Sommet sur l’IA : l’État s’engage mais les entreprises hésitent encore
Alors que 72 % des entreprises mondiales ont déjà intégré l’intelligence artificielle dans leurs outils, en France, moins d’une sur deux a franchi le pas l’année dernière, selon une enquête de Sage. Cette frilosité pourrait coûter cher à l’économie française, car l’IA n’est plus qu’une simple tendance : elle redessine déjà le paysage économique mondial et est en passe de devenir un levier de croissance incontournable.
Une technologie qui bouleverse l’économie mondiale
Selon Goldman Sachs, l’IA pourrait faire croître le PIB mondial de 7 % en dix ans et dynamiser la productivité de 1,5 point par an. Pourtant, les PME et TPE françaises, qui représentent 90 % du tissu économique, tardent à s’équiper. Au point que seulement 31 % d’entre elles ont testé l’IA générative fin 2024. Comment expliquer cette lenteur ? Manque de compétences, coûts perçus comme élevés, crainte de pertes d’emplois…
Les PME et TPE françaises, qui représentent 90 % du tissu économique, tardent à s’équiper
Un retard français qui pourrait se payer cher
Pourtant, les entreprises françaises qui tardent à intégrer l’IA risquent de voir leur compétitivité décroître face à leurs homologues américaines ou asiatiques, déjà très avancées sur le sujet. En France, le gouvernement tente de combler cet écart en facilitant l’installation de data centers et en investissant 400 millions d’euros en 2025 pour former 100 000 professionnels. Mais est-ce suffisant face à une technologie devenue un enjeu stratégique majeur ?
Outre la compétitivité, se pose également la question de la souveraineté économique. Les entreprises françaises, si elles ne se dotent pas rapidement de stratégies IA solides, deviendront dépendantes des solutions technologiques américaines ou chinoises, renforçant ainsi la mainmise de ces pays sur l’économie numérique mondiale.
“Nous posons là les bases, à côté de l’innovation et de l’accélération, de ce qui va permettre à l’IA d’advenir et de tenir, c’est-à-dire les clés de la confiance”
Une gouvernance mondiale en débat : la charte de Paris sur l’IA
Le 11 février 2025, la France et 60 autres pays ont justement signé une déclaration pour une IA “ouverte, inclusive et éthique” à l’issue du Sommet pour l’action sur l’IA organisé à Paris. “Nous posons là les bases, à côté de l’innovation et de l’accélération, de ce qui va permettre à l’IA d’advenir et de tenir, c’est-à-dire les clés de la confiance” soulignait Emmanuel Macron à propos de cet accord symbolique. Cette charte vise à promouvoir une régulation internationale de l’IA et à empêcher une concentration excessive du marché technologique. Parmi les engagements : la nécessité d’un “dialogue mondial” et la création d’un observatoire de l’impact énergétique de l’IA, sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie.
L’absence des États-Unis et du Royaume-Uni parmi les signataires souligne cependant des divergences majeures. Lors de son intervention, le vice-président américain, J.D. Vance, a mis en garde contre une “régulation excessive” qui, selon lui, risquerait de “tuer une industrie en plein essor”. Cette opposition illustre les tensions entre l’approche européenne et celle des pays anglo-saxons en matière de régulation des nouvelles technologies. Preuve s’il en fallait qu’en matière d’IA, l’enjeu n’est pas seulement économique mais aussi idéologique.
Cem Algul
