Si certains imaginaient le télétravail indéboulonnable, ce n’est plus le cas. Retour sur un contrecoup qui a commencé aux États-Unis avant de se répandre en France.
Le télétravail a-t-il toujours la cote ?
Les premiers coups de semonce n’ont pas retenti dans l’Hexagone, mais aux États-Unis, où, depuis plus d’un an, l’industrie de la tech en pleine crise prône un "back to the office" souvent brutal, forçant des employés ayant parfois déménagé dans d’autres États à revenir en quelques jours dans des locaux jusqu’ici désertés. Au point d’ailleurs que de nombreux acteurs y ont vu des plans de licenciement déguisés.
Le mouvement a cependant fini par toucher cette année une poignée de grands groupes français, à commencer par la Société Générale. En juin dernier, son directeur général, Slawomir Krupa, a ainsi annoncé par email une « harmonisation de [la] politique de télétravail au sein du groupe », qui se traduit par un passage de deux à un jour de télétravail par semaine, voire à une suppression complète pour certains métiers. Un revirement majeur justifié par une volonté de faciliter les échanges dans l’entreprise. L’annonce a d’autant plus surpris les syndicats et employés que la banque avait été précurseur sur le sujet, introduisant le télétravail dès 2012. Une décision unilatérale qui a provoqué un mouvement de grève massive, particulièrement suivi par les cadres, traditionnellement peu mobilisés. La filiale de métiers de titres SG Securities Services a ainsi affiché un taux de grévistes de 80 %.
En France, la Société Générale, Free, Amazon, Ubisoft, Publicis ou encore Stellantis ont entamé un retour en arrière
Si l’exemple de la Société Générale est le plus visible, la compagnie n’est pas la seule en France à vouloir faire demi-tour. Free, Amazon, Ubisoft, Publicis ou encore Stellantis ont entamé un retour en arrière sur le sujet. Avec en filigrane, là aussi, une forte dégradation du dialogue social.
Le télétravail a toujours prisé des employés
Reste que cette remise en question, bien qu’elle reste pour le moment cantonnée à quelques grands groupes seulement, n’est pas sans conséquences sur l’attractivité des employeurs. Selon une étude de l’Apec, un cadre sur deux est prêt à démissionner en cas de remise en cause de cette flexibilité. Une catégorie professionnelle d’ailleurs surreprésentée parmi les télétravailleurs (61 % d’entre eux), alors qu’elle ne représente que 17 % des salariés.
Plus largement, les salariés semblent désireux de profiter plus souvent du télétravail. Selon une étude de Colliers, ils déclarent souhaiter un rythme de 2,9 jours sur site par semaine, alors qu’ils passent en moyenne 3,5 jours par semaine sur leur lieu de travail. Sans surprise, la localisation et la facilité d’accès se détachent comme des facteurs clés pour attirer les employés au bureau. Ceux dont le déplacement au bureau est aisé et pratique se rendent en moyenne 3,6 jours par semaine au bureau, contre 2,9 jours pour les autres.
Ceux qui imaginaient le télétravail comme un sujet réglé en seront pour leurs frais. Le jeu de tir à la corde entre des employeurs désireux de ramener leurs ouailles dans les locaux et des employés préférant le calme de leur domicile n’est donc pas terminé. Et avec lui persistent les incertitudes quant à ses conséquences sur le marché très chahuté du bureau français.
François Arias
