À 29 ans, elle devenait la plus jeune femme à monter une société de gestion en France. Spécialisée dans la santé et la tech, Alice Lhabouz a également développé une offre pour les particuliers, elle qui a réussi à les toucher notamment à travers la TV.
Alice Lhabouz (Trecento AM), la pionnière
Alice Lhabouz, fondatrice de la société de gestion Trecento AM, a commencé très tôt à entreprendre. Étudiante à l’ISC Paris, elle crée le club d’investissement dont n’est pas encore dotée son école de commerce. Le petit groupe d’une vingtaine de personnes se réunit les mercredis après-midi dans les bureaux d’une banque italienne qui leur prête des locaux place Vendôme. "Nous avions tous mis un peu d’argent. À l’époque, la Bourse montait, le contexte était porteur", se souvient la dirigeante, élevée à Poitiers, qui a développé un intérêt pour l’économie grâce à l’une de ses "brillantes" professeurs en internat dans la région de Tours.
Après un stage de fin d’études à l’Autorité des marchés financiers, Alice Lhabouz rejoint Richelieu Finance en tant qu’analyste financier, puis Meeschaert où elle devient gérante. "J’ai toujours eu envie de créer mon entreprise", explique-t-elle. En 2011, à 29 ans, elle commence à travailler sur la création de Trecento AM – dont le nom fait référence à un courant artistique et économique italien d’avant la Renaissance.
Innovations
2012 : la société de gestion à destination des investisseurs institutionnels est lancée "from scratch". Aujourd’hui elle affiche 250 millions d’euros d’encours. Partie de rien, Alice Lhabouz a pris les problèmes un à un. "Je crois à la méritocratie. Je n’avais pas une famille fortunée ou issue de la finance, j’avais peu de moyens, j’étais une femme, jeune. Mais je pensais qu’en travaillant et en ayant les bonnes idées on pouvait réussir", rapporte celle qui raconte le soir à son fils de 10 ans et à sa fille de 8 ans des histoires d’adolescents entrepreneurs désormais accomplis. "Je veux qu’ils sachent que c’est possible", martèle la dirigeante qui combine une vie professionnelle et de mère de famille bien remplie, ponctuée également de boxe thaïe et de musique.
"J’ai toujours eu envie de créer mon entreprise"
À ses débuts, la presque trentenaire convainc douze entrepreneurs de miser sur sa société. Sa thèse d’investissement tranche pourtant avec les pratiques du moment. Alice Lhabouz souhaite aller sur le marché actions dans le monde entier, notamment aux États-Unis et en Asie, alors que les gérants misent d’habitude sur leur marché domestique et continental. Elle crée des fonds thématiques. Ce qui, là encore, n’était pas à la mode. Trecento AM déploie d’abord un fonds santé, puis, en 2016, un autre dans la robotique, une première en France.
Communicante
Alice Lhabouz aime et sait communiquer. Elle utilise cet atout pour faire connaître sa société. La dirigeante tient des chroniques sur BFM Business où elle se plaît à "vulgariser sainement l’économie". "Les gens veulent comprendre et il est plus facile de capter leur attention en leur racontant l’histoire des entreprises qu’en leur parlant Ebitda." L’année du Covid, elle gagne un concours organisé par Marc Fiorentino, qui proposait à des personnalités de créer un portefeuille fictif de valeurs. Le rendement de celui d’Alice Lhabouz ? 39 %.
De là, des particuliers la contactent pour lui demander des conseils d’investissement. Sensible à la "solitude" des épargnants qui peinent à bien flécher leur épargne, Alice Lhabouz crée Alice Lhabouz Conseil. Une activité en forte croissance qui atteint aujourd’hui les 50 millions d’euros. "Les Français ont une méconnaissance des actifs risqués. Pourtant, ils pourraient s’enrichir grâce à leur épargne, ce qui doperait la consommation et donc la croissance. Je voudrais contribuer à ce cercle vertueux."
Partage du savoir
L’an dernier, Alice Lhabouz rejoint le casting du jury de l’émission "Qui veut être mon associée ?" "D’habitude, j’investis en Bourse ou dans des fonds. Là, les entreprises sont à des stades moins matures. J’ai fait ces investissements à titre personnel." Fière de pouvoir aider des entrepreneurs à se constituer le réseau si nécessaire à la réussite d’une société, elle aime également donner des conférences. Comme l’une des dernières qu’elle a faites à l’Élysée sur le thème de la tech dans l’agriculture. Pour la suite, la dirigeante dit ne pas manquer d’ambition, laissant entendre qu’un nouveau projet pourrait voir le jour.
Olivia Vignaud

