Alors que la réglementation européenne DORA impose aux acteurs financiers des tests stricts de restauration de données, la résilience numérique devient une priorité stratégique. Samuel Durand, fondateur et directeur technique de Databack, décrypte les transformations d’un secteur en pleine mutation. Spécialisée dans la récupération de données, l’entreprise se positionne à la croisée des chemins entre cybersécurité, cloud, intelligence artificielle et souveraineté technologique.

La récupération de données est un domaine en constante évolution. Comment le marché a-t-il évolué ces dernières années et quelles sont les tendances que vous observez chez Databack, notamment face à la généralisation du cloud ?

Depuis 20 ans, la récupération de données a su s’adapter à l’évolution des technologies et à l’augmentation exponentielle du volume de données généré. Le cloud s’inscrit dans ce processus d’évolution technologique et remplace la plupart du temps d’autres systèmes de sauvegarde. Et comme toutes solutions technologiques, celle-ci peut avoir des défaillances : incendie OVH Cloud, suppression des accès cloud par des attaquants, etc. Nous observons une augmentation des pertes de données suite à des attaques par rançongiciels indépendamment de l’utilisation du cloud.  

Les attaques par ransomware explosent, touchant aussi bien les PME que les grandes entreprises. Quel rôle joue aujourd’hui la récupération de données dans la gestion de ces crises ? 

Lors d’un incident de type rançongiciel, la récupération de données a un rôle vital dans la reprise d’activité des entreprises, mais ce service est trop souvent méconnu des victimes et des prestataires. Il y a, par exemple, une grande disparité d’accès à ce type de service entre une PME ne souscrivant pas à une assistance cyber et une ETI. 

Les entreprises sont confrontées à des besoins croissants de migration de données — notamment dans le cadre de fusions, de changements de systèmes d’information ou de passage au cloud. Comment se positionne Databack sur ce segment ? Est-ce une nouvelle source de croissance pour vous ?

Depuis des années, nous mettons à profit notre expertise pour nos clients sur des sujets de migration afin de les accompagner dans leurs projets de transformation digitale. Nous développons nos propres outils de migration et de traitement de la donnée, ce qui permet d’apporter des solutions sur mesure. 

Les nouveaux usages liés à l’IA par exemple, imposent de transposer des grands volumes de données (ex: bandothèques héritées) sur des supports haute disponibilité. 

Le règlement DORA impose désormais aux institutions financières des tests réguliers de restauration de données pour garantir leur résilience opérationnelle. Comment anticipez-vous l’évolution de la demande liée à ces tests ?

Nous observons une augmentation sensible de demandes associées à des tests de restauration de PRA stockés à froid (bandes) notamment dans le cadre de la mise en conformité DORA. Ces supports de stockage jouent un rôle crucial pour assurer la résilience des SI. 

La récupération de données sur disques durs physiques (HDD) est-elle encore un marché d’avenir, à l’heure des SSD ? Comment anticipez-vous l’évolution des supports et des technologies ?

Promis à supplanter les HDD depuis 10 ans, le SSD n’a pas remplacé l’utilisation des disques physiques. Le coût de production des SSD est encore trop élevé pour les concurrencer d’autant plus dans un contexte d’augmentation exponentielle du volume des données. Le stockage dématérialisé de type cloud est actuellement majoritairement stocké sur des disques durs physiques ou des bandes magnétiques (stockage S3). La tendance semble indiquer qu’il n’y aura pas d’évolutions majeures dans les prochaines années. 

Face à une concurrence parfois agressive sur les prix, comment Databack valorise-t-elle son expertise et construit-elle un avantage compétitif durable ?

Databack intervient dans un segment de niche et s’illustre surtout au travers de ses succès et compétences techniques. Dès 2018, nous avons été pionniers sur la récupération de données suite à une attaque par rançongiciel, ce qui nous a permis de capitaliser et prendre une avance technique considérable sur nos concurrents. Nous pérennisons ce positionnement en nous inscrivant dans l’écosystème cyber au côté d'acteurs privés et étatiques (ANSSI, CERT Santé, CERT régionaux, etc.) en œuvrant sur de nouveaux enjeux liés à notre savoir-faire. 

Votre activité repose sur une grande technicité mais aussi sur la confiance de vos clients. Quelle place occupe l’investissement en R&D et la cybersécurité dans votre stratégie globale ?

La recherche et développement est au cœur de notre stratégie, les technologies évoluent sans cesse et il faut s’adapter continuellement aux évolutions des modes opératoires des attaquants. L’augmentation des cas internationaux traités par Databack nous impose de développer des solutions permettant d’intervenir à distance sur les données de clients impactés dans le monde entier. Nous travaillons également sur des solutions technologiques souveraines en matière de cybersécurité.

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