Depuis trois ans, Carrefour s’engage dans l’écosystème des start-up avec la création de son fonds de venture capital, Dastore. Pour Hélène Labaume, directrice innovation et fonds de VC, ce véhicule vise à ancrer le groupe dans le futur du retail.

Décideurs. Vous avez lancé Dastore, un fonds dédié au retail et à la tech. Quelle vision stratégique portez-vous à travers ce véhicule d’investissement ?

Hélène Labaume. Nous avons créé Dastore il y a un peu plus de trois ans avec le fonds Daphni. L’idée était d’incarner Carrefour comme une digital retail company, pleinement connectée à l’écosystème des start-up et des innovations produit-process. Dastore s’articule autour de quatre grandes thèses d’investissement : le futur du retail, la fintech, l’impact et la data/tech pour les opérations.

Nous avons voulu un véhicule d’investissement agile, doté d’une structure hybride : les fonds sont gérés en mono-LP par Daphni, tandis que Carrefour garde la capacité d’interagir directement avec les jeunes pousses.

Avec 80 millions d’euros de dotation, nous investissons principalement en seed et pre-seed. Aujourd’hui, nous comptons une vingtaine de participations. Notre ambition est d’investir dans 4 à 7 start-up par an.

Comment Dastore aide-t-il les start-up à passer du concept à l’échelle industrielle ?

Nous apportons avant tout notre expertise métier et notre connaissance du marché. Lorsqu’un pilote est lancé, c’est qu’il répond à un besoin concret. Nous leur permettons par exemple de bénéficier de nos conditions d’achat, un accès facilité aux clients, aux marchés ou aux données utiles à leur développement pour accélérer la montée en puissance.

Chaque deal est analysé conjointement avec Daphni, dans une logique d’agilité et de collaboration continue. Et même, au-delà des start-up dans lesquelles nous investissons, nous en rencontrons des centaines chaque année, dont certaines peuvent apporter des solutions ponctuelles à des enjeux métiers spécifiques.

"L’idée était d’incarner Carrefour comme une digital retail company, pleinement connectée à l’écosystème des start-up"

Quels profils de start-up cherchez-vous à soutenir, et comment ces investissements s’articulent-ils avec la stratégie globale de Carrefour ?

Nous nous appuyons sur l’expérience de Daphni pour identifier des projets pertinents qui répondent à nos quatre axes d’investissement. Nous travaillons ensuite chaque dossier pour en confirmer la pertinence et repérer les start-up qui ne répondent pas uniquement à un besoin de Carrefour, mais qui ont une portée globale sur l’écosystème.

Dans cet esprit, Carrefour a lancé le programme StoreMeUp, un accélérateur de start-up travaillant sur les enjeux de digitalisation des magasins (nouveaux modes de paiement, computer vision, robotique, ou encore, le collaborateur augmenté). Ces jeunes pousses peuvent notamment accéder à un dataset dédié pour tester leurs solutions en conditions réelles.

Qu’avez-vous appris de l’écosystème start-up ?

Ce que nous apprenons au quotidien, c’est avant tout l’agilité. Il faut rester en veille permanente sur les nouveaux canaux qui émergent et l’évolution des attentes clients. Grâce à ce travail, nous avons accès à une grande diversité de projets, ce qui nous permet de remonter et d’explorer des solutions à des pain points spécifiques.

"Il faut rester en veille permanente sur les nouveaux canaux qui émergent et l’évolution des attentes clients"

Votre agent conversationnel Hopla+ s’appuie sur la technologie de Google Gemini. Concrètement, que change l'IA pour vos consommateurs et vos collaborateurs ?

Nous avions lancé Hopla en 2023, au travers du prisme des recettes et de l’aide aux courses. Depuis, la technologie et les attentes clients ont évolué : nous avons pris la vague de l’agentique pour développer Hopla+ et fluidifier encore plus le parcours client. Hopla+ permet une interaction multimodale : le client peut faire des requêtes complexes, par écrit ou commande vocale, directement sur l’application.

En s’appuyant sur les habitudes d’achat, il propose un nuage de catégories de produits. En fonction de la sélection opérée par le client, l’agent peut ensuite lui générer des suggestions intelligentes de produits et lui permettre de constituer son panier. Nous comptons en moyenne 100 000 utilisateurs uniques par mois, avec un panier moyen de 43 euros grâce à Hopla+.

Quelles applications concrètes voyez-vous émerger dans les prochaines années ?

Il faut encore travailler pour renforcer les capacités de l’IA agentique dans l’accompagnement des clients de manière encore plus fine.

Sur le plan technologique, le rythme est effréné : que ce soit chez les fournisseurs de LLM ou les grands acteurs comme Google, de nouvelles solutions apparaissent en permanence, transformant la manière dont les consommateurs cherchent, comparent et achètent.

Personne ne peut dire comment nous ferons nos courses demain. Internet lui-même a mis des décennies à transformer nos usages. La différence aujourd’hui est la vitesse inégalée à laquelle les technologies évoluent. Désormais, l’enjeu tient à la capacité de s’adapter en permanence, dans tous les domaines, pour être en mesure de répondre aux attentes de nos clients, quel que soit le canal.

Propos recueillis par Sasha Alliel

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