"Accompagner les seniors à domicile, c’est investir dans leur qualité de vie et dans l’économie de demain", résume Kevin Profit, directeur M&A du groupe Oui Care, leader français du service à la personne à domicile. Sur ce marché longtemps géré par le milieu associatif et les familles, Oui Care conjugue engagement sociétal et croissance.

Décideurs. Quelles tendances ont le plus marqué votre secteur ces dernières années ?

Kevin Profit. Depuis la crise du Covid, de plus en plus de Français expriment le souhait de vieillir à domicile plutôt qu’en établissement. Il s’agit d’une bonne nouvelle car la tendance contribue au "mieux vieillir" et soutient l’économie avec des soins à domicile 3 à 4  fois moins cher qu’en milieu médicalisé.

En matière d’offre de services à domicile, la grande consolidation du secteur a été impulsée dès 2020 à travers des croissances externes sur les SAAD (services d’aide et d’accompagnement à domicile). Le mouvement s’est traduit par une augmentation des indices d’évaluation et des sociétés valorisées jusqu’à 16 fois leur Ebitda, une situation inédite pour les acteurs du secteur. A contrario, certains mastodontes des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (les Ehpad) ont désinvesti ce marché en constatant le manque de synergie entre les deux activités. Chez Oui Care, nous avons opéré une cinquantaine de rachats ces cinq dernières années, notamment pour consolider nos prestations auprès des seniors et personnes en situation de handicap.

L’Europe vous semble-t-elle un terrain propice aux opérations de M&A dans ce domaine ?

Il y a 25  ans, le marché du service à la personne était principalement géré par des acteurs associatifs, et ce, dans de nombreux pays d’Europe. Le vieillissement de la population a fait naître un besoin de professionnalisation de l’offre. Les causes sont multiples. Les pays européens sont quasiment tous confrontés au baby-boom résultant de la fin de la Seconde Guerre mondiale avec des pics de vieillissement prévus entre 2040 et 2050. Deuxième élément, la chute des taux de natalité fragilise les modèles sociaux dont le financement repose sur la population active. Enfin, l’éloignement géographique entre les générations se creuse et influe sur la disponibilité des aidants familiaux. Aujourd’hui, nous sommes très implantés en Espagne, où l’émigration des populations actives a explosé après la crise de 2008, à l’image de la Grèce. Seule exception : l’Italie, où l’on retrouve souvent un modèle de famille nucléaire. Outre la France, l’Espagne et le Portugal où Oui Care est déjà présent, nous sommes attentifs aux opportunités en Suisse, en Allemagne ou au Royaume-Uni.

"Un certain nombre de réformes réglementaires sont en cours afin d’unifier les acteurs du service et du soin apportés aux seniors"

Quel jalon essentiel anticipez-vous sur le plan législatif ?

Un certain nombre de réformes réglementaires sont en cours afin d’unifier les acteurs du service et du soin apportés aux seniors. D’une part, les SAAD – tels que nous – proposent des services d’aide à la vie au quotidien et, d’autre part, les SSIAD (services de soins infirmiers à domicile) assurent un suivi médical. Chacun dépend de réglementations et d’organismes distincts, ce qui complique actuellement leur gestion sous une même enseigne. À terme, le bénéficiaire aura tout à y gagner, en particulier en matière d’organisation.

Comment maintenez-vous une démarche vertueuse dans vos services d’accompagnement à domicile ?

En juin 2024, Oui Care est devenue une entreprise à mission. L’initiative nous a permis d’inscrire notre philosophie directement dans nos statuts : "Prendre soin des Hommes et de leur environnement en contribuant au mieux-grandir, mieux-vivre et mieux-vieillir de toutes et tous". Nos quatre objectifs statutaires s’étendent de l’épanouissement professionnel de nos collaborateurs, à l’équilibre des foyers en passant par les retombées territoriales, économiques et sociales positives que nous engendrons.

Concrètement, nous avons renforcé notre maillage grâce à un réseau de plus de 900 agences, entamé l’électrification de notre flotte de véhicules, ou encore, créé un fonds de solidarité contre les violences faites aux femmes. Notre équipe M&A essaye modestement d’apporter sa pierre à l’édifice, par exemple avec le rachat de la société Handi’home, spécialiste du handicap depuis trois ans. Désormais, nous apportons des réponses de proximité, à quelque 150 000 clients au sein du groupe.

Propos recueillis par Léa Pierre-Joseph

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