En France, l’ophtalmologie accuse l’une des plus longues files d’attente parmi les spécialités de santé. Pour inverser cette tendance, les 62 cabinets du réseau Point Vision se mobilisent à travers plusieurs initiatives : un modèle de travail aidé, l’expérimentation de la téléconsultation ou encore un maillage étendu. Stanislas Guedj, président du groupe, partage les innovations qui soutiennent l’avenir de ce domaine.

Décideurs. En France, 19,3% des habitants résident dans des zones considérées comme des déserts médicaux en ophtalmologie. Quelles actions Point Vision met-il en place pour remédier à cette situation ?

Stanislas Guedj. Depuis sa création il y a douze ans, Point Vision se fixe pour objectif de rendre les soins ophtalmologiques accessibles au plus grand nombre, de limiter les temps d’attente pour obtenir un rendez-vous et ainsi réfréner les zones de désert médical en ophtalmologie. Si le délai moyen pour obtenir un rendez-vous se quantifiait en semaines, voire en mois il y a douze ans, il est désormais de 7 jours dans un cabinet Point Vision.

Pour atteindre cet objectif, nous avons adopté un modèle organisationnel du travail aidé. Un orthoptiste réalise un premier bilan suivi d’une consultation avec un ophtalmologue qui comprend un contrôle de la vision et, si nécessaire, la prescription d’une ordonnance. De quoi fluidifier le parcours de soins, augmenter le nombre de patients traités et remplacer le temps administratif par un temps médical plus efficace pour les médecins. Avec 62 cabinets répartis dans tout l’Hexagone, nous créons des synergies géographiques au service d’1,5 million de patients par an. Cela permet également aux médecins de se déplacer vers des cabinets sous tension dans un rayon limité.

Dans les zones tendues, la téléconsultation s’est imposée comme une solution de choix. Quelles sont les spécificités du projet ?

La digitalisation des parcours de soins représente une évolution logique de nos sociétés. En développant la téléconsultation, nous avons veillé à ce que ce nouveau canal offre une réponse médicale aussi qualitative qu’en présentiel, en assurant la continuité des soins et le confort des médecins. Nous avons établi des protocoles, approuvés par le Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof) et les autorités sanitaires, afin de démocratiser l’accès aux soins sans en compromettre la qualité. Dans les cabinets médicaux où le dispositif est expérimenté, un bilan est réalisé en présentiel auprès d’un orthoptiste avant la téléconsultation avec un médecin. En fonction de ses besoins, le patient est redirigé vers un cabinet situé à une heure de route au maximum. D’ici la fin de l’année, nous pourrons tirer un bilan de ce protocole de soins. À terme, nous prévoyons de densifier le réseau avec des orthoptistes indépendants. Ce projet représente un défi sur le plan humain, logistique mais aussi informatique. Globalement, il a fallu développer des API, garantir le respect du RGPD et de principes clés en termes de cybersécurité.

"Si le délai moyen pour obtenir un rendez-vous se quantifiait en semaines, voire en mois il y a douze ans, il est désormais de 7 jours dans un cabinet Point Vision"

Dans le domaine de l’ophtalmologie, l’innovation se multiplie. Quelles technologies introduisez-vous dans vos cabinets ?

En règle générale, nous adoptons rapidement les innovations technologiques qui optimisent le soin. Sous l’impulsion de nos médecins, nous restons à la recherche d’automates et d’outils qui les aideront dans la précision et la fiabilité des diagnostics et traitements à effectuer.

Nous avons bien sûr adopté les dernières technologies de chirurgie réfractive [ensemble d’opérations qui permettent de corriger les troubles de la vision et, in fine, de ne plus porter de lunettes ou de lentilles, Ndlr] telles que les techniques Lasik, PRK et Smile pour les patients qui souhaitent se passer de lunettes de vue ou de lentilles. Nous intégrons également à notre réseau des médecins à la pointe de l’innovation. C’est le cas du docteur Hélène Meunier, basée à Rennes, la première praticienne à s’équiper d’un topographe cornéen Pentacam® AXL Wave en France, utile pour produire des lentilles sclérales sur mesure. C’est aussi une première dans le secteur ophtalmologique spécialisé en contactologie en France.

Au-delà du diagnostic et des traitements, vos innovations servent le parcours de soins dans sa globalité. Quels exemples ?

Il est commun qu’un ophtalmologiste travaille environ 3 jours par semaine, la moindre absence peut ainsi s’avérer problématique pour les patients. Pour assurer les remplacements, nous avons signé des accords avec des écoles pour que les jeunes médecins exercent dès la fin de leur 6e semestre. Inspirée d’une célèbre application de rencontres, Ophta Match permet aux médecins de trouver en quelques clics les lieux où ils peuvent aider en effectuant des vacations. L’application favorise la flexibilité des médecins qui souhaitent soulager les zones de déserts médicaux sans forcément s’y installer et automatise les obligations réglementaires associées aux contrats de travail de ces médecins. Aujourd’hui, les remplacements représentent 20% de l’activité totale de Point Vision. Je suis convaincu que cette application peut être dupliquée dans d'autres spécialités médicales. Il est indispensable pour cela de disposer d’un réseau national dense, sans oublier de conserver notre souveraineté digitale. Chez Point Vision, nous sommes propriétaires de l’application et la développons en France.

"Le système de santé est confronté à des problèmes structurels, tels que le vieillissement de la population, un allongement des délais d’attente en plus du déficit financier"

Malgré les craintes autour de la "financiarisation" du système de santé, celui-ci ne cesse d’accuser un déficit financier. Selon vous, de quelles façons les acteurs privés participent-ils à l'effort collectif ? 

À mon sens, il faut davantage parler de "financement de la santé" plutôt que de "financiarisation". Celle-ci implique que les professionnels de santé et les patients soient mis de côté, tout l’inverse du modèle de Point Vision. Le système de santé est confronté à des problèmes structurels, tels que le vieillissement de la population, un allongement des délais d’attente en plus du déficit financier. Il a besoin de financements pour innover, se moderniser mais aussi se structurer afin d’accueillir plus de patients.    

Je ne suis pas naïf pour autant, ce modèle doit être encadré avec des règles et un protocole que le gouvernement doit faire respecter. Les centres de santé au cœur des derniers scandales n’étaient pas particulièrement financés par des acteurs de type LBO ou des fonds mais ils ont profité et abusé d’une zone grise avant que le gouvernement ne précise la législation.

Chez Point Vision, nos sociétés d'exercice libéral par actions simplifiée (Selas) garantissent que le management des sociétés et des droits de vote sont aux mains des médecins tout en leur permettant de bénéficier d’un financement pour soutenir leur exercice. Cette structure diffère complètement de celle en association des centres de santé qui ont beaucoup moins de comptes à rendre.

Quels sont vos futurs chantiers ?

La chirurgie réfractive fait partie de nos axes prioritaires. Sur l’ensemble des patients opérés, 90% sont d’anciens porteurs de lentilles, ayant sans doute porté des lunettes auparavant. Plus l’opération intervient tôt dans leur vie, moins les frais à couvrir en matière de verres, de montures ou de lentilles seront importants pour les patients. Nous nous attachons à démontrer cela, notamment aux assurances privées pour qu’elles nous aident à informer le grand public. Nous allons également communiquer à travers une plateforme digitale pour répondre à toutes les questions afférentes mais aussi grâce à des campagnes de sensibilisation avec la marque Clinique des yeux.

Nous avons aussi mis en place des protocoles spécifiques en matière de pédiatrie ophtalmologique, en particulier pour lutter contre l’épidémie de myopie. Malgré l’ampleur de ces défis, nous restons optimistes et nous attachons à regarder au loin, ce qui est d’ailleurs la meilleure recommandation pour lutter contre la myopie et bien d’autres maux de notre société.

Propos recueillis par Léa Pierre-Joseph

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