La collaboration entre la direction RH et la direction RSE est devenue un levier stratégique majeur pour les entreprises. Chez Enedis, cette synergie est incarnée par Nicolas Marchand, directeur RH, transformation et santé-sécurité d’Enedis, et Catherine Lescure, directrice impact et communication. Leur ambition commune : faire de la transformation durable un moteur de performance et d’innovation sociale.

Décideurs. Comment la RSE s’intègre-t-elle dans la stratégie d’Enedis ?

Catherine Lescure. La RSE est au cœur de notre stratégie depuis plus d’une décennie. Notre première politique de développement durable est née en 2012, et nous l’avons réaffirmée avec une politique RSE en 2021. L’été dernier, nous sommes devenus entreprise à mission, ce qui inscrit encore plus profondément les enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux dans l’ADN d’Enedis. Nous visons une approche globale : un service public innovant, performant et solidaire. L’un de nos axes prioritaires aujourd’hui est de renforcer nos actions sur les défis environnementaux, qui se sont récemment imposés au même niveau que les enjeux sociaux et sociétaux.

Vous siégez tous les deux au comex. En quoi cette double présence est-elle un levier stratégique pour la transformation durable ?

Nicolas Marchand. Avoir chacun notre place au comex permet une approche intégrée des transformations RH et RSE. Cela nous donne les moyens de coordonner nos actions et d’ancrer nos engagements dans les décisions stratégiques de l’entreprise.

Comment s’opère la collaboration entre vos deux directions pour accompagner la transformation durable d’Enedis ?

N. M. Nos deux visions sont convergentes : santé, sécurité et inclusion sont des piliers de la transformation et notre priorité absolue. Cela passe par des actions concrètes pour nos salariés et nos prestataires, en favorisant la transparence et la confiance. Parmi nos initiatives innovantes, le programme des “Bienveilleurs”, encourage les collaborateurs à veiller les uns sur les autres. Autre exemple, notre politique de cooptation instaurée en 2024 : elle nous aide à répondre à nos besoins de recrutement tout en ayant un impact solidaire, puisque les primes de cooptation sont reversées à des associations comme Les Restos du Cœur.

C. L. La formation et la sensibilisation sont des axes clés. Nous avons été précurseurs sur la Fresque du Climat, en mobilisant l’ensemble de nos salariés à travers un réseau interne de volontaires. Nous menons également un travail transversal sur la diversité et l’inclusion, avec des dispositifs spécifiques pour accompagner les femmes en situation difficile, des actions pour la communauté LGBT+ ou encore des programmes consacrés à l’égalité femmes-hommes.

Quels défis rencontrez-vous dans cette collaboration ?

C. L. Nous devons sans cesse identifier les nouveaux besoins et adapter nos dispositifs. Par exemple, nous travaillons actuellement sur un meilleur accompagnement des salariés atteints de maladies graves, comme le cancer, en collaboration avec notre pôle innovation. De même, nous avons mis en place un programme ambitieux de mentorat : plus de 400 collaborateurs aident des jeunes à s’insérer professionnellement. Ce type d’initiatives demande un engagement poussé et une implication coordonnée des équipes RH et RSE.

N. M. L’un des défis majeurs est la lutte contre les stéréotypes. Nous avons lancé des modules e-learning et des outils immersifs pour sensibiliser nos salariés aux biais inconscients. L’enjeu est de faire évoluer les mentalités en profondeur grâce à des formations, mais aussi par l’exemplarité dans les pratiques de l’entreprise.

“Nous avons introduit des indicateurs RSE dans nos critères d’intéressement, notamment sur la santé et la sécurité, ou encore sur l’électrification de notre flotte de véhicules”

Les sujets DEI, QVCT et développement des compétences sont à la croisée de vos fonctions. Comment vous répartissez-vous la gestion de ces enjeux et comment les faites-vous vivre au sein de l’entreprise ?

N. M. Nos engagements sont chiffrés. Par exemple, notre accord handicap a été renouvelé, avec l’objectif de recruter 240 personnes en situation de handicap sur la période 2024-2027. En 2024, nous en avons recruté 68 et nous visons un taux d’emploi de 6,5 %. Sur l’inclusion LGBT+, nous disposons d’un baromètre IFOP pour mesurer les avancées. Concernant la féminisation, notre ambition est d’atteindre 27 % de femmes dans nos effectifs d’ici à 2028 et nous l’avons mis comme objectif sur notre feuille de route de mission. Nous travaillons avec l’Éducation nationale pour sensibiliser les jeunes filles concernant les possibilités de carrière dans les métiers techniques dès le plus jeune âge.

C. L. L’impact doit être mesurable, c’est pourquoi des indicateurs précis figurent dans notre feuille de route pour 2024-2026. Nous suivons notamment le nombre de salariés engagés dans du mentorat, ou encore le nombre de lycées partenaires du programme “Les Écoles des réseaux pour la transition énergétique”, qui vise à former les jeunes et les personnes en reconversion et réinsertion aux métiers de la transition énergétique. Nous consacrons par ailleurs 7 % de notre masse salariale à la formation et nous nous attachons à favoriser l’évolution interne : un cadre sur deux ne l’était pas en arrivant.

Envisagez-vous d’intégrer des objectifs RSE dans la rémunération des collaborateurs ?

N. M. C’est déjà en partie le cas. Nos critères d’intéressement comportent des indicateurs RSE, notamment sur la santé et la sécurité, ou encore sur l’électrification de notre flotte de véhicules. Les managers sont aussi incentivés sur leur comportement. L’objectif est d’aligner la performance individuelle avec les ambitions durables de l’entreprise.

Quel regard portez-vous sur l’entrée en vigueur de la directive CSRD ? Quelles sont ses implications pour Enedis ?

C. L. En tant que filiale indépendante de gestion d’EDF, nous reportons déjà nos indicateurs au groupe, ce qui nous a permis d’anticiper ces évolutions. Il est essentiel de placer les enjeux sociaux et environnementaux au même niveau que les enjeux financiers. Toutefois, il faut éviter une surcharge administrative et veiller à ce que les indicateurs restent pertinents et exploitables.

N. M. Le risque est que la directive devienne une usine à gaz administrative. La simplification des normes ne doit pas se faire au détriment du sens et de l’impact de la CSRD.

“Nous avons la responsabilité de distribuer l’électricité à tous les Français, et nous voulons refléter la diversité de la société”

Quelle est votre posture face aux évolutions sociétales, notamment celles qui viennent des États-Unis en matière de DEI et de QVCT ?

N. M. Nous restons sur notre ligne directrice. Ce qui compte, c’est de démontrer par l’exemple que la diversité est un facteur de performance.

C. L. Enedis est une entreprise pragmatique et tournée vers l’action. Nous avons la responsabilité de distribuer l’électricité à toutes les personnes qui vivent en France, et nous voulons refléter la diversité de la société. Cela passe par la féminisation des métiers techniques, l’engagement auprès des jeunes ou encore l’accompagnement des talents en interne. Tout cela figure dans notre feuille de route et est mis en œuvre avec détermination.

Propos recueillis par Cem Algul


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