Depuis 2024, le groupe Clariane recentre ses activités pour mieux répondre aux enjeux du vieillissement de la population. « Ces cessions ont aussi permis de clarifier notre périmètre stratégique », confie Jean-Michel Noé, directeur de la croissance et des opérations de M&A. Zoom sur une stratégie de cession.

 Décideurs. Comment voyez-vous l’évolution du marché du M&A dans votre secteur ?

Jean-Michel Noé. Les multiples opérations menées par les leaders européens ont laissé place à des stratégies de recentrage et de désendettement. Aujourd’hui, ce sont les acteurs régionaux, associatifs ou de taille plus modeste qui animent les marchés. Des transactions ciblées se poursuivent en France, en Allemagne ou en Italie. La dimension immobilière de ces actifs renforce la liquidité des opérations de M&A, car elle attire des investisseurs spécialisés en infrastructures ou immobiliers à la recherche de rendements stables et prévisibles.

En Espagne, le marché M&A des services de santé a été marqué en 2025 par deux opérations structurantes  : la cession de Vitalia Home à StepStone pour plus de 600  millions d’euros, et l’acquisition de Mentalia Salud par Peninsula Capital, illustrent l’attrait persistant pour les segments du grand âge et de la santé mentale. Dans le cadre de notre plan de cession, nous avons constaté que pour un actif de qualité, souvent deux à trois offres sérieuses émergent. Cela montre que le marché reste actif, à condition d’avoir un actif de qualité et une opération cohérente pour l’acquéreur. Vous avez engagé un important plan de cession d’actifs en 2024 et 2025.

Quels étaient vos objectifs prioritaires ?

L’objectif principal était clair  : renforcer notre structure financière. Cela s’est traduit par un programme de cessions de près d’un milliard d’euros, annoncé en novembre 2023, dans le cadre d’un plan global de refinancement de 1,5 milliard d’euros. Au-delà de l’effet de levier, ces cessions ont aussi permis de clarifier notre périmètre stratégique : sortie du Royaume-Uni, cession de l’hospitalisation à domicile en France, du réseau Petits-fils, ou encore d’immobilier non stratégique.

Quels critères ont guidé la sélection des actifs à céder ?

Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le comité d’investissement pour bâtir une grille de sélection rigoureuse. Les critères retenus portaient sur la faisabilité de l’opération dans le contexte de marché, leur impact sur la rentabilité consolidée, la cohérence avec notre positionnement de groupe à mission, et bien sûr leur contribution au désendettement. Certains actifs, bien que rentables, présentaient un risque d’exécution jugé trop élevé. D’autres, trop liés à notre feuille de route, ne pouvaient être arbitrés. Ce plan de recentrage d’activité s’est échelonné sur 18 mois.

Quels facteurs ont été déterminants ?

Le facteur déterminant a été notre capacité à ne jamais apparaître comme vendeur forcé. Nous avons conservé l’initiative sur le calendrier et les conditions, en disposant à chaque étape d’alternatives crédibles. Dans un marché moins liquide et exigeant, cette posture a été précieuse. Le retrait du dossier belge qui avait été annoncé dans la presse, illustre notre volonté de préserver la discipline dans notre exécution : lorsqu’une opération ne remplit pas nos critères, nous choisissons de ne pas la mener à terme.

L’autre levier est celui de la mise en concurrence systématique, y compris face à des acheteurs naturels, pour sécuriser les meilleures conditions. Enfin, le soin apporté à la préparation et le bon choix des conseillers pour chaque opération ont joué un rôle clé. Cette stratégie, en plus de porter ses fruits, s’est terminée avec 6 mois d’avance.

Quelle a été la réaction des parties prenantes face à ce plan de cession ?

Les retours ont été très encourageants. Côté investisseurs et créanciers, cette trajectoire rassure : nous tenons nos engagements, même dans un environnement complexe. En interne, elle renforce l’adhésion au projet d’entreprise : recentrage, discipline financière, maintien du cap sur six pays et nos cœurs de métiers. Cela montre aussi notre capacité à arbitrer sans renoncer à notre ambition.

Quels enseignements tirez-vous de la valorisation obtenue lors de ces cessions ?

Avec un multiple moyen d’environ 14 fois l’Ebitda, ces opérations illustrent l’attrait persistant pour les actifs de qualité, positionnés sur les grands enjeux de santé publique et de vieillissement. C’est encourageant pour l’attrait du secteur.

Propos recueillis par Alexandra Bui

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