Essentiels à l’hébergement des données, les data centers s’implantent partout. Ils demeurent des infrastructures demandant beaucoup d’entretien et exposées aux risques.

S’il est difficile de quantifier les données manipulées, les data centers restent des infrastructures lourdes, consommatrices d’énergie et critiques. Risque de conflits ou périls environnementaux, tentatives de sabotages physiques : le futur des centres de données est plus que jamais incertain.

Données numériques, conséquences physiques

En premier lieu, l’augmentation des besoins informatiques, notamment liés à l’IA, s’accompagne d’un besoin croissant en énergie. Les architectures traditionnelles de distribution d’énergie commencent à montrer leurs limites. Il est impératif de repenser la fourniture d’énergie dans les centres de données.

Dans une récente étude prospective, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) modélise quatre trajectoires alternatives. Une première repose sur la dénumérisation partielle des usages, soit une remise en question de nos modes de vie, en développant l’écoconception et en mettant en place un moratoire sur la construction de nouveaux centres. Mercredi 25 mars, le Sénat a d’ailleurs adopté une proposition de loi sur l’encadrement de l’implantation des data centers, perçues comme opaques et peu pourvoyeuses d’emplois. La seconde recommandation de l’Ademe abonde en ce sens, avec un encadrement territorial renforcé pour limiter les nouvelles implantations. La priorité doit être donnée aux usages jugés bénéfiques pour la santé, l’environnement et la société. Enfin, il est possible d’orienter l’innovation vers des technologies de réduction des émissions, d’opter pour un mix électrique décarboné ou encore d’établir un plan de répartition des data centers à l’échelle européenne.

Il est impératif de repenser la fourniture d’énergie dans les centres de données

Du côté des institutions, le gouvernement des États-Unis envisage le recours au gaz naturel, qui représente déjà 40 % de leur mix électrique, pour alimenter les data centers. Chez l’entreprise, on semble même envisager la turbine d’avion, voire la centrale nucléaire entièrement consacrée aux data centers. D’autres, comme Texas Instrument – en collaboration avec NVIDIA –, travaillent au développement de solutions d’alimentation alternatives destinées aux centres de données.

IT in the Sky with Diamonds

La marque au caméléon réfléchit également au développement de puces capables de résister aux conditions extra-atmosphériques, afin d’équiper des centres de données en orbite. À cette fin, elle soutient la start-up Starcloud, qui a récemment déposé une demande auprès du régulateur américain pour exploiter jusqu’à 88 000 satellites en orbite basse. De son côté, Google, avec le programme Suncatcher, travaille à la conception des data centers orbitaux alimentés par l’énergie solaire. 

Face à la demande toujours plus pressante de nouveaux data centers, l’idée de les envoyer dans l’espace permettrait de réduire l’occupation de la surface au sol, mais aussi les coûts énergétiques. Car un data center occupe environ 16 hectares – voire dix fois cette surface pour les grands campus en colocation. La vitesse de traitement des relevés satellites s’en verrait également augmentée.

Les data centers orbitaux prendraient la forme de constellations de satellites, en orbite basse (2 000 km d’altitude), alimentées pour partie par l’énergie solaire. Les données brutes seraient traitées avant d’être envoyées sur Terre, libérant de la bande passante au niveau de la station de réception.

Plusieurs difficultés s’opposent pourtant à l’envoi de data centers dans l’espace. Comment gérer le refroidissement dans un environnement où la différence entre la lumière du soleil et l’ombre de la Terre se compte en centaines de degrés ? Le lancement d’une fusée génère des vibrations extrêmes qui pourraient causer des dommages sur les disques durs, en corrompant les données qu’ils contiennent. Comment anticiper le risque d’impact de micrométéorites ? Et ensuite, comment assurer la maintenance et le remplacement des composants ?

HPE a fait l’expérience en 2017 de l’envoi d’un supercalculateur afin d’évaluer la viabilité du matériel informatique dans l’espace. Un logiciel spécial a été intégré afin de détecter et corriger toute erreur liée aux radiations ou aux rayons cosmiques. Le matériel a survécu plus d’un an et demi en orbite mais reste à déterminer l’impact du logiciel sur la puissance de calcul.

Les data centers orbitaux prendraient la forme de constellations de satellites, en orbite basse (2 000 km d’altitude), alimentées pour partie par l’énergie solaire

Algo submarine

Face à toutes ces contraintes, la piste des data centers en eaux internationales semble plus pragmatique que l’option orbitale, tout du moins à court terme. Ceux-ci seraient hébergés sur une barque flottante. Le refroidissement est assuré par l’eau grâce à une boucle extérieure.

L’entreprise Nautilus Data Technologies avait promis à la ville de Marseille l’installation d’un data center flottant, déjà expérimenté dans la baie de Los Angeles. Une solution qui n’a finalement eu que peu de succès, sans doute en raison du réchauffement climatique et des océans. L’entreprise américaine a annulé son projet avec la cité phocéenne, et cherche à revendre son data center angelin. Au tour du Japon d’expérimenter un tel projet, avec son prototype alimenté par les parcs éoliens offshore voisins, au large de Yokohama.

Data centers sous les bombes

Enfin vient la question des risques. Les data centers ne sont pas seulement exposés aux menaces cyber. L’actualité récente a démontré la vulnérabilité physique de ces infrastructures et leur exposition en cas de conflit.

Début mars, des frappes de drones iraniens ont visé trois data centers d’AWS opérés aux Émirats arabes unis et à Bahreïn. Ces mêmes serveurs hébergent des données d’entreprise, et potentiellement des données militaires ou sensibles. Dans un marché dominé par une poignée d’acteurs (AWS, Azur, Google Cloud), les entreprises ont massivement centralisé leurs systèmes et il suffit d’un seul point de défaillance pour provoquer un effet domino. Les incidents qui ont frappé OVH en 2021, AWS et Azur en octobre 2025 ont paralysé des activités de transport, des opérateurs téléphoniques et même des hôpitaux.

Les data centers doivent ainsi être intégrés dans la cartographie des risques. Soit par une forme de décentralisation, soit en intégrant ces infrastructures dans une réflexion géopolitique et stratégique.

Sasha Alliel

Newsletter Flash

Pour recevoir la newsletter du Magazine Décideurs, merci de renseigner votre mail

GUIDE ET CLASSEMENTS

> Commander