Mener des actions au plus près de son siège social. Telle est la raison d’être du mécénat territorial, en plein développement. Comment l’expliquer ? Quelles sont les bonnes pratiques à adopter ? Réponse avec Sabine de Soyres, directrice déléguée du développement à la Fondation de France.

Décideurs Magazine. Le mécénat territorial est peu connu du grand public, comment le définir en quelques mots ?

Sabine de Soyres : Il s’agit d’une action menée par une ou plusieurs entreprises en faveur de missions d’intérêt général menées par une collectivité, un établissement ou une institution publique située dans la région de l’entreprise mécène. L’aide peut se faire en nature, en compétence ou, plus fréquemment, grâce à un soutien financier.

Quelles sont les raisons de son développement ?

C’est lié à plusieurs facteurs. Les baisses de fonds publics aux collectivités locales et aux associations conduisent ces dernières à solliciter de plus en plus les entreprises. Par ailleurs, on note depuis quelques années un retour au local, que ce soit pour la consommation, le tourisme, la recherche de fournisseurs. Cette tendance touche également le mécénat. En somme, le secteur privé préfère désormais davantage financer des actions de proximité dans lesquelles les collaborateurs s’identifient plutôt que des actions menées à l’autre bout du monde. Le mécénat territorial correspond à l’esprit du temps.

Une donnée permet de bien illustrer la tendance : 62 % des fondations et des fonds de dotation créés après 2018 agissent à l’échelon départemental ou régional contre 51 % des structures mises sur pied avant 2009.

"62 % des fondations et des fonds de dotation créés après 2018 agissent à l’échelon départemental ou régional contre 51 % des structures mises sur pied avant 2009"

Qui s’investit le plus dans ce type de mécénat ?

Ce sont surtout des ETI, des TPE et des PME avec une surreprésentation d’entreprises familiales. Leurs dirigeants sont souvent attachés à leur ancrage local depuis des générations et le mécénat territorial leur permet d’être en adéquation avec leurs valeurs. Ce mécénat est aussi plus visible, plus compréhensible par les collaborateurs qui voient d’un bon œil l’implication territoriale de leur entrerprise.

Le développement du mécénat territorial ne risque-t-il pas d’inciter les pouvoirs publics à réduire des subventions pour se reposer sur le secteur privé ?

C’est possible. D’où la nécessité d’être clair : le mécénat territorial, le mécénat tout court, n’a pas pour but de faire les fins de mois d’un État nécessiteux. Il doit venir en complément, n’est pas là pour assurer un budget de fonctionnement mais doit venir en bonus. Il doit en réalité provoquer un effet levier.

Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui souhaitent se lancer ?

D’abord, de faire un tri dans les demandes, d’éviter le saupoudrage et de se concentrer sur un faible nombre d’actions pour maximiser l’impact. Il est également important de demander en amont au partenaire un cahier des charges strict. Je suggère aussi de ne pas agir seul et de se grouper avec plusieurs entreprises de la région pour être encore plus efficace.

Avez-vous un bel exemple à partager ?

Le travail mené par la Fondation du Nord est à saluer. Depuis 2018, elle regroupe une dizaine d’entreprises locales qui travaillent en étroite collaboration avec les pouvoirs publics. Les échanges sont réguliers avec une équipe de fonctionnaires qui suit les dossiers. Les actions sont menées dans trois domaines bien définis : l’insertion professionnelle, l’autonomie des personnes âgées ou en situation de handicap ainsi que l’inclusion des plus fragiles, notamment les jeunes.

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

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