La santé mentale représente un enjeu majeur de santé publique : un Français sur quatre sera confronté à un trouble psychique au cours de sa vie. Alors que le gouvernement en a fait sa Grande cause nationale pour l’année 2025, de récentes études viennent souligner la fragilisation du bien-être mental des Français.
Santé mentale, la grande cause nationale de 2025
Entendant répondre à une crise de plus en plus préoccupante, le gouvernement annonçait le 11 octobre 2024 faire de 2025 une année de sensibilisation à la santé mentale. Une prise de position qui intervient alors que les indicateurs de bien-être psychologique continuent de se dégrader, en particulier chez les jeunes et les populations vulnérables.
Un enjeu de santé publique majeur
La commission des affaires sociales du Parlement mène en ce moment une mission d’information sur l’état des lieux de la santé mentale en France, notamment depuis la crise du Covid-19. Attendu pour le mois de juin, ce rapport fera le point sur les conséquences de la pandémie, qui avait déjà suscité un premier rapport d’information en 2021. Ce dernier relevait une hausse significative de l’anxiété, des troubles dépressifs, des problèmes de sommeil et de la consommation de psychotropes, en particulier chez les jeunes, les femmes, les personnes âgées ou en situation de précarité.
Un constat d’urgence confirmé par les dernières études. Ce 14 mars, le baromètre du moral des adolescents, réalisé par l’association Notre avenir à tous, révèle que 25 % des jeunes de 11 à 15 ans présentent des signes de troubles anxieux généralisés, et que 45 % souffrent de troubles de l’anxiété. Parmi les mis en cause : les applications de rencontres, qui peuvent nuire à l’estime de soi, en particulier lorsque les utilisateurs ne correspondent pas aux canons esthétiques dominants ou subissent des comportements discriminatoires. Ces plateformes, conçues pour favoriser les interactions sociales, peuvent à l’inverse accentuer le sentiment de solitude et de rejet.
Le bien-être au travail
Si la santé psychique dépend de facteurs très variés, l’environnement socio-économique de chacun joue un rôle crucial. Ainsi, la pauvreté est un facteur reconnu de dégradation de la santé mentale, exposant particulièrement les demandeurs d’emploi et les travailleurs en situation de précarité.
Niveau de salaire, charge de travail, déséquilibre vie professionnelle/vie privée, risque de perte d’emploi, pratiques managériales abusives, sans compter le manque de perspectives, la compétition et l’impact des relations entre collègues : les conditions et l’environnement de travail engendrent également des risques psychosociaux, dans tous les secteurs d’activité et dans des entreprises de toutes tailles.
La dernière enquête menée par Axa et l’institut Ipsos a interrogé près de 17 000 travailleurs à travers seize pays, France incluse. Et le résultat est sans appel : 43 % des actifs affirment que leur activité professionnelle contribue à dégrader leur santé mentale. Depuis deux ans, le phénomène semble s’être accentué, devenant, aux dires d’Ipsos, "chronique".
En France, chaque année, ce sont 13 millions de personnes qui présentent un trouble psychique
Un enjeu mieux compris par les jeunes générations
Pour autant, les nouvelles générations sont mieux sensibilisées à la santé mentale, influencées qu’elles le sont par la pop culture et certaines célébrités ayant contribué à faire évoluer les mentalités. Depuis les années 2000, le traitement des troubles psychiques au cinéma, dans la musique et les arts s’est affiné, reflétant une prise de conscience collective et une volonté de mettre en scène des représentations plus justes. Des figures publiques comme Lady Gaga, qui a publiquement partagé son expérience du stress post-traumatique lié à des violences sexuelles, contribuent à briser les tabous et à donner de l’espoir aux personnes concernées.
Les objectifs de la Grande cause nationale
En France, chaque année, ce sont 13 millions de personnes qui présentent un trouble psychique. Pourtant, le sujet demeure encore largement tabou, freinant la reconnaissance et la prise en charge. Pour y remédier, le gouvernement ambitionne de déstigmatiser ces pathologies, notamment par la sensibilisation et la formation. L’amélioration de l’accès aux soins constitue une autre de ses priorités : sont prévus la mise en place de parcours gradués et le développement de nouveaux métiers spécialisés. Enfin, parce que les troubles psychiques ont des répercussions qui débordent largement du seul cadre médical, un accompagnement global des personnes concernées est encouragé, afin de mieux intégrer la santé mentale au quotidien.
Sasha Alliel