Souverain sur un marché de niche à l’importance vitale, ASML est la plus belle réussite de la tech européenne. Des entreprises telles qu’Apple, Samsung ou Dell dépendent d’ailleurs du groupe à la capitalisation boursière trois fois supérieure à Airbus.

Verdhoven, banlieue néerlandaise ordinaire. Le long de l’A67, le siège social d’ASML ne paie pas de mine. Impossible pour le grand public de deviner que c’est ici qu’est implanté un groupe que les Américains, les Chinois ou les Japonais nous envient. Dans l’ombre, le groupe néerlandais donne des sueurs froides à des entrepreneurs tels que Tim Cook ou Jensen Huang.

Marché de niche

Le groupe de 28 000 salariés occupe une position de choix puisqu’il est le leader mondial de la fabrication de machines de photolithographies pour l’industrie des semi-conducteurs. Il s’agit de machines à rayonnements ultraviolets qui gravent des circuits intégrés sur des galettes de silicium. Chacun de ces appareils ultrasophistiqués coûte en moyenne 100 millions d’euros et pèse 180 tonnes. Sans eux, impossible pour Apple, Samsung, Intel ou Nvidia de mettre sur le marché leurs produits. En somme, de nombreux géants de la tech mondiale dépendent d’une société peu connue. À l’inverse de nombreux "gourous de la Silicon Valley", le patron du premier exportateur des Pays-Bas, Peter Wennink, brille par sa discrétion depuis son accession au poste de PDG en 2013. Le mode de fonctionnement du comptable de formation déteint sur ASML qui se vante d’être "le plus important groupe de tech dont vous n’avez pas entendu parler". Mais derrière une timidité de façade, la stratégie est pour le moins offensive…

"Le groupe domine de la tête et des épaules les concurrents américains et asiatiques"

À la conquête du monde

Alors que certaines pépites de la tech européenne sont très tôt rachetées par les mastodontes américains, ASML opte pour une stratégie qui consiste à croquer les autres pour ne pas être mangé. En 1999 et 2000, le néerlandais rachète coup sur coup ses rivaux californiens MaskTools et SVG. Mais c’est en 2016 que le groupe réalise son coup de maître : il met 3,1 milliards d’euros sur la table pour avaler le taïwanais Hermes Microvision. La preuve par l’exemple que l’UE n’a pas vocation à rester à la remorque des autres grandes puissances. Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur, a d’ailleurs fait d’ASML la pierre angulaire de sa stratégie visant à rendre les Vingt-Sept le moins dépendant possible des autres puissances en matière de production de puces ou de semi-conducteurs.

L’Europe qui gagne

Ce mélange d’innovation, de maîtrise technique et d’offensive internationale permet au néerlandais de dominer le marché de la tête et des épaules. Il possède près de 70% du marché mondial de la fabrication de puces, loin devant l’américain UltraTech ou les japonais Nikon et Canon. Et cela rapporte gros puisqu’en 2020 le chiffre d’affaires du groupe s’élève à 14 milliards d’euros, tandis que sa capitalisation boursière atteint les 230 milliards, soit trois fois celle d’Airbus. L’ultra-domination d’ASML est telle que le gouvernement chinois fait de l’émergence d’un champion national du secteur une priorité nationale.

Lucas Jakubowicz

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