Plusieurs dizaines de millions de bouteilles de sérum physiologique s’écoulent, chaque année, sur le marché français. Côté production, on imagine une forte concurrence. À tort. L’Hexagone comporte deux usines capables de produire ce fluide stérile. Une étrangeté supplémentaire dans le paysage de l’économie française…
Sérum physiologique et risque sanitaire : Altheys
Lutter contre la rareté industrielle
Le liquide s’écoule dans les narines et les yeux, des adultes et des enfants, à domicile ou en milieu médical. Un incontournable du soin, sans doute le produit de santé par excellence, à tel point qu’il est classé "dispositif médical". Sans surprise, il ouvre un chiffre d’affaires considérable, estimé en centaines de millions d’euros. Au-delà des enjeux sanitaires, il y a donc ici un enjeu économique fort. Et pourtant.
Deux usines existent en France dont celle d'Altheys. Le laboratoire dermo-cosmétique a su étendre le champ de ses activités. Aujourd’hui, il se place en position de leader dans la production de sérum physiologique en appliquant des méthodologies éprouvées et reconnues. À ses commandes, deux scientifiques : Hanane Drissi et Pierre Vausselin, ingénieur chimiste fondateur, par ailleurs, d’Aroma-Zone (deuxième marque préférée des Français).
Un marché sous haute surveillance
Il est vrai que le climat est lourd de soupçons. Les groupements pharmaceutiques et autres centrales d’achats sont en quête de prix bas, parfois au détriment de la qualité exigible pour rincer des plaies ou humidifier les lentilles de contact. Idem pour sécuriser l’hygiène oculaire ou nasale, y compris des plus petits. À cet égard, les approvisionnements au Portugal ou en Chine soulèvent de légitimes soupçons sur la conformité aux normes.
Notons qu’en mai 2025, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a dû rappeler près de 150 lots. En cause, un sérum, commercialisé sous diverses marques, présentant des traces d'alcool de nettoyage… Le mal était fait, car nombre d’hospitalisations de bébé étaient déjà à déplorer. Bis repetita depuis quelques semaines avec un sérum en provenance du Portugal.
Les vertus de la méfiance
Le retour du Made in France est un réflexe contemporain à saluer, tant pour le patriotisme économique que pour la traçabilité sanitaire des produits. Les parents, extrêmement sensibles à la prévention des risques lorsqu’il s’agit des nourrissons, discernent de plus en plus clairement les ruses marketing. À titre d’exemple, la mention « marque française » est aujourd’hui légitimement identifiée comme trompeuse. Seul importe le "Produit fabriqué en France".
En jouant sur le double approvisionnement français et étrangers, certaines marques persistent néanmoins à orchestrer la confusion. D’autres tentent d’écraser la concurrence en imposant des contrats de distribution exclusifs afin de s’imposer artificiellement comme leaders. D’où l’importance de conserver un œil critique pour déjouer les pièges d’un marché où la transparence n’est pas toujours de mise.
La conformité comme atout stratégique
Le sérum physiologique est un produit encadré par des normes strictes. C'est un dispositif médical à part entière, avec ses exigences qualité, cliniques et réglementaires. Par nature, l’entreprise à taille humaine peine à internaliser toutes les compétences requises. On le sait, les profils rares (parce que spécialisés, précisément), sont coûteux et difficiles à fidéliser. Cependant, Altheys a su relever le défi. Affaires réglementaires, assurance qualité, audits, évaluation clinique, gestion des risques, etc. : le compte est bon.
Le service Qualité et Réglementaire en constitue un bon exemple. Thomas en dirige les six membres du "contrôle qualité". S'y ajoute un ingénieur microbiologiste qui orchestre la batterie de tests systématiques, pour chaque lot, complétée par des analyses menées en laboratoires accrédités. Cette vigilance garantit une traçabilité complète, de la production à la mise sur le marché. En somme, du Made in France.
L’engagement des co-fondateurs
Pierre Vausselin et Hanane Drissi sont partagés en deux fiertés. La première est publique, c’est celle de consommateurs reconnaissants, qui ont su trouver chez Altheys des innovations efficaces. La seconde, en revanche, est plus discrète, mais plus importante aussi. "Il faut absolument, jouer le jeu des bonnes pratiques de fabrication cosmétique [ndlr : norme ISO 13485]. La qualité et la traçabilité tendent à devenir des arguments commerciaux puissants, preuve que le marché possède aussi ses vertus". Deux dirigeants comblés, en somme, pour qui l’idée de responsabilité se conjugue sans mal avec celle de rentabilité.
À les écouter, l’indication d’origine Made in France pourrait presque se doubler d’un label de production locale. Avec une production lozérienne qui favorise les circuits courts, avec cet ancrage qui est aussi une signature de la nature dans l’industrie, Altheys démontre que les fortes croissances sont aussi soutenues par de fortes convictions.
