Directrice développement environnement de LVMH, Hélène Valade dirige par ailleurs l’Observatoire de la RSE (Orse). Aux premières loges du mouvement amorcé par la loi Pacte, elle ébauche un premier bilan sur la mise en œuvre de ce texte et formule quelques recommandations pratiques

Décideurs. Les entreprises souhaitant s’engager dans une démarche RSE appuyée ont trouvé un soutien dans la loi Pacte… Quelle est la portée de ce texte ?

Hélène Valade. La loi Pacte a modifié les règles pour toutes les entreprises en énonçant qu’il leur appartient d’agir « en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de leur activité ». Même si cette notion demeure assez floue, l’approche est novatrice et conduit à changer le regard porté sur les entreprises. Elles devront désormais agir en conformité avec cette nécessaire « prise en considération ». Elles y ont largement intérêt, notamment car les attentes des salariés évoluent et que cet engagement constitue un enjeu d’attractivité fort. Elles peuvent par ailleurs aller au-delà en définissant une raison d’être ou en se plaçant sous le statut de l’entreprise à mission. 

Le pourcentage d’entreprises dotées d’une raison d’être s’élève déjà à 14 % et nombre d’organisations réfléchissent à en adopter une. Quels conseils leur donnez-vous pour y parvenir ?

Les pièges de la raison d’être sont multiples. Il est facile de verser dans le superficiel. Or, celle-ci doit constituer l’objet de l’entreprise, pas celui de la direction de la communication… Pour répondre à l’ensemble des questions que la démarche soulève, l’Orse et le Collège des directeurs du développement durable (C3D) ont décidé de joindre leurs forces et de publier en commun un guide présentant un ensemble de conseils pratiques. La première de nos mises en garde tient au temps à accorder à la défi nition de la raison d’être. Il est impératif de prendre la mesure du travail à accomplir pour formuler une mission qui soit à la fois portée avec une conviction forte par le dirigeant et adoptée par l’ensemble des parties prenantes. À nos yeux, la démarche ne peut se faire qu’en co-construction avec ces dernières.

De quelles instances parlez-vous ? La notion inclut-elle les sous-traitants, les clients…?

Il est primordial d’impliquer les salariés de tous les niveaux hiérarchiques, leurs représentants et les parties prenantes externes. Ce qui conduit à souligner un autre risque, celui que la raison d’être devienne le reflet des attentes de l’externe uniquement. Il faut tendre à une synthèse.

Quel doit être l’objectif de la raison d’être?

Elle doit dire comment l’entreprise entend être utile pour répondre aux enjeux du futur, qu’ils soient environnementaux, sociaux et démographiques. C’est le concept de « l’entreprise contributive ». Il convient ensuite de réfl échir à la façon dont ces objectifs s’articuleront au sein de l’organisation et à la manière dont on entend faire vivre cette raison d’être. À partir du moment où elle est intégrée aux statuts de l’entreprise, elle prend naturellement une dimension juridique, mais il faut fi xer des éléments de contrôle. Par exemple, l’une des manières d’assurer à la fois son suivi et son effi cacité est de présenter annuellement au conseil d’administration les engagements qui sont pris.

Propos recueillis par Marie-Hélène Brissot

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