Cocorico, les Français tirent leur épingle du jeu dans les postes de cadres dirigeants d’entreprises étrangères. La principale raison de leur succès ? Une vision stratégique acquise sur les bancs des grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce.

Créateurs de licornes, CEO et cadres supérieurs des plus grandes entreprises du monde : les Français sont partout. Les parcours à la Carlos Ghosn qui défrayaient la chronique il y a peu sont désormais banals. Mais pourquoi nos cadres dirigeants sont-ils si attractifs sur le marché des C Levels ?

Mondialisation

La première raison est toute simple et tient en un mot : la mondialisation. Celle-ci touche l’économie française. Quelques chiffres portant sur le CAC 40 sont éloquents : 12 sociétés de l’indice phare parisien sont dirigées par un étranger, elles n’étaient que trois il y a dix ans. Elles réalisent également 77 % de leurs chiffres d’affaires en dehors de nos frontières.

Inversement, les sociétés du monde entier s’ouvrent de plus en plus aux talents venus d’ailleurs et les Français se taillent la part du lion à la tête de mastodontes internationaux. Citons notamment Marguerite Bérard (ABN Amro), Fidji Simo (Open AI), Patrice Louvet (Ralph Lauren), Christophe Fouquet (ASML), Thierry Garnier (Kingfisher) ou encore Stéphane Bancel (BioModerna). Les ressortissants de la seconde économie d’Europe sont également surreprésentés dans les postes de cadres dirigeants.

Aux yeux des jeunes diplômés français ambitieux, le monde est désormais un terrain de jeu pour dérouler sa carrière. « L’enseignement se place à l’échelle planétaire, le bilinguisme et la mobilité internationale durant le cursus sont des évidences, qu’il s’agisse des cours, des stages ou des semestres de mobilité à l’étranger », rappelle Karine Doukhan, ancienne vice-président de Robert Half France, aujourd’hui spécialisée dans le recrutement et l’onboarding des cadres dirigeants.

Point important, si les Français prennent la route de l’étranger, ce n’est pas parce que le pays n’offre plus d’opportunités aux meilleurs diplômés, contrairement aux affirmations de certains responsables politiques, comme l’eurodéputée Reconquête! Sarah Knafo.

"La preuve, la France parvient à accueillir des profils formés dans les meilleures business schools étrangères", glisse Karine Doukhan. Pour une entreprise, faire appel à un cadre international est souvent une bonne chose, glisse l’experte en recrutement : "Certes, il n’a pas toujours les codes locaux, mais il possède une forme de recul, une vision nouvelle, il voit les choses sous un angle que les nationaux ne voient pas. Et si, en plus, il est compétent sur les hard skills…"

"Le cadre supérieur formé dans des établissements français maîtrise la prospective et possède la vision stratégique"

Vision stratégique

C’est le cas de la formation à la française, qui fait référence sur le plan technique. Nos diplômés possèdent également une autre force sur le marché international. Selon les propos de Carlos Ghosn dans le podcast Legend, il s’agit de leur "vision stratégique". Un point de vue partagé par Karine Doukhan : "Le cadre supérieur formé dans des établissements français maîtrise la prospective et possède la vision stratégique."

Selon elle, la capacité à prendre de la hauteur tout en restant "solides sur les acquis" est un atout pour les codirs. "Cette facette du manager à la française est liée à l’accent mis sur la culture générale et la transdisciplinarité qui s’acquièrent lors des classes préparatoires, souvent nécessaires pour entrer dans les top schools." Elle songe notamment à HEC, l’Essec, l’Edhec, Polytechnique et l’école des Mines. Des formations d’élite qui permettent d’être recrutés ailleurs.

Selon elle, les grandes écoles de notre pays devraient garder une place de premier ordre dans un système universitaire de plus en plus compétitif. "Elles sont particulièrement agiles et je note qu’elles ont déjà commencé à ajuster les maquettes de leurs cours afin prendre à bras-le-corps les grandes mutations de l’économie. C’est le cas pour tout ce qui touche à l’IA", observe Karine Doukhan.

Humilité

D’une certaine manière, pour un diplômé d’une grande école française, mener sa carrière en dehors de l’Hexagone est une forme de libération qui lui rend service. Durant leur scolarité, les étudiants des établissements les plus réputés du pays s’entendent dire par leurs enseignants qu’ils seront les élites de la nation, la crème de la crème. Conséquence, une fois entrés sur le marché du travail français, ils sont pris dans une sorte d’étau : d’un côté, ils ont l’impression d’être au-dessus de la mêlée, que tout leur est dû. De l’autre, les employeurs peuvent avoir des attentes trop élevées.

"À l’étranger, ce type de profil redevient un simple inconnu, qui doit faire ses preuves. Qu’il soit aux États-Unis, à Singapour ou au Brésil, le fait d’être passé par X ou HEC n’est pas le principal atout." Un ego dégonflé et une formation solide servent souvent de tremplin pour mener une belle carrière.

Lucas Jakubowicz

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