En montant son auto-entreprise dans le digital, Matthieu Creux cherchait seulement à se faire un peu d’argent de poche durant ses études. Quinze ans plus tard, il est à la tête d’un groupe de plus de 400 salariés dépassant les 100 millions de chiffre d’affaires.
Matthieu Creux (Forward Global), le précoce
Les étudiants de Sciences Po en quête d’un petit travail reçoivent souvent ce conseil de la part de leurs parents : "Écris au député du coin, qui ne tente rien n’a rien." Matthieu Creux l’a fait. Coup de chance, une place de collaborateur parlementaire à temps partiel était libre.
"Premier membre de cab en télétravail"
" À 19 ans, en 2006, j’ai donc été recruté par une jeune députée des Yvelines… Valérie Pécresse", se rappelle ce fils de général qui fait alors office de petite main en s’occupant du secrétariat ou de la gestion de l’agenda. Un an plus tard, Nicolas Sarkozy accède à l’Élysée et Valérie Pécresse au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Dans ses bagages, elle emmène Matthieu Creux qui, en plus de ses études, devient conseiller affaires réservées. "J’étais à pied d’œuvre y compris durant mon année d’Erasmus en Irlande", témoigne celui qui a été le premier "membre de cab totalement en télétravail".
D’une auto-entreprise à une multinationale
À son retour d’Erasmus, il décide de se concentrer sur son master et quitte les ors de la République. "Comme je voulais gagner un peu d’argent, j’ai lancé mon auto-entreprise dans le digital." Les choses ne se passent pas comme prévu : "Je voulais un travail d’appoint, mais j’ai eu un, puis deux, puis dix clients." Pour répondre à la demande, l’étudiant transforme son auto-entreprise en SARL, recrute ses premiers salariés puis abandonne Sciences Po.
La société croît avec un positionnement original : "Je savais que j’étais trop jeune et inexpérimenté pour toucher les gros groupes, j’ai donc été sous-traitant des gros du conseil." De quoi amasser un « butin » et devenir à son tour un poids lourd.
"La politique, c'était 3% du chiffre d'affaires mais 90% des emmerdes"
Le groupe de Matthieu Creux continue son essor, rachète une quinzaine de sociétés au point de devenir un mastodonte. Aujourd’hui, Forward Global travaille avec 90 % du CAC40, revendique un CA de 100 millions d’euros et compte 420 collaborateurs dont d’anciens journalistes, des communicants ou des ingénieurs en cybersécurité.
Au quotidien, Forward Global conçoit et opère des services de technologie appliqués aux risques numériques, économiques et informationnels. "Notre mission est de réduire les risques auxquels sont exposés les dirigeants, les entreprises et les institutions", explique le trentenaire dont les collaborateurs accompagnent les clients lors de fusions-acquisitions, d’appels d’offres, de négociation, de contentieux ou d’attaques cyber.
Nostalgie de la politique ?
En revanche, depuis quelques années, Matthieu Creux et ses troupes n’accompagnent plus de responsables politiques : "C’était 3 % du chiffre d’affaires et 90 % des emmerdes", clame crûment le patron. Si celui-ci garde encore des amitiés dans les cercles du pouvoir et déplore le manque de connaissances économiques des élus, il ne compte pas rebasculer dans la politique.
Son objectif ? Continuer à faire grandir sa société et se consacrer à sa famille et à d’autres passions : le judo (sport dont il est ceinture noire) et la natation. "Être dans l’eau me coupe de tout, c’est un luxe que j’aime faire durer." Voilà pourquoi ses distances de prédilection sont 10 et 20 kilomètres…
Lucas Jakubowicz

