Les volumes de données générées connaissent une croissance fulgurante, imposant aux entreprises la responsabilité de s’adapter rapidement aux enjeux technologiques. Marc Royer, directeur de la donnée non structurée et de l’analyse chez Dell France, évoque le lien entre les usages technologiques des consommateurs et la gestion de l’informations par les industriels.

Les quantités de données générées, les applications et les supports applicatifs ne cessent de croître. Comment l’expliquez-vous ?

La société de conseil américaine Gartner estime qu’en 2026, le volume de données numériques générées dans le monde sera décuplé et que 90 % d’entre elles ne seront pas structurées. Cette hausse correspond aux évolutions technologiques. Par exemple, nous prenons tous des photos avec nos smartphones et gardons les mêmes habitudes d’un portable à l’autre. Lorsque nous achetons un smartphone dernier-cri, on pourrait penser qu’à usage égal rien ne change. Pourtant, en termes de données, c’est faux. Une meilleure qualité d’image accroît la quantité de data : la photo prise pèsera deux à trois fois plus qu’auparavant. Ainsi, sans changer d’usage, la génération de données augmente considérablement.

La digitalisation change nos habitudes de consommation. Qu’en est-il pour les entreprises ?

Au quotidien, notre patience diminue de plus en plus. Il y a encore quelques années, un manager qui souhaitait un bilan sur ses ventes de matériel considérait acceptable de recevoir un rapport dans la demi-journée. Aujourd’hui, lorsqu’il interroge le système, il exige une réponse instantanée, précise avec le détail des produits ou solutions vendus. Ce besoin d’instantanéité se ressent à tous les échelons. Exploiter au mieux la donnée intègre cette obligation d’immédiateté. Plutôt qu’un data center de plus, les entreprises devraient investir dans un centre de service pour répondre immédiatement aux requêtes de leurs clients.

Comment ce besoin d’immédiateté se traduit-il en termes technologiques ?

Le mode opératoire désormais privilégié consiste à compartimenter les architectures informatiques. La conteneurisation, qui consiste à regrouper un logiciel avec les bibliothèques nécessaires au sein d'un même système d'exploitation, connaît une adoption croissante. Ce choix d’architecture numérique, compatible avec n’importe quelle infrastructure, garantit une gestion plus modulaire et agile des données. Une centaine d’applications virtuelles aura besoin de 1 000 à 10 000 conteneurs pour tourner. Cela permet de gérer et faire vivre dans le temps l’application et le matériel de manière pertinente pour les entreprises.

 

"La conteneurisation, qui consiste à regrouper un logiciel avec les bibliothèques nécessaires au sein d'un même système d'exploitation, connaît une adoption croissante"

Toutes les entreprises doivent-elles sauter le pas ?

Les entreprises sont de plus en plus vulnérables face aux attentes croissantes de leurs clients. Avec la transition du monde physique vers le digital, les applications doivent gagner en flexibilité et offrir une utilisation instantanée. Dans la tech, nous avons vu des entreprises de qualité perdre leur place de leader faute d’adaptation au marché.

Un décalage persistant se creuse entre la croissance exponentielle des données et des applications, ainsi que les ressources limitées allouées à l’IT au sein des entreprises. Tant que les départements IT ne disposent pas de ressources suffisantes ni de possibilité de renforcer leurs équipes, les dirigeants devront s’appuyer sur des trusted advisors, des sociétés expertes du conseil afin de les aiguiller. Un rôle que Dell joue pleinement aujourd’hui.

Quel écueil majeur constatez-vous dans la bonne gestion des données ?

Pour gagner en compétitivité, les dirigeants doivent réaliser que la donnée suit bien plus que des codes technologiques. Par exemple, une data de qualité correspond à une donnée bien filtrée, qui répond aux enjeux RGPD, aux exigences de collecte et d’utilisation de l’AI Act et NIS 2 ou encore de Dora pour les acteurs bancaires. Nous accompagnons nos clients sur la compréhension de ces textes, grâce à notre centre juridique et à notre réseau d’experts reconnus dans le domaine de la sécurité.

Il faut se concentrer sur des déploiements d’IA flexibles, "scalables" et qui répondent à des échelles inconnues

La plupart des entreprises déploie des modules d’IA en interne. Comment envisagez-vous cette automatisation ?

L’automatisation passe par plusieurs modes. Nous connaissons les processus d’amélioration de la productivité en automatisant une ou plusieurs tâches. Dorénavant, il faut se concentrer sur des déploiements d’IA flexibles, "scalables" et qui répondent à des échelles inconnues. Forte de son expérience industrielle et de son expertise dans l’optimisation des solutions technologiques pour les rendre accessibles et adaptées au marché, Dell est parfaitement positionné pour accompagner les entreprises dans leur transformation.

Existe-t-il des moyens plus rapides de déployer des cas d’usages d’IA ?

Aujourd’hui, cela correspond à élaborer des logiciels fondés sur du hardware qui facilitent un déploiement à l’échelle dans un environnement local ou multiple, ainsi que conseiller les clients jusqu’aux cas d’usages. Les entreprises, notamment celles qui disposent de moins en moins de ressources, gagnent ainsi en rapidité dans leur zone de production.

Dell a noué des partenariats forts avec plusieurs licornes et entreprises française comme HuggingFace, Eclairion et Mistral afin de proposer des modèles d’IA en open source et de mettre au point des solutions logiciels métiers "ready-to-use" qui seront rentables dès leur déploiement. Nous travaillons avec des entreprises de toutes tailles et toutes industries confondues, depuis les grands groupes jusqu’aux PME, qui, elles, disposent plus de moyens humains que numériques. Partager les bonnes pratiques permet de s’enrichir intellectuellement de manière collective.

Propos recueillis par Alexandra Bui

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