Le secteur de la santé fait de plus en plus appel à l’intelligence artificielle dans le déploiement de ses innovations, que ce soit pour améliorer le traitement des patients, le fonctionnement des entreprises du secteur ou bien dans un objectif de réduction de coûts pour les systèmes de santé. Les imbrications entre les deux disciplines sont de plus en plus fortes et rapides, mais l’humain doit toujours rester au centre des décisions selon les experts de Lauxera Capital Partners.

En tant que société de gestion internationale spécialisée dans le secteur de la healthtech, Lauxera Capital Partners bénéficie d’une vision privilégiée sur l’essor de l’intelligence artificielle dans la santé : l’avenir repose sur la complémentarité entre l’intelligence humaine et des intelligences artificielles qui doivent tendre vers une innovation pour tous.

Vers une révolution technologique en santé

Imaginez qu’on puisse transformer la prise en charge des grands brûlés grâce à une peau imprimée en 3D… Il suffirait de créer une peau artificielle à partir de cellules de donneurs reprogrammées en cellules souches, différenciées en cellules cutanées, puis imprimées en 3D. Une telle innovation de rupture pourrait un jour éviter de nombreuses greffes de peau. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, cette peau dite "artificielle" n’est pas issue de machines autonomes, mais bien du génie humain – celui des chercheurs en médecine régénérative et en thérapie cellulaire. "Ce génie a permis, ces vingt dernières années, de redonner un nouvel élan à une industrie pharmaceutique confrontée au déclin des rendements de la chimie traditionnelle.", explique Pierre Moustial, président cofondateur de Lauxera Capital Partners. Au début des années 2000, seulement 6 % des médicaments issus de la chimie passaient les essais cliniques. Face à cet essoufflement, les chercheurs ont exploré la voie des thérapies cellulaires et géniques, capables de cibler des maladies autrefois incurables, comme certains cancers.

"Ce génie [à l'origine de l'IA] a permis, ces vingt dernières années, de redonner un nouvel élan à une industrie pharmaceutique confrontée au déclin des rendements de la chimie traditionnelle."

Aujourd’hui, ces traitements bénéficient d’un taux d’approbation 2,5  fois supérieur à celui des médicaments classiques. L’ambition de "cure the incurable" commence ainsi à prendre forme, avec vingt traitements déjà commercialisés et plus de 3 300  essais cliniques en cours. Mais cette promesse a un prix : jusqu’à 2  millions d’euros par traitement pour un seul patient. Car produire un médicament personnalisé relève de la haute couture, bien loin des économies d’échelle des blockbusters pharmaceutiques. La réduction des coûts et des délais de développement représente de gros enjeux pour le futur de l’industrie.

L’IA comme catalyseur d’efficacité

L’intelligence artificielle (IA) offre des leviers puissants pour répondre à ce défi. En tant qu’investisseur, l’équipe Lauxera constate que la grande majorité des entreprises incluent déjà des briques d’IA et que la tendance s’accélère. Cette adoption rapide s’explique par l’impact de l’IA à trois niveaux : sur la recherche (elle simule par exemple des organes sur puces en analysant des millions de données biologiques), sur la médecine personnalisée (61 % des traitements oncologiques en développement reposent sur des biomarqueurs identifiés grâce à l’IA) et sur la pratique médicale (elle améliore le diagnostic, notamment en imagerie, transformant les comptes rendus en données exploitables). L’IA irrigue ainsi toute la chaîne de valeur de la santé, générant des gains mesurables en temps, en fiabilité et en coût.

"Lorsque nous considérons l’IA pour un potentiel investissement, nous cherchons à répondre à trois questions. Le produit répond-il à un besoin réel ? Est-il efficace ? Est-il “monétisable” ?"

L’IA, un outil parmi d’autres, pas une finalité

Pour autant, il faut garder en mémoire que l’IA n’est pas une solution en soi. Une erreur fréquente consiste à confondre technologie et besoin. "Lorsque nous considérons l’IA pour un potentiel investissement, nous cherchons à répondre à trois questions. Le produit répond-il à un besoin réel ? Est-il efficace ? Est-il “monétisable” ?", souligne Pierre Moustial. Il nous semble également erroné de parler de l’IA au singulier. En réalité, les entrepreneurs combinent une diversité de modules, imagerie, prédiction, natural language processing, etc. Cette modularité, source de force, permet une hybridation entre compétences technologiques et biomédicales.

Trois convictions pour l’avenir

De cette transformation, l’équipe Lauxera retient trois convictions clés. Premièrement, l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle se complètent. Ensuite, comme le précise Pierre Moustial, "l’humain doit toujours rester maître de la décision". Et enfin, l’IA, bien utilisée, accélère les projets, fiabilise les essais, améliore les diagnostics… et libère du temps pour les patients. C’est donc en combinant ces intelligences que pourra émerger une innovation radicale, mais surtout accessible. Passer d’une innovation "à tout prix" à une innovation "pour tous" : voilà sûrement la plus grande promesse de cette révolution. 

"L’humain doit toujours rester maître de la décision"

Témoignage - Natural Cycles : quand l’IA impacte l’ensemble de la chaîne de valeur de l’entreprise

Ancien chercheur en physique quantique, Raoul Scherwitzl a cofondé Natural Cycles en 2013, avec l’idée d’allier la méthode de contraception par la prise de la température à la technologie. L’application est aujourd’hui utilisée par plus de 2 millions de femmes. L’algorithme propriétaire s’est récemment enrichi avec l’IA : le modèle complexe purement statistique a peu à peu inclus des éléments d’IA qui interprètent de larges ensembles de données. "En remplaçant certaines parties de l’algorithme par de l’IA, les performances ont augmenté, tout comme la satisfaction de nos clientes", explique Raoul Scherwitzl. En complément, l’IA "sur étagère" a intégré l’ensemble de la chaîne de valeur de l’entreprise, avec par exemple des modèles existants de learning language models (LLM) pour améliorer les interactions avec les utilisatrices ou pour la production de contenus par l’équipe marketing. "Grâce à l’IA, on parvient à créer beaucoup plus de valeur avec notre équipe existante", se félicite Raoul Scherwitzl. Pour Samuel Levy, associé cofondateur de Lauxera Capital Partners : "Natural Cycles est un parfait exemple de l’IA mise au service du développement d’une technologie à grande échelle, au bénéfice des femmes."

 

Témoignage - Synovo Group : quand l’IA engendre la satisfaction de la clientèle, des gains financiers et écologiques

Synovo Group est une entreprise strasbourgeoise d’édition de logiciels de gestion du transport sanitaire, fondée en 2013, gérant plus de 8 000 véhicules quotidiennement. L’optimisation de l’affectation des ambulances permise par leur solution est vertueuse pour l’ensemble de l’écosystème de la santé : les patients bénéficient d’un meilleur confort avec moins de retards, les trajets des ambulanciers sont optimisés et donc plus rentables, et les coûts sont réduits pour le système de santé. "Alors que l’humain peut prendre en compte trois paramètres, l’IA permet d’en utiliser plus de 200 pour optimiser la régulation des véhicules", explique Jérémy Wies, fondateur de Synovo Group. Une équipe de 5 personnes est dédiée aux développements de l’IA propriétaire du groupe, appelée EMMAI. "Les gains sont également écologiques, car les véhicules réduisent leur kilométrage d’environ 25 % par jour", complète Jérémy Wies. Victor Decrion, managing partner chez Lauxera Capital Partners, ajoute que : "Le groupe Synovo illustre comment l’IA peut être au service de l’impact sur les patients, les professionnels du transport sanitaire et le système de santé."

 

SUR L'AUTEUR

Président cofondateur de Lauxera Capital Partners, Pierre Moustial est l’ancien CEO d’Urgo et de Fournier Pharma. En 2020, il a fondé Lauxera Capital Partners, société de gestion internationale spécialisée dans le secteur de la healthtech, aux côtés de Samuel Levy et d’Alex Slack. Rejoints depuis par Edoardo Fracchia et Victor Decrion, la société dispose aujourd’hui de plus de 600 millions d’euros sous gestion pour investir dans des sociétés healthtech européennes à forte croissance et les accompagner dans leur développement.

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