L’Italien a repris la suite de l’empire construit par son père et son grand-père. À coups de rachats, il accélère le développement du groupe qui pèse 12,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Le groupe Ferrero est "l’une des entreprises les plus secrètes au monde", rapportait en 2010 The Guardian. Une source du média britannique allait même jusqu’à comparer aux pratiques de la Nasa les mesures prises par la société pour se prémunir contre l’espionnage industriel. Le groupe cultive l’art de la discrétion, tout comme la famille qui l’a construit. "On ne doit apparaître dans les journaux que deux fois : dans son avis de naissance et son faire-part de décès", confiait Michele Ferrero, fils du fondateur. Il faudra attendre 2011 pour que le spécialiste des confiseries ouvre pour la première fois à la presse les portes de son usine d’Alba au nord de l’Italie, celle qui a vu naître le fameux Nutella.

Produits italiens, ancrage français

Tout a commencé dans le Piémont, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pour pallier la pénurie de cacao, le chocolatier-pâtissier Pietro Ferrero décide de le remplacer par des noisettes de sa région. L’ancêtre de la pâte à tartiner la plus célèbre, baptisé alors le Giandujot, est également le fruit d’une autre évolution : la légende raconte que par un été caniculaire le mélange de noisettes se mit à fondre au soleil et à prendre une consistance plus crémeuse, qui donna naissance au Supercrema, devenu depuis 1964 le Nutella.

Pour préserver ses recettes, le groupe utilise des méthodes inspirées de la Nasa

Si le succès est rapidement au rendez-vous, notamment auprès des enfants et des ouvriers, le développement de l’entreprise tient aussi à Michele Ferrero et à sa femme, Maria Franca, qui l’aida à ouvrir des bureaux à l’étranger. La France a rapidement joué les terres d’accueil, le groupe y ayant posé ses valises dès la fin des années 1950. Ferrero lance dans une ancienne usine de textile, près de Rouen, la production de Mon Chéri, avant d’y amener celle du Nutella puis de nouvelles gourmandises. Ainsi, un tiers de la production mondiale de la pâte à tartiner provient de l’Hexagone, où sont également fabriqués chaque jour 2,4 millions de Kinder Bueno.

Friand d’acquisition

La loi des dynasties ("le père construit, le fils consolide, le petit-fils dilapide") ne se vérifie pas chez les Ferrero. Les fils de Michele, Pietro et Giovanni, ont repris fièrement le flambeau pendant plus de dix ans jusqu’au décès du premier lors d’une mission humanitaire en Afrique du Sud. À 57 ans, Giovanni Ferrero, également romancier, est à la tête d’une fortune de 29,3 milliards d’euros faisant de lui l’homme le plus riche d’Italie. Le dirigeant, basé à Bruxelles, a apporté sa pierre à l’entreprise, notamment en faisant évoluer sa stratégie. Si sous son père le groupe croissait de manière essentiellement organique, Giovanni – devenu PDG à la mort de Michele en 2015, puis "seulement" président par la suite – joue la carte des acquisitions. Il s’empare des biscuits Delacre, du chocolatier Fannie May ou encore du confiseur Ferrara Candy. "Derrière la marque, les résultats et l’expansion d’une entreprise multinationale, c’est l’histoire d’une famille piémontaise brillante et tenace qui puise son extraordinaire force de croissance dans la devise de la Fondation Ferrero : travailler, créer, donner", explique Ferrero sur son site. Les ambitions fixées par Giovanni laissent à penser que cette belle histoire pourrait durer encore longtemps.

Olivia Vignaud

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