S’il suscite de nombreuses critiques, le projet économique du parti à la rose a le mérite d’exister et d’être chiffré. À la manœuvre, on retrouve quatre députés, embarqués dans un travail programmatique par la force des choses.

Hérésie pour les uns, bon sens économique pour les autres. Depuis quelques jours, la taxe Zucman fait la une de l’actualité. Cette mesure est au cœur du projet économique et budgétaire du parti socialiste présenté lors de l’université d’été du PS qui s’est tenue fin août à Blois.

Quatre députés à la manœuvre

Si toutes les forces politiques possèdent un programme, chacune développe sa propre méthode. Le RN aime consulter des spécialistes qui tiennent à garder l’anonymat, LR possède des ressources en interne, des antennes dans les milieux patronaux et s’abreuve de notes de think tanks, tel l’Ifri, les Insoumis s’appuient sur leur Institut La Boétie…

Chez les socialistes, c’est le groupe parlementaire à l’Assemblée nationale qui occupe une place centrale. Depuis quelques mois, un petit commando de quatre élus est à la manœuvre. Il s’agit de Sandrine Runel, députée du Rhône, Estelle Mercier, sa collègue de Meurthe-et-Moselle, Philippe Brun élu dans l’Eure et Jérôme Guedj implanté dans l’Essonne.

Les députés Sandrine Runel, Estelle Mercier, Philippe Brun et Jérôme Guedj sont les chevilles ouvrières

"Avant l’été, nous nous sommes réunis pour travailler ensemble", explique Sandrine Runel. "À l’origine, nous cherchions à aborder le vote du budget et du PLFSS avec des idées solides, des pistes chiffrées, de la rigueur intellectuelle", poursuit-elle. La task force a planché tout l’été : "Notre but était d’être force de proposition dans les commissions Affaires sociales et Finances dès la rentrée afin de s’inscrire dans une trajectoire pluriannuelle de maîtrise des déficits", précise l’élue qui reconnaît que "l’annonce du vote de confiance annoncé par François Bayrou a changé la donne. Ce qui était un travail parlementaire est devenu un contre-budget".

"Mine d’or" et économie comportementale

Ce "club des quatre", reconnu par tous les autres groupes parlementaires pour sa maîtrise des dossiers, s’est en grande partie appuyé sur son travail quotidien. "Notre mandat de député permet de nous plonger dans des documents qui nourrissent notre réflexion et constituent de véritables mines d’or", avoue la députée lyonnaise qui mentionne notamment le rapport charge et produits de la Cnam rédigé par la Cour des comptes.

Durant l’été, alors que la plupart des Français profitaient du soleil, Sandrine Runel et son petit groupe ont continué le défrichage, notamment en se plongeant dans l’économie comportementale afin de modéliser les externalités négatives ou positives causées par certaines mesures fiscales. C’est ainsi qu’il a été décidé de ne pas taxer les viticulteurs mais de se pencher sur la malbouffe.

Consultations d’experts

Pour l’élaboration du projet, les architectes du parti à la rose se sont basés sur des auditions menées dans le cadre de leurs missions parlementaires. C’est ainsi que les économistes Mickaël Zemmour ou Julia Cagé ont pu apporter leur pierre à l’édifice. Pour sa part, Sandrine Runel explique avoir rencontré, "les représentants du Pacte du pouvoir de vivre", une alliance de la société civile initiée par la CFDT. Les auditions des membres du Conseil d’orientation des retraites (COR), des responsables des régimes de retraite de l’Opéra de Paris ou de la SNCF ont également apporté de la matière.

Pour le moment, les députés socialistes n’ont pas consulté de patrons, de représentants de PME ou de cadres pour mettre en place leurs mesures

Point surprenant, pour le moment, les députés socialistes n’ont pas consulté de patrons, de représentants de PME ou de cadres pour mettre en place leurs mesures. Si les poids lourds du parti aiment citer en exemple l’action du premier ministre espagnol Pedro Sanchez, ils n’ont pas été en lien avec les partis sociaux-démocrates du Vieux Continent.

En lien avec le parti et le Sénat

Pour paraphraser le jargon à la mode dans le monde de l’entreprise, les quatre députés ont "pris le lead mais n’ont pas travaillé en silo". À chaque étape, d’autres socialistes ont été associés. Les députés ont ainsi collaboré avec des sénateurs spécialistes des questions financières et budgétaires, à l’instar de Claude Raynal, Annie Le Houerou et Florence Blatrix-Contat. Le président du groupe à l’Assemblée nationale Boris Vallaud, son homologue du Palais du Luxembourg Patrick Kanner et le premier secrétaire Olivier Faure ont également suivi les avancées de près.

Malgré tout, Sandrine Runel se déclare fière du travail accompli et estime qu’ "il y a là une base solide pour une campagne présidentielle. Réforme des retraites, taxe sur les hauts revenus, mesures en faveur du pouvoir d’achat, financement de maternités à rénover, emploi de 34 000 soignants : tout est chiffré et financé".

"Il y a là une base solide pour une campagne présidentielle. Réforme des retraites, taxe sur les hauts revenus, mesures en faveur du pouvoir d’achat, financement de maternités à rénover, emploi de 34 000 soignants : tout est chiffré et financé"

NFP, je t’aime moi non plus

Dans un monde politique empli d’incertitude et d’instabilité, nul ne sait ce qui peut advenir dans les mois qui viennent. Une énième chute de gouvernement ? L’entrée du PS dans un exécutif de coalition ? Une nouvelle dissolution ? Une utopique démission d’Emmanuel Macron ? "Quoi qu’il arrive, nous sommes prêts à toute éventualité", anticipe l’élue lyonnaise qui sera cheffe de file du parti aux municipales dans la capitale des Gaules.

La tâche abattue devrait servir de socle au corpus économique du parti à la rose lors de la présidentielle de 2027. Verra-t-elle la gauche concourir sous une bannière commune ? Le PS se lancera-t-il en solo ? Partira-t-il sur une alliance avec les écologistes comme en 2017 ? Là encore le flou domine.

"Nous n'avons eu aucun échange avec LFI"

Pour l’instant, les députés socialistes qui ont planché durant des mois ne sont pas inscrits dans l’optique d’un large rassemblement. "Nous n’avons aucun échange avec LFI", glisse Sandrine Runel. En revanche, avec les écologistes, la collaboration est bien plus forte : "Nous avons défendu la taxe Zucman dans une niche parlementaire commune. Les députés du groupe “Écologiste et social” ont présenté leurs travaux quinze jours après le PS, nous avons constaté que nous étions proches, ce qui laisse augurer un socle budgétaire commun pour l’automne", se réjouit la spécialiste des questions budgétaires. Le début d’un éventuel programme commun socialiste-écologiste ? L’avenir le dira.

Lucas Jakubowicz

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