des IPO depuis quelques années. Les investisseurs particuliers et institutionnels sont en demande de nouvelles sociétés tech, rentables et en croissance partout dans le monde.

La France et l’Europe souhaitent développer les IPO. Avez-vous l’impression que les choses évoluent réellement ?

En France et en Europe, on constate des investissements de la part des gouvernements, des évolutions de la fiscalité ou de cadres réglementaires afin de développer les entreprises tech et de doper les IPO. Mais ce n’est pas propre à ce continent. Des initiatives similaires sont prises en Inde, aux États-Unis, au Moyen-Orient… Un certain protectionnisme s’installe et se met en place de manière à créer des leaders mondiaux au sein des régions dans ce domaine clé de la croissance. C’était déjà le cas sur des sujets incontournables, comme l’agriculture et l’énergie. La déglobalisation passe par la souveraineté technologique et par l’innovation.

Comment percevez-vous l’arrivée de l’administration Trump au pouvoir ?

Les réglementations rendent les IPO chères, compliquées et risquées. Celles-ci sont amenées à évoluer. Nous nous attendons à de gros changements normatifs et à une augmentation des introductions en Bourse en 2025, mais surtout en 2026.

Propos recueillis par Olivia Vignaud

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