De plus en plus de Français se constituent leur propre épargne retraite au travers du PER. Fonctionnement, avantages fiscaux, points à surveiller… Retrouvez les dessous d’un dispositif qui fêtera sa sixième année en 2025.

Face à la montée des incertitudes, les Français sont de plus en plus nombreux à vouloir épargner. Si plus de la moitié d’entre eux souhaitent se prémunir par précaution, ils sont tout de même 28 % à vouloir préparer leur retraite eux-mêmes, rapporte rapporte l’édition 2025 du baromètre Les Français l’épargne et la retraite réalisé par Ipsos en février.

Il s’agit d’une hausse de deux points en un an. Le contexte y est pour le moins propice. Dans son dernier rapport, la Cour des comptes anticipe "une nette dégradation de la situation financière en cours et à l’horizon 2045" de notre système de retraites par répartition. Malgré un excédent en 2023 dû à une succession de réformes, les comptes de tous les régimes devraient à nouveau plonger dès 2024 et continuer à se creuser les années suivantes.

La confiance des Français dans l’avenir du système de retraite s’est d’ailleurs nettement dégradée au cours de l’année passée : 77 % d’entre eux se disent "inquiets" en 2025, contre 66 % l’année précédente. Seuls 13 % des sondés affirment être "confiants". Si la Cour s’abstient de préconiser une quelconque réforme globale, l’idée fraye toutefois son chemin dans le débat public : celle d’un système par capitalisation, qui interviendrait en complément (et non en substitution) du système actuel. C’est-à-dire qu’en plus de financer les retraites des uns par les cotisations des autres, chacun constituerait son propre stock de capital durant sa vie active en vue de se verser une rente à la retraite. Cette idée, encore peu ancrée dans les mœurs, a pourtant déjà séduit 11,2 millions de Français, le nombre de personnes qui avaient ouvert un plan épargne retraite (PER) à fin septembre 2024 d’après les chiffres de Bercy.

Près d’un habitant sur six a donc pris les devants, même si le tout pèse encore peu dans le quotidien des retraités : les prestations d’épargne-retraite versées représentaient seulement 2,3 % de l’ensemble des prestations servies aux retraités en 2022 selon la DREES. Au sein de l’OCDE, la moyenne se situe à 15 %. Si le chemin commence à se dessiner, la route reste longue.

Un dispositif unifié

Le PER a été introduit par la loi Pacte en 2019, qui a engagé une refonte importante du système d’épargne-retraite français. Son objectif était d’harmoniser l’ancien contingent de produits — composé du PERP, du PERCO, de l’article 83 et du dispositif Madelin — en une enveloppe unique, plus lisible, plus flexible et dotée d’avantages fiscaux. Le succès semble être au rendez-vous, car près d’un PER sur deux parmi les 11,2 millions correspond à l’ouverture d’un nouveau contrat et non au transfert d’anciens produits, informe Bercy. Il existe différents types de PER, parmi lesquels on distingue principalement le PER individuel et le PER collectif. Le premier est ouvert par l’épargnant et accueille ses versements, tandis que le second est ouvert par un employeur et accueille les versements en plus de la participation, l’abondement ou l’intéressement versés par l’employeur.

À l’inverse de précédents contrats, l’ouverture d’un PER individuel n’est pas réservée à certaines professions : toute personne, indépendamment de son âge, à condition d’être majeure et non retraitée, peut en ouvrir un. Les versements sont libres, c’est-à-dire selon la volonté de l’épargnant qui peut les faire ponctuellement ou les programmer mensuellement. Les sommes sont ensuite bloquées jusqu’à la retraite, avec la possibilité de les débloquer pour l’achat d’une résidence principale ou en cas de force majeure. Pour ce qui est de la sortie, elle peut s’effectuer en rente ou en capital.

"Un des grands atouts du PER est qu’il a su amener de la flexibilité dans les cas d’entrée et de sortie. Les besoins des retraités ne sont pas linéaires au cours de leur retraite et la deuxième moitié s’avère souvent plus onéreuse "

"Un des grands atouts du PER est qu’il a su amener de la flexibilité dans les cas d’entrée et de sortie. Les besoins des retraités ne sont pas linéaires au cours de leur retraite et la deuxième moitié s’avère souvent plus onéreuse. Le PER permet de calibrer ses besoins tout au long de sa retraite", souligne Emmanuel de  La  Jonquière, directeur métier épargne et retraite individuelles chez AXA France.  

Différé d’imposition

Mais le principal avantage du PER est ailleurs : il réside dans le fait de pouvoir déduire les versements effectués de son revenu imposable. Ce choix peut se faire à l’entrée, c’est-à-dire lors des versements, ou à la sortie, lors du retrait du capital ou en rente. Dans les faits, il se porte souvent à l’entrée, et ce, pour deux raisons. Primo, l’épargnant pourra investir les économies réalisées, qui généreront à leur tour des intérêts réinvestissables pendant toute la durée du placement.

Secundo, la déduction peut permettre de diminuer son taux marginal d’imposition, en sachant que ce dernier est généralement plus élevé durant la vie active. La déduction n’est toutefois pas une panacée, les sommes économisées à l’entrée étant récupérées à la sortie par l’administration fiscale. "On parle à tort de déduction fiscale alors qu’il s’agit en réalité d’un différé d’imposition. Certes, vous déduisez les versements de votre revenu imposable l’année d’entrée, mais les montants seront réintégrés dans votre revenu imposable à la sortie", pointe Guillaume Prache, président de la Fédération des associations indépendantes de défense des épargnants pour la retraite (Faider), qui milite pour un système plus incitatif, basé sur de vraies réductions d’impôts, afin de motiver davantage de Français à placer leur épargne.

D’autant qu’il existe un plafond au montant qu’il est possible de défiscaliser. Il varie entre 4637 € pour les revenus modestes des travailleurs salariés en 2025, jusqu’à 37094 € dans le cas des revenus très élevés. Pour les travailleurs non-salariés, le plafond démarre à 4710 € pour les bénéfices modestes et monte jusqu’à 87135 € dans le cas des bénéfices très élevés.

"La réduction d’impôts ne doit pas être le critère déterminant pour l’ouverture d’un PER"

"La réduction d’impôts ne doit pas être le critère déterminant pour l’ouverture d’un PER, fait toutefois valoir Thaïs Castang, associée du cabinet L&A Finance. Si c’est le cas, on se retrouve à faire de mauvais choix d’investissement, car on aura uniquement l’optimisation fiscale en ligne de mire, sans cahier des charges pour la sélection de placements pérennes par la suite". Un avis que les Français semblent partager, puisque les considérations fiscales n’arrivent qu’en quatrième position des éléments du PER qui les intéressent le plus.

Une performance décevante

Deux types de PER existent sur le marché : les PER bancaires (aussi appelés PER compte-titres) et les PER assurantiels. Les premiers sont ouverts par les établissements bancaires tandis que les seconds sont distribués par des assureurs. On retrouve quasiment les mêmes produits financiers dans les deux cas, à savoir des fonds actions, obligations et de l’immobilier, mais à la différence près que les PER assurantiels incluent des garanties de l’assureur, dont les fonds euros et les fonds eurocroissance. Le marché est aujourd’hui nettement dominé par les PER assurantiels.

"Il existe une garantie des capitaux en cas de décès avant la retraite et même au-delà. On peut inclure des garanties de prévoyance complémentaire, comme des garanties d’exonération de cotisations pour les travailleurs non-salariés dans certains cas. Tout cela n’existe pas dans les PER bancaires", renseigne Emmanuel de La Jonquière. Cependant, les PER assurantiels ont récemment été épinglés par la Cour des comptes dans un rapport de novembre 2024. L’institution pointe du doigt les frais facturés, qui se chiffrent en moyenne à 3,18 % pour chaque versement, auxquels s’ajoutent des frais moyens d’environ 2,4 % sur l’encours. Les frais des PER compte-titres ressortent plus bas.

"Une partie de l’avantage fiscal est finalement captée par l’accumulation des frais prélevés", affirme la Cour des comptes. Le rapport se base également sur une étude de l’association Better Finance, qui met en lumière la performance contrastée de l’assurance-vie en unités de compte. "Nous n’avons pas encore de chiffres à long terme sur le PER, il faut donc comparer ce qui est comparable. La plupart des PER sont assurantiels et leur construction ressemble beaucoup à celle d’un contrat d’assurance-vie en unités de compte", détaille Guillaume Prache, qui est également le fondateur de Better Finance.

En tenant compte des frais de gestion et de l’inflation, la performance des unités de compte se chiffre à -25 % entre 2000 et 2022, tandis que celle des fonds en euros avoisine les 25 %. L’allocation des portefeuilles se composant généralement d’un quart d’UC et de trois quarts de fonds euros, la Cour estime que les rendements atteignent 12 % sur 22 ans. "La performance pourrait donc ne pas être très bonne dans le cas d’une épargne similaire à long terme", insiste le président de la Faider et fondateur de Better Finance.

La valeur du conseil

Dans le lot, il est possible de trouver des PER assurantiels peu chargés en frais et, a contrario, des PER bancaires très chargés. L’épargnant doit être attentif à ces détails, même s’il est vrai que la transparence n’est pas encore de mise sur le marché. De leur côté, les assureurs justifient les frais prélevés par la qualité du conseil apporté.

"Les frais à l’entrée rémunèrent le conseil donné aux épargnants dans les PER assurantiels. Il ne faut vraiment pas sous-estimer la valeur du conseil. Cela permet de calibrer le bon niveau de risque et de réfléchir aux besoins du client", explique Emmanuel de La Jonquière.

En matière de conseil, il est aussi possible de se tourner vers des professionnels de l’épargne, comme les conseillers en gestion de patrimoine. Sans gérer directement les actifs de leurs clients, les cabinets allègent d’un travail fastidieux que beaucoup n’ont ni le temps, ni l’envie de faire. "Notre rôle est de définir l’allocation en fonction de sa situation et de ses objectifs : quelle part allouer aux fonds euros, aux actions, obligations, produits structurés, non coté, à l’immobilier… Nous déléguons ensuite la gestion à l’acteur que nous considérons être le meilleur dans chaque domaine", détaille Thaïs Castang, qui explique être rémunérée par des rétrocommissions de la part des assureurs. "Nos critères de sélection de l’assureur se portent néanmoins sur des critères comme les frais, l’architecture ouverte ou sa solvabilité. Les rétrocommissions sont secondaires", ajoute-t-elle.

De nouveaux acteurs compétitifs

Mais si les offres traditionnelles continuent de rebuter, il est toujours possible de se tourner vers celles des acteurs en ligne. "Leurs frais sont moins élevés", confie un observateur aguerri du marché. Par exemple, ils ne facturent généralement pas de commissions d’entrée ou sur le versement de la rente, ce qui peut faire gagner de précieux points de pourcentage. On pense à des acteurs comme Boursorama, Meilleurtaux, Linxea, Ramify, Shares, Yomoni… Mais les néo-courtiers ne sont pas les seuls nouveaux acteurs intéressants.

Certaines fintech apportent de la valeur à travers des services spécialisés, comme Sapiendo, qui propose de dresser un bilan de santé de son épargne afin de l’améliorer. L’entreprise optimise d’abord le couple date de départ-montant de la retraite par répartition de ses clients en vérifiant avec des outils si leur carrière est bien complète, s’il est possible d’avancer la date de départ grâce à certains dispositifs, si tous les droits seront bien réunis… "Nous travaillons ensuite sur la retraite par capitalisation en calculant le manque à gagner entre la retraite par répartition du client et ses objectifs. Nous prenons en compte son statut et sa carrière, car chaque statut socioprofessionnel ne cotise pas de la même façon et chaque carrière est évidemment unique", expose Valérie Batigne, présidente et fondatrice de Sapiendo.

Il existe donc plusieurs façons d’optimiser son épargne face à la gourmandise des frais. D’autres produits peuvent néanmoins accueillir l’épargne des Français pour les aider à préparer leurs vieux jours. On pense en particulier à l’assurance-vie, plus transparente en termes de frais, qui dispose aussi d’avantages fiscaux ainsi que d’un régime successoral très intéressant. L’immobilier est également une valeur sûre pour de nombreux Français. Avec sa fiscalité avantageuse, le PER s’inscrit donc comme une brique complémentaire aux solutions traditionnellement plébiscitées par les Français.

Auguste Grignon Dumoulin

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