La plus célèbre des administratrices judiciaires est intervenue sur les restructurations emblématique des vingt-cinq dernières années en France. Portrait d’une personnalité flamboyante.

Il est 11h20 dans le bureau d’Hélène Bourbouloux et un bruit résonne. "C’est ma pendule à coucou !" Un clin d’œil sonore qui s’accorde avec l’ambiance colorée de son bureau. Tout, dans ce décor singulier, reflète la personnalité unique de la maîtresse des lieux. Hélène Bourbouloux détonne dans le paysage du restructuring.

Meilleure administratrice judiciaire du monde

Cette Corrézienne, qui a été surnommée "la madone des faillites" par Le Monde, "la star des administrateurs judiciaires" par Les Échos, élevée au rang de chevalier de la Légion d’honneur en 2019 par Édouard Philippe, alors Premier ministre, et sacrée administratrice judiciaire de l’année 2024 par la publication internationale Global Restructuring Review – une première pour un AJ en France – est intervenue sur plus de 2 000 mandats de procédures collectives.

Ces dernières années, elle a été désignée comme administratrice sur les dossiers les plus médiatiques du pays : Atos, Casino ou encore Orpea. Au cours de sa carrière, elle a pris part aux sauvetages de fleurons industriels français tel Vallourec, en passant par des sagas du restructuring, comme les cinq procédures collectives des Pages Jaunes, devenues depuis Solocal.

Elle fait partie des professionnels qui ont assisté aux transformations du tissu entrepreneurial français et se battent pour sauver l’emploi et les activités, tel un médecin au chevet de ses patients. "Comme on a tous envie d’avoir un bon docteur dans son entourage, j’imagine qu’on a aussi envie d’avoir un bon AJ pour éloigner le mauvais sort !", répond-elle, à l’aise avec la métaphore, lorsqu’on l’interroge sur ce qui fait sa popularité.

"Comme on a tous envie d'avoir un bon docteur dans son entourage, j'imagine qu'on a tous envie d'avoir un bon AJ pour éloigner le mauvais sort"

Le goût de l’entreprise

Depuis son arrivée dans la profession, après la majeure Entrepreneur à HEC, complétée d’un cursus en droit à la fac de Sceaux, puis à la Sorbonne, Hélène Bourbouloux s’est battue pour sauver des sociétés en difficulté. "J’ai toujours eu un goût prononcé pour l’entreprise", explique celle qui a cofondé la sienne en 2007, FHBX, l’une des plus importantes études d’AJ en France.

Dans un univers traditionnellement masculin, Hélène Bourbouloux a très tôt eu l’intuition que ce métier était fait pour elle, bien qu’on ait tenté de lui laisser croire le contraire. À 23 ans, alors qu’elle intègre pour la première fois une étude, un confrère bien intentionné prendra une heure pour lui expliquer en quoi le métier d’administrateur ne serait pas fait pour une femme. Tout le monde a le droit de se tromper. Pour cette experte de l’entreprise en difficulté, aucune n’est insurmontable. Elle retrouvera le confrère quelques années plus tard, au bureau du Conseil national des AJMJ. Sans rancune.

25 ans de sauvetage hors norme

 Se pencher sur la carrière d’Hélène Bourbouloux, c’est plonger dans l’histoire de l’industrie française des vingt-cinq dernières années. Le redressement de société est une matière complexe, aux confins entre le droit et l’économie, les dossiers relèvent d’une forte dimension humaine et éminemment politique.

Elle garde en mémoire des négociations secrètes pour désamorcer un conflit social lors du redressement de La Redoute, des nocturnes à Bercy, où toutes les parties finissent par signer un protocole d’accord "parfois dans la colère, la sueur et les larmes", mais aussi des bras de fer avec des ministres sur certains dossiers, où elle a dû admettre être en désaccord avec la puissance publique. "Ce n’est pas évident, ils représentent l’intérêt général", explique celle qui voit dans l’entreprise la force du collectif. Habituée aux situations d’urgence, pendant la période Covid, elle trouve, avec le Comité interministériel de restructuration industrielle, une solution de sauvetage in extremis pour Presstalis, principal distributeur de presse dans l’Hexagone. "La France passait en confinement, il ne fallait pas en plus que les journaux s’arrêtent", se remémore-t-elle.

"La France passait en confinement, il ne fallait pas en plus que les journaux s'arrêtent"

Sa liste de bons souvenirs est longue. On retiendra le sauvetage d’EuropaCorp, la société de production de Luc Besson. Une affaire aux dimensions internationales, au cours de laquelle le juge américain, soutenu par la majorité des créanciers pourtant originaires d’outre-Atlantique, reconnaîtra la procédure française comme la plus efficace. "Ce sont de petites satisfactions, mais quand vous êtes un praticien, c’est hyper enthousiasmant", se réjouit-elle encore des années plus tard.

Hélène Bourbouloux défend l’importance de rester humble face à l’échec, notamment pour les chefs d’entreprises en situation de crise qui, souvent, s’autoflagellent ou sont pointés du doigt. "Si on se met trop au cœur du problème, on a un point de vue étriqué. Assumer ses responsabilités ne veut pas dire faire abstraction de la somme des difficultés", explique-t-elle.

Un recul et une sagesse qui n’ont pas réussi à lui faire digérer la liquidation de Geoxia, en 2022. La société, à l’origine des maisons individuelles Phénix, reste son dossier le plus douloureux. "Il y avait une solution, si l’entreprise avait eu accès aux dispositifs prévus, elle était sauvable. C’est un échec de ne pas avoir réussi à convaincre", confie-t-elle. Une ombre sur un tableau d’accomplissements hors norme. Dans le dossier Orpea, elle a récemment obtenu du tribunal la restructuration de 7,4 milliards d’euros de dettes, 3,8 milliards de désendettement et l’injection de 2,1 milliards de nouvelles liquidités.

"J’ai trois incontournables, mon travail, ma famille et la Corrèze"

Entre Bercy et la Corrèze

Pourtant, parmi ces dossiers emblématiques, Hélène Bourbouloux fait une confidence : "Quand je m’engage sur un dossier en Corrèze, il passe au-dessus de la pile." Car celle dont toute la profession salue tant la pugnacité que l’humanité puise son énergie dans le terroir corrézien. "J’ai trois incontournables, mon travail, ma famille et la Corrèze", résume-t-elle en souriant. Depuis la Corrèze ou depuis Paris, l’optimisme et le sang-froid d’Hélène Bourbouloux invitent à prendre du recul.

Elle sait à quel point l’année 2024 a été brutale pour bon nombre d’entreprises en difficulté, mais l’administratrice judiciaire tient à le rappeler, les dispositifs mis au service des sociétés en situation de crise se multiplient. La France modernise son traitement des restructurations financières pour permettre aux entreprises de résister à la faillite.

Celle qui soigne si bien les sociétés en difficulté dispense un conseil de lecture qui résonne comme une prescription. Elle recommande Invincible, d’Olivier Goy, qui retrace le combat de l’auteur contre la maladie de Charcot, en saluant "ceux qui ont à cœur de transformer la société en montrant l’exemple".

 Pour avoir sauvé de nombreuses sociétés et poursuivre cette mission avec autant de ferveur, pour avoir contribué au rayonnement du droit français des faillites en Europe et dans le monde et s’être imposée comme une référence dans la profession, osons le dire, Hélène Bourbouloux montre l’exemple.

Céline Toni

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