Depuis le 6 février se tient en France le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle. Pour Normann Hodara, directeur général d’Inetum France, qui accompagne la transformation digitale des entreprises, l’Hexagone doit composer avec les solutions existantes. Objectifs ? Proposer des outils simples et concrets aux sociétés, notamment aux ETI.
Normann Hodara (Inetum) : "Il faut créer les conditions nécessaires à l’adoption de l’IA"
Décideurs. Comment Inetum se positionne sur le marché du digital ?
Normann Hodara. Inetum est une entreprise française née dans les années 1970. Le groupe dégage 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont un milliard en France. Nous servons aussi bien les grands groupes que les ETI grâce à une présence forte dans les territoires, ce qui nous donne une bonne connaissance du tissu économique. Inetum accompagne la transformation digitale des entreprises en leur rendant accessibles des technologies souvent très complexes, que ce soit pour booster leur productivité ou améliorer leurs offres. Par exemple, nous pouvons gérer les plateformes qui permettent à des particuliers d’avoir accès à leurs produits d’assurance-vie, ou les applications qui servent aux pilotes à construire leurs plans de vol en optimisant l’usage du kérosène. Les ETI œuvrent dans des marchés souvent très concurrentiels mais n’ont pas les moyens des grands groupes. D’où notre credo : proposer des solutions d’adoption simples et rapides à nos clients, qu’elle que soit leur taille.
L’IA générative est-elle une révolution ?
Globalement, ces nouvelles technologies sont révolutionnaires, mais ce qui est plus révolutionnaire encore, c’est leur vitesse de développement. Les entreprises ont mis 15 à 20 ans pour adopter les technologies cloud. Désormais, le temps d’adoption est extrêmement rapide pour les entreprises qui se lancent vraiment, sachant que cela fait à peine deux ans que l’on parle d’IA générative. D’où l’enjeu de simplicité et de rapidité.
Comment se positionne l’Europe par rapport au reste du monde ?
Le secteur privé américain investit massivement dans les technologies. Il est soutenu par les autorités. De notre côté, les législateurs se montrent protecteurs. Pourtant, une adoption rapide des outils n’empêche pas de se poser les bonnes questions. Au-delà de l’investissement, il faut créer les conditions nécessaires à l’adoption de l’IA. Nos grands clients, comme BNP Paribas ou Total, investissent par eux-mêmes pour comprendre et expérimenter le sujet, mais les ETI ou les collectivités locales, plus petites, doivent trouver des solutions accessibles et sécurisées.
"Les collectivités sont très demandeuses de solutions"
Comment le secteur public utilise-t-il ces technologies ?
Les collectivités sont très demandeuses de solutions. La ville d’Antony ou la municipalité de Montpellier veulent, par exemple, mettre en œuvre des cas d’usage pour simplifier l’administratif ou l’accès à la donnée pour les agents et les citoyens.
Quelles sont les clés pour une adoption réussie des nouvelles technologies ?
Je citerais la formation et la mise en place d’un écosystème de conseil et de compétences pour répondre aux problématiques que pose l’adoption de l’IA générative : efficience réelle et concrète, nouveaux process, coûts, souveraineté, éthique, etc. Il y a un an et demi chez Inetum nous avons mis à disposition de nos 28 000 collaborateurs un environnement sécurisé pour qu’ils puissent utiliser l’AI de façon autonome. Il ne s’agit pas de rendre tout le monde expert. En revanche, tout le monde doit savoir quoi on parle, connaître les enjeux et pouvoir expérimenter soi-même, par exemple en rédigeant des prompts. Nous avons proposé ce programme à des entreprises et à des collectivités locales qui l’ont aujourd’hui mis en œuvre. On peut ensuite identifier des cas d’usage et les déployer. Par exemple, un tiers de nos 3 500 codeurs en France utilisent tous les jours l’IA générative pour créer du code informatique. Concrètement, cela permet de gagner 15 % à 20% de productivité.
"Nous ne pouvons pas compter sur les États-Unis pour défendre notre compétitivité"
La France peut-elle rattraper son retard par rapport à ses concurrents ?
Nous ne pouvons pas compter sur les États-Unis pour défendre notre compétitivité. Mais l’Europe doit composer avec l’ensemble des solutions qui existent plutôt que de se dire qu’elle va les réinventer. Avoir un écosystème français et européen, c’est essentiel, mais vouloir refaire des choses qui existent déjà n’est pas efficace. Il faut sécuriser les usages, se les approprier, y mettre notre patte, ce qui est possible avec les ingénieurs que nous avons en France.
Quels sont vos conseils aux entreprises pour s’assurer d’utiliser les outils de manière sécurisée ?
Comprendre les contraintes que font porter la RGPD ou le nouvel AI Act au niveau européen permet de sélectionner des solutions conformes aux normes. Les entreprises peuvent s’adresser à des partenaires qui vont les guider sur les réglementations françaises et européennes déjà très riches et protectrices. Ensuite, il faut analyser ce qui relève de la donnée sensible ou non. En fonction de cela, l’usage de certaines solutions peuvent être utilisées sans prendre de grands risques.
Propos recueillis par Olivia Vignaud
©Thomas Laisne - La Company
