Cote de popularité de Nicolas Sarkozy : commentaires et analyse
 Décideurs. Qu’est-ce qui distingue la cote de popularité de Nicolas Sarkozy de celles de Jacques Chirac et de François Mitterrand ?

Éric Bonnet.
Si François Mitterrand et Jacques Chirac ont seulement connu deux-trois phases de popularité durant leur mandat, Nicolas Sarkozy en a connu beaucoup, près de cinq. Dans le détail, on s’aperçoit que François Mitterrand, au début de chacun de ses mandats, a connu une première phase de popularité : de 1981 à 1983 (état de grâce, grandes réformes) et de 1988 à 1991 (état de grâce, RMI, règlement de la crise en Nouvelle Calédonie, guerre du Golfe). Il a ensuite, à chaque fois, connu une période d’impopularité, entre 1983 et 1986 (tournant de la rigueur et manifestations contre le projet d’école unique) et entre 1992 et 1993 (crise économique et multiplication des affaires). Enfin, à la fin de chacun de ses mandats, il a réussi à redevenir populaire, grâce aux cohabitations de 1986-1988 et de 1993-1995.
Jacques Chirac a lui aussi connu ces trois phases de popularité, au cours de son premier mandat : il fut très populaire de mai à septembre 1995, très impopulaire de fin 1995 à juin 1997 (manifestations, puis impopularité d’Alain Juppé), et de nouveau populaire à partir de fin 1997, grâce à sa cohabitation avec Lionel Jospin. Au cours de son second mandat, il n’a même connu que deux phases de popularité : populaire de 2002 à 2004, sur la lancée de sa réélection et grâce à son opposition à la guerre en Irak, puis impopulaire à partir de 2004-2005, avec son référendum raté sur la constitution européenne, la révolte des banlieues et la crise du CPE.


Décideurs. À quoi ressemble justement l’évolution de la cote de popularité de Nicolas Sarkozy ?

É. B.
Il a d’abord été très populaire, avant et juste après son élection, en réussissant à construire dans l’opinion l’image d’un homme volontariste qui obtient des résultats.
Mais cette première phase de popularité s’est brutalement stoppée fin 2007-début 2008, notamment lorsqu’il a expliqué, lors de sa conférence de presse du nouvel an, qu’il ne pouvait pas tout faire, y compris sur le pouvoir d’achat. Immédiatement, son image volontariste s’est écroulée et il est devenu extrêmement impopulaire, jusqu’en septembre 2008.
Là, à la tête de l’Union européenne, il a fait face à l’éclatement de la crise financière et de la crise en Géorgie. Il a de nouveau endossé les habits de l’homme d’action, volontaire, et qui allait obtenir des résultats. De nouveau, il est donc redevenu populaire.
Mais cette nouvelle phase de popularité, elle non plus, n’a pas duré. Mois après mois, la crise s’est enlisée et Nicolas Sarkozy a semblé impuissant face à elle. Il est alors redevenu impopulaire et même le président le plus impopulaire de toute la Ve République.
Mais, dernier rebondissement, en voyant sa popularité de nouveau un peu augmenter ces derniers jours – depuis la dernière crise grecque et sa présidence du G20 – la question est de savoir si s’ouvre pour lui une nouvelle vraie phase de popularité ou s’il ne s’agit que d’un épiphénomène.


Décideurs. L’impopularité vient-elle de la volonté de réformer ?

É. B.
Non, l’impopularité du président de la République provient surtout de son absence de résultats. C’est lorsque le président affiche son volontarisme, lorsqu’il déclare « avec moi, les choses vont s’améliorer », qu’il est plébiscité. À l’inverse, quand il semble renoncer, quand il semble échouer (par exemple sur le chômage), ou quand il semble dégrader la situation (par exemple sur les retraites), il incarne alors le contraire de ce pour quoi les Français l’ont élu et il devient impopulaire.


Décideurs. Comment expliquer la multiplicité des phases dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

É. B.
Le président actuel ayant souvent été hyperprésent et hyperactif, il est aussi, aux yeux des Français, hyper-responsable de la situation. Dès qu’elle se dégrade, c’est donc d’abord à lui que les Français en veulent, plus qu’au Premier ministre. C’était le contraire chez ses prédécesseurs, qui étaient plus effacés, et dont les popularités étaient donc moins sensibles à l’évolution de la conjoncture.


Décideurs. Quelles sont les forces et faiblesses du candidat Nicolas Sarkozy pour 2012 ?

É. B.
Il a principalement trois forces et quatre faiblesses. Ses faiblesses, c’est surtout : 1) Un rapport de force politique actuel très favorable à la gauche. 2) Une très forte impopularité et une très mauvaise image personnelle. 3) Une crise économique et une montée du chômage qui n’en finissent pas et qui lui donnent une image d’incompétent. 4) Un statut de « sortant », toujours très difficile à porter, pour incarner le changement et donc l’espérance.
Dans le même temps, il a aussi trois grandes forces : 1) C’est une vraie bête de campagne. 2) La ligne de campagne de François Hollande est peut-être risquée : en assumant vouloir augmenter les impôts, il peut perdre le flanc droit de son électorat et en assumant ne pas pouvoir engager trop de reformes sociales coûteuses, il peut, dans le même temps, perdre son flanc gauche. 3) Si la crise actuelle s’amplifie encore énormément et semble devenir tout à fait catastrophique, les Français, effrayés, pourraient trouver plus rassurant de se tourner vers celui qui a la plus d’expérience. Le statut de « sortant » de Nicolas Sarkozy ne serait plus alors pour lui un handicap, mais deviendrait un atout.
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