Les profils d’ingénieurs tirent leur épingle du jeu, mais le premier critère de sélection reste l’expérience professionnelle.
Patrons du Cac40 : quels diplômes pour atteindre les sommets ?
Quel est le point commun entre Olivier Andriès, directeur général de Safran, Benoît Bazin de Saint-Gobain, Patrick Pouyanné de TotalEnergies et Estelle Brachlianoff de Veolia ? Tous sont passés par les bancs de Polytechnique. En 2024, 24 % des patrons du CAC 40 étaient diplômés de l’X, selon une étude annuelle du cabinet de recrutement Russell Reynolds sur la gouvernance des sociétés de l’indice phare parisien et du SBF 120.
Plus révélateur encore, l’étude révèle que 59 % des dirigeants du CAC 40 sont issus des plus grandes écoles du pays, soit Polytechnique, l’ENS, l’ENA, HEC, l’Essec, Sciences Po, l’ESCP et CentraleSupélec. Dès lors, avoir étudié dans une institution ayant pignon sur rue est-il un prérequis pour accéder aux plus hautes fonctions corporate ? "Non, c’est essentiellement l’expérience qui est prise en considération, les compétences en leadership et le potentiel, répond Julie Rullier, directrice générale de Russell Reynolds Associates en France. Les personnes qui ont le profil que l’on recherche sont souvent diplômées d’une grande école, mais ce n’est pas un prérequis."
Marc Sanglé-Ferrière, co-head of the European CEO and Board practice également au sein de Russell Reynolds, le confirme : "Les diplômes de premier rang permettent d’accéder rapidement à des parcours de qualité, à des expériences dans des entreprises de haut niveau, et ce sont celles-ci qui sont évaluées. Le diplôme n’est pas un critère, mais du diplôme peut dépendre le parcours".
Polytechnique en tête
Les ingénieurs sont les plus nombreux à être nommés à la fonction suprême. Vingt-quatre pour cent des dirigeants sont polytechniciens et 27 % centraliens, diplômés des Mines, des Ponts Paris Tech et de Télécom Paris. Ces spécialistes de l’industrie se retrouvent en nombre, puisque le CAC 40 abrite majoritairement des groupes de ce secteur. Les ingénieurs ont le plus de chances d’accéder à la dernière marche, puisqu’ils connaissent bien le cœur de métier des groupes.
Ce n’est pas un hasard si les quatre seules femmes directrices générales de l’indice sont toutes ingénieures
Les anciens élèves de HEC, de l’Essec et de l’ESCP représentent, quant à eux, 17 % des patrons, ceux de Sciences Po Paris, 12 %, et ceux de l’ENA, 2%. Ce n’est pas un hasard si les quatre seules femmes directrices générales de l’indice sont toutes ingénieures. Chrystelle Heydemann (Orange) et Estelle Brachlianoff (Veolia) sortent de Polytechnique, et Catherine MacGregor (Engie), de Centrale. Quant à Hinda Gharbi, elle est passée par l’École nationale supérieure d’ingénieurs électriciens de Grenoble et Polytechnique de Grenoble.
Toutefois, comme "les femmes ne sont toujours pas suffisamment présentes dans les filières d’ingénieurs, qui sont la voie royale vers les postes de direction, poursuit Marc Sanglé-Ferrière, elles sont moins nombreuses à choisir ces formations et ont donc moins de chances statistiquement d’arriver au sommet."
Les énarques n’ont plus la cote
À noter que le poids des grandes écoles baisse malgré tout dans son ensemble. En 2022, 65 % des patrons en étaient diplômés, contre 59 % aujourd’hui. L’ENA, qui ne représentait déjà pas un vivier important de CEO du CAC 40 (8 % en 2022), est de moins en moins représentée.
Vingt pour cent des CEO du SBF 120 ont travaillé dans la fonction publique française. "La sélection se fait désormais sur l’expérience dans le monde de l’entreprise, les parcours public-privé sont moins bien valorisés, constate Marc Sanglé-Ferrière. En revanche, être passé par le corps des Mines ou des Ponts et avoir de facto exercé quelques années dans le public sont des atouts, surtout au sein de groupes qui travaillent sur des marchés publics."
Dans certains secteurs régulés, comme la banque, savoir interagir avec la puissance publique est un prérequis, ce qui justifie qu’un président non exécutif comme Jean Lemierre chez BNP Paribas soit un ancien élève de l’ENA et Sciences Po, ou que Patrice Caine (X-Mines), le PDG de Thales – groupe dans lequel l’État est présent au capital – ait effectué une partie de sa carrière dans le public.
Impact de l’internationalisation
La montée en puissance des autres écoles explique en partie la baisse de la représentation des plus prestigieuses dans le CV des CEO de l’indice. La présence même relative du nombre de patrons étrangers au sein du CAC 40 est aussi en cause. Thomas Buberl, DG d’AXA, est titulaire d’un master en économie de l’université WHU de Coblence (Allemagne), d’un MBA de l’Université de Lancaster (Royaume-Uni) et d’un doctorat en économie de l’Université de Saint-Gall (Suisse).
À l’inverse, des diplômés de grandes écoles françaises deviennent patrons d’importantes entreprises étrangères. C’est le cas de Marguerite Bérard (ENA, Sciences Po, Princeton) – considérée jusqu’à récemment comme une potentielle dauphine de Jean-Laurent Bonnafé chez BNP Paribas – tout juste nommée à la tête de l’établissement néerlandais ABM Amro. "On peut imaginer que la baisse de la représentation des grandes écoles de commerce est en partie liée à des carrières plus internationales chez nos dirigeants qui partent à l’étranger, attirés par des postes dans de grands groupes et des rémunérations supérieures à celles qui se pratiquent en France", constate Julie Rullier.
Les expériences internationales restent, elles, valorisées puisque 39 % des CEO du SBF 120 ont travaillé sur au moins deux continents (principalement en Europe, en Amérique et en Asie).
"Les formations complémentaires comme les MBA comptent davantage dans des pays comme les États-Unis ou dans le monde du conseil"
Les MBA boudés
Les formations secondaires ne sont pas très valorisées en France, notamment parce que leur niveau s’avère très variable d’un établissement à l’autre. "Les premières études sont les plus révélatrices, constate Julie Rullier. Les formations complémentaires comme les MBA comptent davantage dans des pays comme les États-Unis ou dans le monde du conseil, lequel est assez peu présent au sein du CAC 40." En tout, 20 % des CEO du SBF 120 ont fait un MBA dont 6 % à Harvard et 8 % à l’Insead.
Sentiment d’appartenance
Si les recruteurs ne valorisent pas le diplôme en tant que tel, les patrons, eux, peuvent aimer le mettre en avant. "Un bon dirigeant est souvent un mentor, quelqu’un qui transmet et qui développe les générations suivantes, note Marc Sanglé-Ferrière. Certains peuvent avoir tendance à privilégier des personnes ayant la même formation qu’eux."
Des écoles comme l’X ou HEC savent créer et nourrir un sentiment d’appartenance, avec des réseaux d’anciens élèves efficaces qui contribuent à faire rayonner leur diplôme. "Les études et les premières années de carrière comptent double ou triple dans nos souvenirs, explicite Julie Rullier. Les dirigeants ont souvent un fort sentiment d’affiliation envers leur école. D’ailleurs, ce sentiment est un critère dont nous tenons compte, car celui-ci peut s’appliquer également à une entreprise." L’un des marqueurs d’une bonne nomination ? Que le CEO reste à son poste au moins jusqu’à la fin de son premier mandat.
Olivia Vignaud
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