L’été est le moment le plus approprié pour se plonger dans la lecture. Avis aux juilletistes et aux aoutiens, cette sélection éclectique devrait vous détendre et vous cultiver…
Livres : retrouvez notre sélection de l’été
Aventures américaines
Les longs reportages mêlant rigueur journalistique, style enlevé, histoire, décors et personnages romanesques sont en voie de disparition. Pour les lire, mieux vaut se tourner vers les éditeurs que vers la presse. Les amateurs du genre peuvent se plonger dans Il était une fois dans les Amériques de David Grann, auteur et journaliste pour le New Yorker. Dans cet ouvrage, il revient sur trois histoires qui révèlent une facette du continent américain.
Le lecteur est plongé en pleine Amazonie pour tenter de savoir ce qu’est devenu l’explorateur britannique Percy Fawcett qui, juste après la Première Guerre mondiale, est parti à la recherche d’une mystérieuse cité perdue. Cap ensuite vers Cuba. En pleine révolution, un mystérieux gringo du nom de Morgan aide les révolutionnaires et se lie d’amitié avec Fidel Castro avant d’être fusillé car il était agent de la CIA. Vrai ? Enfin, l’auteur s’intéresse au Guatemala du XXIe siècle. Le président Colom a-t-il ordonné le meurtre d’un entrepreneur et d’un avocat qui « en savaient trop » ?
Il était une fois dans les Amériques, de David Grann, Éditions du sous-sol, 496 pages, 24,90 euros
Un patron sur les sentiers
Journaliste économique, directeur de la communication de la Société Générale, président de Boursorama, cofondateur de la banque Nickel dont il dirige le conseil de surveillance : même si elle a connu des hauts et des bas, la carrière d’Hugues Le Bret est impressionnante. L’une des recettes de son succès ? Savoir se déconnecter, notamment en randonnant de longues journées en montagne. Récemment, il a passé six semaines à traverser les Pyrénées d’ouest en est.
Dans Le chemin de soi, il revient sur son périple, ses efforts quotidiens et ses rencontres. Pays basque resté authentique malgré le tourisme, Ariège isolée et contestataire, Catalogne française asséchée, hameaux tantôt dynamisés par le tourisme et l’agriculture, tantôt en proie à l’exode rural, mines abandonnées, stations de ski en jachère durant l’été, nature omniprésente… Hugues Le Bret livre au lecteur un récit de voyage qui n’a rien à envier aux meilleurs auteurs du genre.
Le chemin de soi. Une traversée des Pyrénées par le GR10, de Hugues Le Bret, Les Arènes, 18 euros, 261 pages
INSTRU-MENTAL-ISATION
Les avancées en matière de compréhension du fonctionnement du cerveau sont régulièrement vulgarisées quitte à être trop simplifiées pour être justes ou à être utilisées à mauvais escient. Le neuroscientifique Albert Moukheiber donne l’exemple des tests de personnalité le plus souvent faussement fondés sur des arguments scientifiques, tests qui sont soumis à des millions de personnes dans le milieu professionnel afin de faciliter les recrutements ou les relations au sein des équipes. Il évoque également le développement personnel faisant croire à l’individu qu’il ne tient qu’à lui d’être heureux pour peu qu’il booste sa sérotonine.
C’est sans compter le fait que le cerveau est comparable à un mécanisme de montre, où chaque pièce a son rôle propre, plutôt qu’à un organe qui pourrait être découpé en parties analysables séparément. C’est aussi oublier l’impact du reste du corps ou de l’environnement sur notre mental. On ne sait qu’une chose, c’est qu’on ne sait rien ?
Neuromania, le vrai du faux sur votre cerveau, d’Albert Moukheiber, Allary Éditions, 285 pages, 21,90 euros
Cahier de vacances
Dans une rédaction, les exemplaires presse s’accumulent souvent sur un bureau. En général, personne ne les touche. Mais en quelques jours, ce carnet d’activités a été rempli, écorné, raturé, annoté. Pas de doute, Matthias Baccino a réussi son pari. Pour l’été, l’économiste auteur du best-seller Prenez votre argent en main, a conçu un produit attractif. Mot mystère, mots croisés, calculs, énigmes et autres exercices ludiques permettent d’y voir plus clair en matière de finances personnelles. Taux d’amortissement, rendement, diversification de portefeuilles boursiers, investissement dans les cryptos sont au programme. À utiliser seul ou à plusieurs.
Devenir riche, ça s’apprend, le cahier d’activités pour prendre votre argent en main, de Matthias Baccino, Michel Lafon, 63 pages, 12 euros
Déterminés ?
Depuis toujours, Isabelle Lagarrigue est fascinée par les histoires d’amour. Dans ce roman, l’écrivaine en imagine une nouvelle, celle de Charlie et Côme. Deux ados séparés par des centaines de kilomètres se sont rencontrés avant l’époque où internet et les téléphones portables ont facilité les relations à distance. À travers leur périple amoureux, l’auteure s’interroge sur les choix que nous faisons dans un contexte donné, sur ce que l’on remet à plus tard, sur l’impact de notre enfance dans la manière dont nous gérons nos relations, sur notre capacité à changer de chemin…
Ces thèmes, dans lesquels chacun peut se retrouver, sont des classiques de la littérature romantique. L’ouvrage les déroule avec habileté, les mots sont justes, la narration suivant une triple temporalité donne du rythme… Le tout se lit d’une traite.
C’est l’histoire d’un amour, d’Isabelle Lagarrigue, Récamier, 320 pages, 20,90 euros
C’était Disney
Avant de devenir une entreprise jugée politique et clivante par l’opinion publique, les scénaristes et illustrateurs de Disney se préoccupaient d’une seule chose : faire rêver petits et grands. Le géant du divertissement employait les meilleurs illustrateurs pour dessiner à la gouache, à l’encre ou à l’aquarelle les personnages et les décors de dessins animés et de livres illustrés.
La période s’étalant de 1937 à 1953 est un véritable âge d’or que Taschen met à l’honneur. Retrouvez Dumbo, Pinocchio, Blanche-Neige, Cendrillon ou Peter Pan dans ces pages qui feront rêver petits et grands. L’éditeur, réputé pour ses ouvrages luxueux et massifs, livre cette fois-ci un objet magnifique mais plutôt petit. À emporter en vacances ?
Walt Disney’s Children’s Classics, 1937-1953, Taschen, 367 pages, 40 euros
Libérez la créativité
En 1995 sort Toy Story. Le premier longmétrage de Pixar, coproduit par Disney, est un succès. Derrière ce triomphe : une équipe triée sur le volet emmenée par Ed Catmull, un docteur en sciences informatiques, fan de Walt Disney, dont le rêve était de créer le premier film d’animation réalisé en images de synthèse. Dans une nouvelle édition de son livre Creativity, Inc., l’ancien président de Pixar Animation Studios revient sur les obstacles qu’il a rencontrés.
Outre des revers financiers, Ed Catmull a dû apprendre à gérer des équipes créatives. Son livre propose plusieurs pistes de réflexion pour inciter chaque patron à s’intéresser à ce que tous les membres de ses équipes ont à dire. Au-delà de ses leçons de management, il raconte également ses premiers pas avec George Lucas (Lucasfilm, Star Wars), ses négociations avec Steve Jobs ou sa rencontre avec Bob Iger qui reprenait alors les rênes de Disney. De quoi, pour le lecteur, partager quelques instants de la vie de ces grands patrons.
Creativity, Inc., Les secrets de l’inspiration par le fondateur de Pixar, d’Ed Catmull, Talent Éditions, 464 pages, 22,90 euros
L’Antiquité pour quelques années de plus
Romulus Augustule, dernier empereur romain d’Occident, est déposé en 476. L’évènement est secondaire pour ses contemporains qui ne se soucient guère de l’abdication d’un enfant fantoche à la tête d’un État devenu inexistant. Mais, pour des millions d’étudiants, cette année signe la fin de l’Antiquité.
Ce que conteste l’historien Sylvain Destephen pour qui l’an 542 marque le tournant historique fatal avec la suppression du consulat, l’échec de la reconquête totale de l’Italie par Justinien et l’apparition de la peste dite justinienne.
La thèse développée dans ces pages est intéressante et l’auteur réussit un tour de force dont peu d’universitaires peuvent se vanter. Il parvient à stimuler les plus érudits tout en s’adressant à un grand public peu connaisseur mais curieux.
542, la fin de l’Antiquité, de Sylvain Destephen, PUF, 232 pages, 16 euros
Gauche caviar
La bataille des idées se joue sur les symboles, mais attention à ne pas en faire trop. Selon le communicant Benjamin Djiane, ancien membre du PS, la gauche est tombée dans le culte du kitsch et de la posture : "Ne parvenant pas à changer la vie des gens, elle s’est concentrée sur son esthétique comme on le ferait avec un emblème publicitaire."
Dans cet essai, l’auteur analyse des objets ou des idées que militants et responsables ressortent de façon pavlovienne dès qu’ils le peuvent pour marquer leur appartenance, montrer leur vertu et éviter toute remise en cause idéologique. Parmi eux, la rose, le keffieh, le rejet de la cravate, l’éloge de la diversité à tout prix, l’utilisation du terme fasciste pour décrédibiliser son adversaire. Si le titre peut paraître "intello", le contenu est léger, instructif. Il mérite une petite place dans vos bagages.
La gauche "esthétique", appauvrissement idéologique et surenchère symbolique, de Benjamin Djiane, L’aube, 123 pages, 14 euros
Olivia Vignaud, Lucas Jakubowicz







