Nouveaux essais d’Asma Mhalla et Nora Bussigny, plongée dans les arcanes du pouvoir ou du Prix Nobel… Le mois d’octobre est riche en nouveautés. En voici six qui méritent votre attention.
Livres, la sélection du mois d’octobre
Fascisme post-moderne
Néo-réactionnaires et gourous de la Silicon Valley seraient à l’origine d’un "fascisme hybride", d’une "créature technopolitique" au fondement d’un totalitarisme. Dans son dernier essai, la politologue Asma Mhalla revient sur la naissance ce système hypermoderne et antidémocratique très élaboré, où nous ne serions plus gouvernés mais "programmés".
Porté par Elon Musk et Donald Trump, il ne vous "interdit pas de penser [mais] vous occupe jusqu’à ce que vous ne sachiez plus comment faire". Pour l’auteure, la Chine n’est pas l’anti-modèle des États-Unis. Les deux empires croient à l’impérialisme et au protectionnisme. Ils s’appuient sur des industries stratégiques « ultra-fléchées » et une puissance technologique de plus en plus sophistiquée. Afin de ne pas céder à cette guerre larvée cognitive, Asma Mhalla propose un petit manuel permettant de maintenir un esprit libre. Pour l’instant la bataille semble perdue, mais les sursauts démocratiques, qu’ils viennent des citoyens ou de la presse, montrent qu’une autre voie est possible.
Cyberpunk, le nouveau système totalitaire, d’Asma Mhalla, Seuil, 208 pages, 19 euros
Origines
Près de 70 historiens, économistes, archéologues, préhistoriens, géographes, politistes et sociologues ont été réunis pour apporter leur éclairage sur l’histoire économique et sociale de la France, de la préhistoire à nos jours. L’ouvrage de 1 062 pages - dirigé par l’économiste et historien Pierre-Cyrille Hautecoeur et la professeure d’histoire Catherine Virlouvet - revient tant sur les ressources naturelles du territoire, que sur les modes de production, l’industrialisation, la consommation de masse, les échanges, l’histoire de la protection sociale ou encore l’innovation dans l’Hexagone.
Fiscalité, dette, monnaie… La France n’a pas attendu le XXIe siècle pour se pencher sur la redistribution des richesses, l’importance du "fait guerrier" dans l’analyse des prélèvements ou sur son endettement.
Une histoire économique et sociale - La France, de la Préhistoire à nos jours, Pierre-Cyrille Hautcoeur et Catherine Virlouvet (dir.), Passés composés, 1 062 pages, 39 euros
Petite politique
Grand reporter au Figaro, Wally Bordas couvre l’actualité parlementaire. Celui qui est sans doute la personne qui connaît le mieux les arcanes du Palais-Bourbon sort un ouvrage qui revient sur l’instabilité de ces derniers mois en s’appuyant sur des témoignages d’élus de tout bord qui se livrent sans filtre sur leur quotidien. Le lecteur peut sourire à la lecture de certaines anecdotes (le député LFI Antoine Léaument qui reçoit des lettres d’amour de la part d’un mystérieux collègue, les batailles de chant Marseillaise contre Internationale à la buvette de l’Assemblée).
Mais, que l’on soit féru des coulisses ou peu familier des jeux de pouvoir, le risque est grand de sortir de ses gonds presque toutes les pages. La compilation de témoignages montre à quel point la politique actuelle fait la part belle aux intrigues de couloirs, aux coups de billard à trois bandes, aux petites piques, aux trahisons entre collègues. Au détriment, hélas, de l’intérêt national. On dit souvent que l’on a les dirigeants que l’on mérite ? Alors, les Français ne sont guère méritants…
Palais Bourbier - Chronique d’une France ingouvernable, de Wally Bordas, Robert Laffont, 406 pages, 23 euros
Pas un Nobel
Dans le langage courant, qualifier quelqu’un de "Nobel" est flatteur et rend hommage à un esprit brillant. Pourtant, les différents prix distribués ne récompensent pas forcément les meilleurs à cause de nombreux biais que décrivent avec une plume mordante la journaliste Christine Kerdellant et Daniel Temam, administrateur de l’Insee.
Le Nobel de littérature ? Le jury a tendance à récompenser les Européens, notamment du nord et à privilégier leurs intérêts. Le Nobel de la paix ? Aucun membre du jury n’est spécialiste des relations internationales, ce qui conduit souvent à une sélection "au doigt mouillé". Souvenons-nous de la gêne de Barack Obama nobelisé après avoir renforcé le nombre de GI’s en Afghanistan. Beaucoup se gaussent à l’idée d’imaginer Donald Trump doté du même prix. En refermant l’ouvrage, le lecteur peut se dire que tout est possible…
Prix Nobel, le prestige et l’imposture, de Christine Kerdellant et Daniel Temam, Éditions de L’Observatoire, 190 pages, 22 euros
Les mains dans la fange
Pendant des mois, la journaliste d’investigation Nora Bussigny a enquêté dans les universités, certaines associations LGBT ou féministes, participé à des manifestations organisées par l’extrême gauche, suivi des influenceurs à forte notoriété, infiltré des séances de rédaction d’articles Wikipedia, interrogé les victimes.
Le verdict est documenté preuves à l’appui : une partie de la gauche a clairement fait de l’antisémitisme un fonds de commerce, un moyen de gagner de la visibilité, d’unir les contraires, notamment lors de marches mêlant islamistes et militants transgenres. Avec à la clé des conséquences très graves pour les personnes portant le mauvais « nom » qui se retrouvent harcelées à l’université ou dans certaines associations. Le public au fait de ce sujet n’apprendra pas forcément grand-chose, pour les autres, il est de salut public de le lire. Comme le clame l’auteur en conclusion : « Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas ».
Les Nouveaux Antisémites, de Nora Bussigny, Albin Michel, 256 pages, 20,90 euros
Les pieds dans la terre
L’écriture d’un ouvrage sur un élu qui a le vent en poupe est un grand classique de la littérature politique. Bien souvent, les livres suintent la « commande » et l’on devine qu’un service de communication est passé derrière. Ce n’est pas le cas du Cardinal qui porte sur Bruno Retailleau. Ni hagiographique ni à charge, les 240 pages laissent deviner un personnage plus ambivalent qu’il n’en a l’air.
L’opinion publique imagine le patron de LR monacal ? Il est adepte des canulars. On le dépeint comme très conservateur ? Il est en réalité attaché au débat, féru d’art et nourrit de bonnes relations avec une partie des milieux artistiques. Les passages les plus intéressants concernent son attachement à la Vendée. Si cela peut donner le sentiment d’un homme ancré sur un territoire, l’impression renvoyée est parfois celle d’une personnalité un peu trop "Clochemerle" qui peine à se glisser dans d’autres réalités que celles de ses terres.
Le Cardinal, de Nathalie Schuck, Robert Laffont, 240 pages, 20 euros






