La rentrée littéraire est un événement attendu par les professionnels du livre et par les lecteurs. Parmi les milliers d'œuvres Décideurs a eu du mal à choisir. Voici une sélection qui mêle roman, BD, histoire, loisirs, aventure. Bonne lecture et bonne rentrée.

Game of Thrones à Versailles

Cela commence à devenir une tradition. Tous les deux ans, Camille Pascal livre un roman historique dans lequel il revient sur un épisode méconnu des derniers siècles de la monarchie. Après les coulisses de l’abdication de Charles X et les carrières faites et défaites par les maîtresses de Louis XV, voici le petit dernier. Cette fois-ci, l’auteur nous plonge en 1718. Le roi Soleil est mort il y a trois ans, son successeur, Louis XV, n’a que cinq ans et la régence est assurée par le duc d’Orléans. Mais certaines figures de la cour, idoles en passe d’être déchues par le nouveau pouvoir, sont prêtes à tous les complots pour assurer la régence. Y compris nouer des alliances improbables. Aventuriers en quête de liquidités, religieux pas très catholiques, diplomates sans complexes, courtisans apeurés, êtres difformes, stupides mais au sang bleu : tous se lancent dans une partie de billard à trois bandes que l’on suit avec délectation dans un décor de Palais bling-bling, de lupanars, de perruques poudrées, de courtisanes fardées, de parfums musqués.

L’air était tout en feu, de Camille Pascal, Robert Laffont, 333 pages, 22 euros

Plein les yeux

La bande dessinée fait elle aussi sa rentrée littéraire. Et Jérémie Moreau frappe un grand coup en offrant un album qui, visuellement, sort des sentiers battus à grand renfort de couleurs fluorescentes et de créations oniriques. Le scénario est à la hauteur : Nathan, jeune chauffeur Uber parisien a arrêté ses études pour s’occuper de son petit frère et de sa petite sœur. La fratrie est orpheline et tient plus ou moins le coup. Un jour, Nathan transporte une passagère, indigène d’Alaska vivant à Paris, qui rentre sur ses terres terminer ses jours. Elle persuade les trois de la suivre. Et voici les petits Parisiens en proie à un nouvel univers en pleine transformation : le réchauffement climatique bouleverse les saisons, les bêtes, la faune, la flore. Tout se transforme. Y compris les protagonistes. La lecture de cet album ressemble à un rêve, est une ode à la solidarité, à la nature. Mais aussi un message d’alerte écologique.

Les Pizzlys, de Jérémie Moreau, Delcourt, 196 pages, 29,95 euros

À bicyclette !

Que ce soit pour s’amuser ou se déplacer, le vélo est de plus en plus en vogue. Mais il est bien souvent cantonné à un rôle d’objet utilitaire. À tort. Dans un ouvrage à l’angle inédit, Alexandre Schiratti revient sur son histoire. Du vélocipède utilisé par la jeunesse dorée en quête de frissons à l’industrialisation de la bicyclette, des premières compétitions au vélo loisir en passant par les péripéties cyclistes du couple Sartre-de Beauvoir, l’ouvrage regorge d’anecdotes inédites et de personnages trop peu connus qui méritent plus de lumière. Parmi eux, Paul de Vivie alias Velicio, gourou du cyclotourisme, Annie Londonderry ou Thomas Stevens qui ont été les premiers à sillonner le monde à grands coups de pédales. À offrir les yeux fermés à tous les passionnés de petite reine.

Prendre la route, une histoire du voyage à vélo, d’Alexandre Schiratti, Arkhê, 250 pages, 19,90 euros

Gonzo journalisme et Djihad

C’est un témoignage rare que nous livre cet ouvrage haletant. Celui d’un journaliste qui a infiltré une cellule de djihadistes français au moment des attentats du Bataclan. À la clé, un éclairage sur leur manière de communiquer, leur vision du monde et de la société. Loin de théocrates surentraînés, il ressort que la plupart de ces "combattants d’Allah" sont des personnes sous-éduquées, lobotomisées par la société de consommation, fans de jeux vidéo, de porno, de téléréalité, séduits par l’aspect révolutionnaire de l’islamisme et par la possibilité de "choper des meufs grâce à Daesh". Une chair à canon idéale pour les recruteurs. De la Turquie à Châteauroux, Ali Watani nous livre des éclairages qui permettent de mieux comprendre ce totalitarisme contemporain : la mésentente entre salafistes et djihadistes, le rôle des parents comme auxiliaires des services de renseignement parfois dépassés. Petit bémol toutefois, l’auteur parle beaucoup de lui-même, ce qui s’avère frustrant au vu de l’intérêt du sujet. Mais le tout se lit d’une traite, c’est l’essentiel.

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Entomologie du Kremlin

Pour les observateurs étrangers, deux "clans" se partagent le pouvoir en Russie. Les élites économiques plutôt libérales d’une part, les siloviki, anciens du KGB d’autre part. La guerre en Ukraine nuance cette approche. Désormais, seuls les siloviki tiennent le haut du pavé et ont l’oreille du chef. Leur montée en puissance dans l’appareil étatique et dans l’économie s’est faite progressivement, et ce, dès le début du premier mandat de Vladimir Poutine il y a plus de vingt ans. Le tout à grand renfort d’intrigues, d’attentats, de chantages faisant du régime une sorte de "supermafia". Avec une précision d’entomologiste, rendant parfois la lecture un peu ardue, la journaliste Catherine Belton revient sur la manière dont un petit clan a mis un pays en coupe réglée pour son plus grand bonheur. Et pour le malheur des autres.

Les hommes de Poutine, de Catherine Belton, Talent Éditions, 585 pages, 23,90 euros

Poutine ou le mépris de la vie

Pour connaître le maître du Kremlin, quelques dessins valent parfois mieux qu’un long discours. Cet ouvrage en est la preuve puisqu’il retrace précisément et pédagogiquement la trajectoire de Vladimir Poutine, de ses premiers pas au KGB à son accession au pouvoir en passant par son initiation politique à la mairie de Saint-Pétersbourg puis dans l’administration Eltsine. Une ligne directrice se dessine au fil des pages. Le dirigeant a toujours eu un mépris absolu pour la vie des autres, en témoignent les assassinats d’opposants (toujours niés, mais toujours constants) ou encore les épisodes de Beslan et du sous-marin Koursk. Cette BD revient aussi sur les affaires de corruption qui entourent celui qui se clame intègre. De quoi mieux comprendre l’attitude du régime et de son leader dans sa guerre face à l’Ukraine qui semble être l’aboutissement tragique d’une longue dérive plus qu’une décision prise de façon irrationnelle.

Poutine, l’ascension d’un dictateur, de Darryl Cunningham, Delcourt, 160 pages, 19,99 euros

La start-up nation croquée tout cru

Un tire-au-flanc, un boomer peu au fait du digital, de jeunes diplômés enthousiastes, des consultants conscients de vendre du vent, des cadres qui utilisent un sabir incompréhensible pour se donner une contenance… Tous ces personnages, animalisés pour l’occasion, existent dans la vie réelle. Peut-être faites-vous partie du lot. Ils sont croqués avec acuité par le dessinateur Fix qui nous livre dans ces pages quelques moments d’anthologie. Soulignons toutefois que le contenu est inégal et semble parfois un peu trop inspiré du dessinateur James qui officie chez nos confrères de Challenges. Il a toutefois toute sa place sur une étagère ou dans un open space.

Chief Bullshit Officer, de Fix, Diateino, 101 pages, 16,90 euros

Les dompteurs de l’Amazone

Nous sommes en 1541. Un groupe de conquistadors mené par Gonzalo Pizarro part de Quito, traverse les Andes et s’enfonce dans la forêt amazonienne à la recherche du célèbre royaume d’Eldorado. Au bout de quelques mois, la troupe, décimée par la faim, l’humidité et la maladie, se sépare en deux. Cinquante-sept soldats dirigés par Francisco de Orellana descendent une rivière en radeau pour trouver un hypothétique ravitaillement. Emportés par le courant, ils dérivent pendant des mois et descendent sur des milliers de kilomètres l’Amazone, alors terra incognita, puis longent les côtes brésiliennes jusqu’aux Antilles. Confrontés à des autochtones parfois agressifs, aux bêtes sauvages et aux éléments déchaînés, ils n’ont jamais renoncé. Cet ouvrage revient sur l’endurance, la ténacité, l’ingéniosité et la résistance d’hommes seuls face à l’inconnu. Des paysans et des hidalgos andalous capables de construire un brigantin en pleine jungle, de passer des jours à combattre à un contre dix ou de survivre en mangeant leurs ceintures bouillies. Ce livre, scénarisé comme un film ou une série pourrait être adapté sur grand ou petit écran. Gonzalo Pizarro ferait un sacré méchant !

La rivière des ténèbres, de Buddy Levy, Éditions Paulsen, 346 pages, 22,5 euros

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