Lou Santolini (Elsan) : Entretenir la proximité
Décideurs. L’Europe vous semble-t-elle être un terrain propice aux opérations M&A ?
Lou Santolini. Les fondamentaux du secteur de la santé sont très favorables en Europe, marquée par une forte tendance démographique au vieillissement de la population, une augmentation des maladies chroniques et une approche différente de la consommation de soins chez les jeunes. L’ensemble de ces paramètres offre des perspectives de développement prometteuses sur le continent et contribue à l’attractivité du secteur pour les investisseurs. Au-delà du marché, il y a un enjeu de création de pôles d’excellence, de prise en charge transfrontalière, notamment dans des pays où les listes d’attente sont longues. Un tel environnement constitue un terreau pour de futures opérations en Europe.
Les tendances de fond que vous observez favorisent-elles ou freinent-elles l’innovation?
Les jeunes générations de patients et praticiens ont encouragé l’impulsion de certaines transformations qui favorisent indéniablement l’innovation. D’un côté, les jeunes patients poussent pour des solutions d’accès aux soins de plus en plus numériques. De nombreuses études indiquent à ce titre que le nombre de téléconsultations devrait doubler d’ici à 2030. De l’autre, les nouvelles générations de praticiens sont de plus en plus spécialisées et souhaitent avoir accès à des technologies de pointe, à l’image de robots chirurgicaux, des équipements lourds d’imagerie ou même des solutions d’intelligence artificielle. L’attractivité auprès de ces jeunes populations passera nécessairement par la capacité des groupes de santé à répondre à leurs attentes en matière d’innovation.
"Les jeunes générations de patients et praticiens ont encouragé l’impulsion de certaines transformations"
Par rapport à d’autres secteurs, quelles différences constatez-vous dans les deals relatifs au domaine de la santé ?
En santé, toute transaction doit être analysée à l’aune de l’amélioration des soins et de l’apport aux patients et aux professionnels en matière de filières, d’innovation ou encore de formation. La santé reste un secteur régulé et stratégique, avec une multiplicité d’acteurs étatiques qui entrent en ligne de compte, comme le ministère de la Santé, les agences régionales de santé (ARS), la Haute autorité de santé ou l’Agence nationale du médicament. Ils sont chargés d’autoriser ou non les activités, de contrôler la qualité des soins et la tarification, mais aussi de prendre des mesures réglementaires essentielles lors des transactions.
Quelle stratégie envisagez-vous pour étendre votre périmètre de marché ?
Aujourd’hui, Elsan est le leader de l’hospitalisation privée en France : deux tiers des Français demeurent à moins de 40 kilomètres d’un de nos établissements. Notre volonté est de proposer aux patients un écosystème de soins innovants, complets et coordonnés dans chacun de nos territoires. Notre présence dans l’ensemble des régions de France est essentielle et constitue un élément de distinction par rapport à d’autres groupes du secteur. L’extension du périmètre de marché d’Elsan passera par l’amélioration de l’offre de soins en intégrant des activités adjacentes aux traitements MCO (médecine, chirurgie, obstétrique) à la chaîne du soin, comme les soins primaires, l’imagerie, la cancérologie, les soins de suite ou encore l’hospitalisation à domicile. Nous devons rester particulièrement attentifs aux besoins au niveau local et aux apports en matière d’accès aux soins et d’innovation.
Propos recueillis par Léa Pierre-Joseph
