Troisième acteur mondial des technologies au service de l’hôtellerie et de la restauration, Hospitality Tech Group s’impose comme la première alternative aux plateformes américaines. Son directeur général, Thomas Jeanjean, explique la volonté du groupe de devenir un levier de transformation numérique pour les restaurateurs.

Décideurs. La fusion entre Zenchef et CoverManager donne naissance à Hospitality Tech Group. Quelle est votre ambition avec cette nouvelle entité ?

Thomas Jeanjean. Cette fusion répond à une volonté de créer un leader européen indépendant de l’hospitality tech. La nouvelle structure réunit deux plateformes complémentaires : Zenchef, implantée en Europe du Nord, et CoverManager, leader en Europe du Sud et en Amérique latine. Ensemble, elles accompagnent 36 000 établissements répartis à travers une vingtaine de pays, et comptabilisent 185 millions de réservations et plus de 615 millions de convives en 2025.

Au-delà de l’ambition de croissance, notre objectif est surtout de proposer une alternative aux grandes plateformes, notamment américaines, qui fonctionnent à la commission. Nous souhaitons redonner aux restaurateurs le contrôle de leur activité, de leurs données et de la relation avec leurs clients.

Vous parlez d’une transformation de votre modèle. Comment s’opère la transition depuis une plateforme de réservation vers une stratégie de revenue management ?

À l’origine, notre métier consistait à fournir aux restaurateurs une solution pour la réservation de leurs tables. Pourtant, le véritable enjeu n’est pas seulement de remplir la salle, mais d’optimiser le chiffre d’affaires et la rentabilité.

Nous avons donc élargi notre approche à l’ensemble du cycle de revenu : attirer de nouveaux convives, augmenter le revenu par place, préserver les marges et fidéliser. Cela passe par des fonctionnalités comme la gestion dynamique des capacités, la vente additionnelle avec des services ou des produits complémentaires au moment de la réservation ou encore la prévention des réservations non honorées.

Vous vous positionnez comme une offre différente aux plateformes comme TheFork ou OpenTable. En quoi vous différenciez-vous de vos concurrents ?

La différence est fondamentale. Ces acteurs fonctionnent sur un modèle de marketplace, avec des commissions prélevées sur chaque réservation.

Nous avons fait un choix tout autre en proposant un abonnement fixe, sans commission, sans intermédiaire. Les restaurateurs conservent ainsi la pleine propriété de leurs fichiers clients et de leur relation avec eux.

Là où certaines plateformes peuvent facturer plusieurs euros par couvert, nous cherchons à développer le chiffre d’affaires sans éroder les marges.

"Notre objectif est surtout de proposer une alternative aux grandes plateformes, notamment américaines, qui fonctionnent à la commission"

L’intelligence artificielle est au cœur de votre stratégie. Concrètement, quels sont les cas d’usage ?

Nous abordons l’IA de manière très pragmatique, en partant des problèmes concrets des restaurateurs. Par exemple, de nombreux établissements perdent des réservations faute de pouvoir répondre aux appels.

Aujourd’hui, nos agents IA sont capables de gérer les appels entrants, de prendre des réservations mais également de répondre aux questions des clients ou aux avis en ligne. Dans le cadre d’opérations marketing, l’IA est capable de traduire des contenus, de piloter des campagnes et de transformer un client occasionnel en habitué grâce à des boucles de feedback après la visite.

Demain, ils iront encore plus loin : segmentation des bases clients, identification des profils à forte valeur et déclencher des actions ciblées

Peut-on dire que vous devenez une forme de "main-d’œuvre digitale" pour les restaurateurs ?

Oui, c’est exactement cela. Nous évoluons d’un modèle SaaS vers un AI Operating System où des agents IA opèrent pour le compte des restaurateurs.

L’idée n’est pas de remplacer l’humain, mais de lui faire gagner du temps. Notre rôle est de prendre en charge tout ce qui peut l’être en back-office, afin qu’il puisse se concentrer sur ce qui fait la valeur de son métier : l’accueil et la qualité des plats.

Propos recueillis par Sasha Alliel

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