Enjeu par excellence de demain, la question des salariés aidants peine encore à s'imposer. Catherine Distel du groupe Hager, précurseur dans le don de jours de congés, nous explique pourquoi les entreprises ont tout intérêt à s’emparer du sujet.

Décideurs. La problématique des salariés aidants représente un vrai sujet d’entreprise. Quel élément déclencheur vous a conduit à vous en soucier ?

Catherine Distel. En tant que chargée des affaires sociales chez Hager Group, j’ai toujours eu à cœur de me préoccuper de la qualité de vie au travail (QVT) des collaborateurs. Jusqu’au jour où l’une d’entre eux m’a annoncé qu’elle démissionnait. Non pas en raison de relations dégradées au sein de son équipe ou d’une autre opportunité mais parce que son mari atteint d’Alzheimer la réveillait toutes les nuits. Elle ne dormait plus, ne parvenait plus et à s’occuper de lui et à travailler. J’ai mesuré alors toute l’importance de contribuer à l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle. J’ai surtout ressenti cette situation comme une véritable injustice. Il me semble particulièrement anormal de voir les salariés aidants privés de leur seule bulle d’oxygène, à savoir leur travail. 

"Nous proposons des aménagements du temps de travail ou des changements d’affectation"

Quels dispositifs avez-vous mis en place pour que cela ne se reproduise plus ? 

Les salariés aidants manquent avant tout de temps. Le don de congés représente donc un excellent moyen de leur en donner. Jusqu’à présent, j’identifiais la personne en besoin de congés puis je lançais, avec son accord, un appel aux dons au sein de son service. En moyenne, chaque appel recueillait une centaine de jours. Mais, je souhaite désormais élargir ce dispositif en créant un "stock" dans lequel je peux puiser ponctuellement pour permettre à des salariés aidants d’accompagner leur proche à un rendez-vous médical ou, simplement, de se reposer. Les collaborateurs pourraient, par exemple, déposer sur ce compte commun les jours de RTT qui risquent sinon d’être perdus en fin d’année. Nous actionnons, en parallèle, d’autres leviers en proposant des aménagements du temps de travail ou en procédant à des changements d’affectation. Plusieurs collaborateurs ont ainsi basculé de postes en production vers d’autres plus propices au télétravail. Nous sensibilisons également les managers en les outillant pour repérer les signaux faibles et instaurer le dialogue. 

Au-delà de sa dimension symbolique, que vous apporte l’obtention du label Cap’Handéo Entreprise engagée auprès de ses salariés aidants? 

Cette reconnaissance a en quelque sorte libéré la parole. La majorité des aidants ne se reconnaissent pas comme tels soit parce qu’ils ont l’impression de remplir leur rôle rien de plus, soit parce qu’ils ne connaissent pas le terme. Il arrive aussi fréquemment qu’ils se montrent réticents à demander de l’aide, par crainte de répercussions sur leur emploi. Le label lève cette inquiétude, cette peur de ne pas évoluer professionnellement si jamais éclatait au grand jour la vérité de leur quotidien de salariés aidants. Ces derniers sont assurés de la sincérité de l’engagement de l’entreprise sur ce sujet et n’hésitent donc plus à me faire part de leurs difficultés personnelles. Le nombre de collaborateurs venant me consulter a même considérablement augmenté, signe de l’efficacité de nos campagnes de sensibilisation. 

"Prendre soin de ses collaborateurs, c’est donc aussi prendre soin de l’entreprise à plus long terme"

Une plus grande visibilité qui vous encourage à créer un statut qui leur soit réservé ? 

La labellisation nous engage dans un plan de développement sur trois ans qui devra permettre non seulement de reconnaître ce qui a déjà été réalisé mais aussi d’entrer dans un processus d’amélioration continue. La création d’un statut d’aidant, à l’occasion du prochain accord d’entreprise sur la QVT en cours de négociation, s’inscrit dans cette même optique. Il me semble, en effet, important de disposer d’une trace écrite, presque gravée dans le marbre, pour ensuite bâtir de nouveaux dispositifs, forts de cette reconnaissance officielle. 

Que dire aux entreprises qui hésiteraient encore à se lancer dans une telle démarche ?

On oublie trop souvent que l’accompagnement d’un proche ne concerne pas uniquement les collaborateurs au profil plus senior. Un jeune parent qui s’occupe de son enfant handicapé, une collaboratrice dont le conjoint subit une chimiothérapie, …, sont autant d’exemples de salariés aidants. Prendre au sérieux cette problématique représente donc un gage non négligeable de fidélisation et d’attractivité car cela témoigne du caractère bienveillant de l’entreprise. De manière plus pragmatique encore, l’éthique du « care » qui sous-tend les dispositifs dédiés aux salariés aidants garantit un meilleur fonctionnement aux entreprises qui s’en saisissent, en réduisant notamment l’absentéisme. Prendre soin de ses collaborateurs, c’est donc aussi prendre soin de l’entreprise à plus long terme.

Propos recueillis par Marianne Fougère

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