L’innovation technologique avance à une cadence effrénée. Un rythme qui force les entreprises à redoubler d’efforts pour rester à la page. L’ESN Alten, acteur majeur de l’ingénierie et des services IT, accompagne ses clients face à ce défi. Rencontre avec Yannick Tricaud, directeur exécutif.

Décideurs. Pour les entreprises, intégrer les dernières innovations technologiques à leurs systèmes d’information nécessite une modernisation non négligeable. Quel est votre état des lieux ?
Yannick Tricaud. Au cours des années  2010, l’essor des grands acteurs technologiques américains – Amazon, Microsoft ou Google – a fortement accéléré l’adoption du cloud public. De nombreuses entreprises ont alors fait le choix d’y migrer une large part de leur patrimoine applicatif, parfois sans intégrer pleinement les enjeux de confidentialité. Cette approche s’est toutefois heurtée à une réalité majeure : la modernisation des systèmes existants constitue une opération particulièrement coûteuse. En pratique, le cloud public a donc été principalement mobilisé pour le lancement de nouveaux projets.

Depuis environ un an, l’intelligence artificielle change la donne en permettant de diviser les coûts de modernisation par deux, voire par trois dans certains cas. Les outils automatisés de réécriture de code, de tests ou encore de correction de bugs ouvrent de nouvelles perspectives. Dans ce contexte, Alten a structuré des offres de modernisation applicative s’appuyant sur des plateformes de réécriture automatique de code, permettant la migration des applications legacy vers le cloud public, sans perte fonctionnelle. Aujourd’hui, ces dispositifs sont déjà déployés pour réduire la dette technique de grands groupes, notamment dans les secteurs bancaires et du retail.

Quel est le principal enjeu des secteurs critiques et régulés en matière d’IA?

Les environnements industriels à forts enjeux nécessitent aujourd’hui le traitement en temps réel de requêtes fondées sur l’intelligence artificielle. Il y a encore quelques années, l’industrie  4.0 se concentrait principalement sur les problématiques de connectivité, et, par extension sur la cybersécurité, la collecte et l’exploitation des données. Désormais, l’industrie 5.0 marque une évolution vers des priorités nouvelles : durabilité, résilience et souveraineté.

Pour répondre à ces enjeux, la 5G privée s’impose comme un levier technologique clé. Son déploiement dans les environnements industriels – centres de R&D, entrepôts ou sites de production – repose toutefois sur l’existence d’un socle technologique robuste et pérenne. Au-delà de la réduction significative de la latence, les réseaux  5G privés renforcent considérablement les dispositifs de cybersécurité, offrant un niveau de protection nettement supérieur à celui des réseaux Wi-Fi traditionnels, plus vulnérables par nature.

"Les réseaux 5G privés renforcent considérablement les dispositifs de cybersécurité"

Ainsi, les secrets industriels – qu’il s’agisse des procédés de fabrication ou des données issues de la R&D – peuvent être protégés de manière optimale. À terme, la donnée industrielle constituera un actif stratégique majeur pour la France. À l’occasion de mon intervention au Sénat, j’ai d’ailleurs souligné la nécessité d’un engagement fort des pouvoirs publics pour en garantir la protection, à travers un cadre réglementaire adapté et des plans d’action associés. Aujourd’hui, près de 80 % des données sont hébergées dans le cloud public. Demain, l’essentiel des données générées le sera en périphérie des grands data centers, directement sur les sites de production, de R&D ou dans les entrepôts. Autrement dit, au plus près des objets connectés qui produisent ces données. Cette évolution implique de disposer localement de capacités de traitement et de puissance de calcul adaptées. C’est précisément ce type de solutions que nous déployons – et continuerons de déployer – auprès de nos clients des secteurs de l’industrie, de la défense et de l’aéronautique.

Pourriez-vous illustrer certains de vos cas d’usage d’IA?

Dans un contexte industriel, par exemple, un acteur peut solliciter un accompagnement pour le passage à l’échelle de sa chaîne de production, avec pour objectif d’augmenter les cadences sans compromettre la qualité. Une telle approche peut s’appuyer sur l’équipement des lignes de montage en systèmes de vision, permettant un contrôle qualité en continu et la correction des anomalies en temps réel, plutôt qu’en bout de chaîne.

Dans le domaine des services publics, Alten peut intervenir sur des projets de smart cities, en utilisant l’IA pour suivre la consommation énergétique et optimiser les sources d’énergie. Ces solutions permettent de réduire les coûts, de maximiser la consommation des énergies renouvelables, d’améliorer l’efficacité opérationnelle et de limiter l’empreinte carbone des infrastructures urbaines.

Par ailleurs, dans le secteur financier, Alten peut accompagner ses clients dans l’application de l’IA pour analyser les flux de transactions et détecter des comportements atypiques ou suspects. Ce type d’approche renforce la sécurité des opérations tout en limitant les risques de fraude.

Les projets d’IA impliquent d’acculturer les collaborateurs. Quel constat faites-vous sur la formation en entreprise ?

Les projets d’intelligence artificielle ne peuvent réussir sans une acculturation solide des collaborateurs. Chez Alten, nous constatons que les entreprises ont pris conscience de cette nécessité, mais que beaucoup restent encore attachées à des modes de formation traditionnels, centrés sur des connaissances figées. Or, dans un environnement technologique en évolution aussi rapide, il est indispensable de proposer des parcours de formation continue, pratiques et orientés sur les technologies et méthodes actuelles.

"Nous nous engageons à promouvoir la diversité dans les métiers techniques et industriels"

C’est pour cela que nous avons développé Amplify, notre centre de formation interne, qui a déjà permis à plus de 18000 collaborateurs dans le monde de se former à l’IA, tout en intégrant les bonnes pratiques en matière de cybersécurité et d’éthique. L’objectif est de faire évoluer simultanément les compétences techniques et les réflexes professionnels, pour que chaque projet soit mené avec efficacité et responsabilité. Un autre enjeu majeur pour les entreprises réside dans la diversité des profils. Recruter exclusivement au sein d’un corpus restreint d’écoles ou de profils similaires – par exemple de jeunes hommes issus d’écoles d’ingénieurs prestigieuses – peut conduire à des biais inconscients dans le développement des technologies, qu’il s’agisse des algorithmes, des interfaces ou des solutions métier. Ces biais peuvent se traduire par des outils moins inclusifs, moins adaptés à une clientèle diversifiée ou par des décisions technologiques qui reflètent uniquement une vision partielle de la réalité.

Chez Alten, nous nous engageons à promouvoir la diversité dans les métiers techniques et industriels. Depuis plusieurs années, nous soutenons l’association "Elles bougent", qui encourage les jeunes filles à découvrir les métiers du génie industriel, contribuant ainsi à élargir le vivier de talents et à réduire les risques de biais dans la conception et le développement technologique.

Alten a récemment rejoint le plan Je choisis la French Tech, qui vise à renforcer les commandes auprès des start-up françaises, notamment spécialisées en IA. Comment contribuez-vous au développement de ces entreprises ?

Nous attachons une importance particulière à accompagner les transformations liées à l’IA de manière souveraine. À ce titre, nous avons récemment signé des partenariats avec des entreprises comme NumSpot, S3NS, Mistral.ai ou encore Prisme.ai, éditeur d’une plateforme d’orchestration de LLM conçue pour accélérer le codage, le testing et la correction de bugs. Cette solution constitue un véritable levier pour nos collaborateurs dans leurs missions. En adossant l’offre de Prisme.ai à nos services, nous offrons à nos clients un accompagnement fiable, financièrement solide et capable de prendre des engagements forts, là où les acteurs émergents restent plus fragiles.

Personne citée :

Yannick Tricaud

Yannick Tricaud

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