À l’occasion du lancement du Club RH CUCM, Décideurs Magazine s’est entretenu avec Thibault Guilluy, directeur général de France Travail, et David Marti, président de la communauté urbaine Creusot Montceau. Les deux hommes sont convaincus que l’ancrage territorial constitue le levier principal d’une réponse RH agile, lisible et inclusive.
Thibault Guilluy (France Travail) & David Marti (président CUCM) “Le Club RH CUCM a vocation à rendre l’écosystème territorial plus efficient, lisible et réactif”
Pourquoi structurer aujourd’hui un Club RH à l’échelle de la communauté urbaine Creusot Monceau ?
David Marti : Le territoire connaît une accélération de son développement économique avec des projets industriels comme Forge+, l’implantation d’acteurs internationaux, ou la diversification des filières, notamment dans l’énergie, la santé, la logistique ou la joaillerie de luxe. Ce cycle de croissance s’accompagne de besoins RH massifs et multidimensionnels. Il devenait donc nécessaire de proposer une ingénierie territoriale capable de produire une réponse coordonnée, intersectorielle et articulée avec nos autres leviers de développement que sont le logement, la mobilité, la formation et la qualité de vie.
Thibault Guilluy : Cette initiative s’inscrit pleinement dans la philosophie de France Travail, qui est de déployer une offre de services RH pilotée localement, dans une logique de proximité, de sur-mesure et également de résultats. À la CUCM, nous observons une vraie capacité à articuler des ressources publiques et privées, à construire une chaîne d’accompagnement complète, allant de l’attractivité jusqu’à l’intégration durable dans l’emploi. C’est cette cohérence systémique qui en fait un territoire précurseur.
“La transformation du service public de l’emploi passera par les territoires” (Thibault Guilluy, France Travail)
Quelles sont les spécificités RH du bassin Creusot Montceau ?
David Marti : Nous sommes face à des tensions généralisées sur le recrutement, y compris dans des filières historiquement pourvoyeuses d’emploi. Mais, au-delà des pénuries quantitatives, ce sont des inadéquations qualitatives qui se creusent : compétences techniques non disponibles, besoins de reconversion, attractivité insuffisante sur certains métiers. Le Club RH CUCM a vocation à rendre l’écosystème territorial plus efficient, lisible et réactif, en jouant à la fois sur la synchronisation des acteurs et sur l’accès aux bons outils.
Thibault Guilluy : Ce territoire a un tissu industriel particulièrement dense, une volonté politique forte, et des problématiques très concrètes de mise en relation entre l’offre et la demande. Pour France Travail, cela signifie mobiliser nos solutions, de la data RH à l’IA de matching, dans une logique de diagnostic permanent et d’action ciblée.
La coconstruction est au cœur de la démarche. Comment l’animez-vous au quotidien ?
David Marti : Nous avons opté pour une méthode de type “cadre ouvert”, prenant la forme d’un espace structuré, mais évolutif, au sein duquel les entreprises, les opérateurs de l’emploi, les acteurs de la formation et les collectivités peuvent converger autour de priorités opérationnelles. Animé par le groupe SOS, le premier atelier de la journée de lancement a permis d’identifier quatre axes consensuels : attractivité du territoire, mutualisation des pratiques RH, articulation emploi/formation, et levée des freins périphériques. Cette capacité à dégager une feuille de route partagée en moins de trois heures est déjà un signal fort.
Thibault Guilluy : La transformation du service public de l’emploi passera par les territoires. Si l’État n’a pas vocation à dicter des feuilles de route territoriales, il peut apporter les briques d’ingénierie, de pilotage et de financement nécessaires pour soutenir les dynamiques locales. Notre rôle, en tant que France Travail, est d’identifier les initiatives les plus prometteuses et innovante, et de les soutenir jusqu’à leur pleine autonomie.
“Le fait que des acteurs importants de l’économie américaine s’intéressent au Club RH CUCM montre que nous pouvons être une source d’inspiration en matière d’innovation sociale, économique et territoriale” (David Marti, président de la CUCM)
Quels indicateurs retiendrez-vous pour évaluer la performance du Club RH CUCM ?
David Marti : Nous allons suivre une série d’indicateurs, comme le taux de recours des entreprises au Club RH, la fluidité des recrutements, le nombre d’expérimentations engagées, l’articulation des dispositifs emploi-formation et la mobilisation des acteurs économiques locaux. Mais au-delà des métriques, c’est bien le retour d’usage des entreprises qui participeront à cette aventure collective qui fera foi. Ces dernières doivent considérer le Club RH CUCM comme une interface utile, fluide et réactive.
Thibault Guilluy : Pour France Travail, l’évaluation s’effectue à double entrée. D’un côté, nous avons la mesure d’impact sur le retour à l’emploi durable pour les personnes, de l’autre, la qualité du service RH territorial rendu aux employeurs. Le vrai indicateur, c’est l’alignement entre ce que vit un DRH localement et la capacité du territoire à y répondre rapidement, sans avoir à se perdre dans un dédale institutionnel.
Le modèle commence à susciter l’intérêt à l’international, notamment aux États-Unis. Comment l’expliquez-vous ?
David Marti : Dès la fin du mois de juin de cette année, nous recevrons des représentants de start-up issues de l’écosystème Boston-MIT, qui sont très intéressés par notre modèle intégré de développement local par les ressources humaines. Notre approche, combinant politique d’attractivité, offre de services RH et accompagnement à l’installation des familles, est encore rare. Le fait que des experts du MIT, des fondateurs de start-up et des acteurs importants de l’économie américaine s’intéressent au Club RH CUCM montre que nous pouvons être une source d’inspiration en matière d’innovation sociale, économique et territoriale.
Thibault Guilluy : Ce que les Américains constatent, c’est notre capacité à opérationnaliser ce qu’ils appellent les “place-based employment strategies”, ou comment faire de la géographie un levier, et non une contrainte. À la CUCM, cette stratégie est claire : mobiliser les ressources locales, décloisonner les silos, et générer de la valeur économique et sociale à partir du territoire. Cette logique est en train de devenir un modèle d’action public-privé, exportable.
Propos recueillis par Cem Algul
